L'Euro, la PAC, les mutants et comment faire une soupe

L'Euro, la PAC, les mutants et comment faire une soupe
L'Euro, la PAC, les mutants et comment faire une soupe - © Tous droits réservés

Chaque mois, Maxime Calligaro, ancien eurocrate, décortique l'actualité européenne comme une crevette grise et nous raconte les coulisses des institutions buxelloises. Dans cet épisode, il tente d'expliquer la PAC, l'Euro et comment faire une soupe quand on est député.

 

Pour cette mensuelle, Maxime Calligaro a enquêté sur deux thématiques : l’Euro qui fête ses 20 ans : un sujet qu’on se réjouissait de traiter presque autant que les quotas de pêche. Et un autre sujet star des institutions, celui dont on sent qu’il est majeur mais auquel on n’a jamais vraiment clairement rien compris : la PAC, la Politique agricole commune qui est actuellement renégociée pour les 7 ans à venir. 

Qui pour présider la Commission européenne ?

Mais d’abord, et à deux mois des élections, on s’était dit qu’on voulait passer en revue les différents groupes politiques au Parlement européen et présenter leurs poulains, c’est à dire leurs champions en lice pour le job de président de la Commission européenne. Le mois dernier on a parlé de Frans Timmermans, le candidat socialiste et on avait conclu qu’il était comme Leonardo di Caprio dans le film Titanic : un acteur un peu tête à claque sur un gros bateau qui coule. En janvier on avait découvert Manfred Weber, le patron de la droite européenne et on en avait dit que dans le monde cruel de la série House of cards il se ferait bouffer rapidement. Et ce sera peut être le cas, parce que son collègue, le français Michel Barnier est en bonne position pour le doubler. On aura peut être un vrai retournement de série à l’américaine.

Il faut préciser qu’on parle du groupe libéraux et "centristes”, parce que les libéraux, ça existe en Belgique et un peu partout dans le monde, mais en France, on appelle ça pudiquement les centristes... Et c’est probablement avec ce groupe politique là que LREM s’alliera après les élections. Pour l'instant ils sont le quatrième groupe en sièges au Parlement européen, mais si LREM les rejoint, ils peuvent bien espérer doubler les socialistes et devenir le deuxième groupe. Donc s’ils sont 2è et ont de bonnes chances d’avoir des gros postes et peut-être même celui de la présidence de la Commission européenne. Ce groupe des libéraux a 7 candidats !  par mis eux le belge Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge et grande gueule fédéraliste, la danoise Margrethe Vestager, ancienne première ministre, aujourd’hui commissaire européenne en charge de la concurrence et qui fait trembler Apple, Google, Siemens et Alstom. La Slovène Violeta Bulc, commissaire européenne ceinture noire de Taekwondo...

L'euro : comment ça marche ?

Quand une douzaine de pays ont décidé de mettre en commun leur monnaie, ils ont cherché à se donner des règles pour éviter les abus : quand on partage une monnaie, c’est comme partager un appartement en colocation, il y a toujours le risque que certains refusent de laver leur vaisselle. Et donc la règle sur laquelle on s’était mis d’accord c’était maximum 3% de déficit du PIB. Et une dette qui ne dépasse pas les 60% du PIB.  Pourquoi ces chiffres ? c'est ce qu'on va essayer de comprendre avec deux députées européennes spécialistes de ces questions.

Pervenche Berès, est française et socialiste. Elle nous explique les différences de visions entre la France et l'Allemagne sur l’Euro.

Ingeborg Grassle elle une députée européenne allemande est de la CDU, le parti de droite d’Angela Merkel. Pour elle France et Allemagne ne parlent pas le même langage sur ce sujet.

Dans les deux cas, les règles c'est bien mais surtout pour les autres. Et chaque État tour à tour ne s'est pas gêné pour les enfreindre. Et dans ces cas c'est le gendarme qui est censé sévir c'est la Commission Européenne. Dans les faits elle se débrouille toujours pour tordre les règles afin que les États rentrent dans les clous. Parce qu’en fait la Commission n’a pas les moyens de sanctionner. Elle est beaucoup trop faible, politiquement. Elle manque de légitimité. Ce n’est pas un vrai gouvernement et aujourd’hui certains disent que c’est un secrétariat des États membres. 

La PAC, comment ça marche ?

José Bové, député européen du groupe des Verts, nous rappelle l'historique de la Politique Agricole Commune, comment elle a été pensée, construite avec trois objectifs : produire (souveraineté), assurer des prix stables (consommation), assurer le revenu des paysans. Nous verrons que cette dernière promesse n'a pas été tenue et pourquoi elle ne l'a pas été. 

Le principe de la PAC est simple : l'agriculteur touche des aides en fonction de la superficie de la surface qu'il exploite. Plus il a d'hectares, plus il perçoit d’aides. Donc cela favorise les plus gros. qui se trouvent notamment dans les anciens satellite communistes, en République Tchèque ou en Roumanie, ou les Kolkhozes se sont transformés en exploitation géantes et hyper compétitives. 

Donc les agriculteurs reçoivent beaucoup d'aides. En France cela se monte à 9 milliard d’euros. Et malgré ça, les agriculteurs dans leur majorité restent précaires… pourquoi? Parce que les supermarchés et leur grosses centrales d’achat ont bien compris le système des aides européennes et ils le répercutent dans le prix qu’ils proposent aux agriculteurs quand ils achètent leur produit. En clair, les centrales d’achat savent combien les agriculteurs reçoivent et donc ils adaptent leur prix en fonction. 

Henri Brichart, agriculteur et membre de la FNSEA,est venu jour là à Bruxelles pour une réunion. Quand on l'écoute on comprend que les agriculteurs dont d'accord pour bénéficier des aides, mais aimeraient qu’on arrête de les embêter avec les normes et la paperasse...

Michel Dantin, député européen français de droite :il nous explique que tous les Etats membres n'ont pas la même idée de ce que doit être l'agriculture. Il a négocié une partie de la dernière PAC et constaté un clivage Nord/Sud dans les discussions qu’il a eue avec ses collègues. Schématiquement l'Europe du nord se comporte en marchands, l'Europe du Sud est plus attachée à l’acte de production et la table y est un lieu saint. Au nord la logique c’est le zéro microbe. Donc le clivage n'est pas droite/gauche. 

Pour aller plus loin :

Le lien du film "La négociation"

Un article du Figaro Les agriculteurs bio, ces oubliés de la PAC 

Une émission de RFI sur l'Euro

Explication sur les financements des libéraux et des autres partis européens dans Ouest France

Le livre de Jean Quatremer paru aux éditions Calmann Levy Il faut achever l'Euro

La page Facebook de l'émission Foule Continentale

Programmation musicale : LITTLE SIMZ/Cleo SOL, Selfish

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