L'Espagne franquiste, des années 30 à aujourd'hui

Discours du Général Francisco Franco à Bilbao en 1939
Discours du Général Francisco Franco à Bilbao en 1939 - © Belga/AFP

En Espagne, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a fait de l’exhumation de Franco, hors de son mausolée près de Madrid, un de ses chevaux de bataille. L'objectif est de "faire disparaître un lieu d'exaltation inacceptable". Mais les opposants s'organisent et la justice pourrait en décider autrement. 44 ans après la mort de Franco et à un mois des élections en Espagne, Eddy Caekelberghs recontextualise la polémique, à travers de nombreuses archives et les explications de l'économiste et historien Angel Vinas.
 

20 novembre 1975 : "Españoles, Franco ha muerto"

Tout a commencé 39 ans plus tôt, le 17 juillet 1936, par un coup d'état. Ulcérés par la victoire du Front populaire des gauches et hostiles à la République depuis 1931, des généraux dirigés par Franco prennent le pouvoir.

Aidé militairement par l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie, Franco laisse derrière lui un pays dévasté : partout la répression fait rage. Les Républicains s'en prennent aux curés et aux moniales, ainsi qu'aux partisans de la rébellion armée. Les fascistes de Franco tuent, pillent, violent, fusillent et jettent les cadavres des Républicains, los Rojos, dans des fosses communes.

Le coup d'état militaire va se transformer en guerre civile, d'une brutalité rare, qui, de juillet 36 à avril 39, laissera l'Espagne exsangue et divisée à jamais : 2 millions de prisonniers, 500 000 exilés, un million de morts violentes en 3 ans. Un parti unique, la Phalange, un chef unique, le Caudillo.

Le 27 mars 1939, les troupes rebelles de Franco entrent dans Madrid et le 31 décembre 1939  Franco proclame "un état totalitaire pour une Espagne unie".

Franco choisira comme successeur l'héritier des Bourbon d'Espagne, le jeune Juan Carlos. Il s'éteint en 1975, persuadé que son régime se maintiendra au-delà de sa mort. Il est enterré au Valle de los Caídos, parmi des dizaines de milliers de Franquistes et de Républicains. Une forme d'amnistie et d'amnésie du passé suivra. L'Eglise d'Espagne est fidèle à son souvenir, tout comme ses nombreux aficionados.


Un travail de mémoire et de conscience

Le gouvernement socialiste espagnol voulait exhumer les restes de Franco de ce lieu mémoriel pour en faire un lieu de réconciliation possible et de mémoire active. Mais les choses ne sont pas si faciles, car l'Espagne n'a pas encore réglé tous ses comptes avec son passé...

Les historiens ont fait leur travail. Les archives ont été peu à peu ouvertes, les recherches effectuées, sur la République de 1931 à 1936, la guerre civile et le franquisme, tout a déjà été dit. Le travail des historiens consiste maintenant à distinguer ce qui est vrai et ce qui est faux.

Il fallait construire un nouveau système démocratique pour s'incorporer à l'Europe démocratique. Le problème est que du coup, on n'a pas enseigné aux nouvelles générations ce qui a été appris sur le passé, déplore Angel Vinas. L'histoire qu'on enseignait était défigurée, fausse, à la gloire des vainqueurs de la guerre civile. On ne parlait pas des victimes. 

Puis à la fin du 20e siècle, on a commencé à fouiller, à découvrir des fosses communes, les gens ont commencé à parler et le mouvement social a pris de l'ampleur. Mais ce n'est pas évident de récupérer la mémoire...

De nombreux nostalgiques du fascisme s'expriment publiquement, qui se sentent trahis par la gauche espagnole actuelle qui veut rouvrir la voie de la mémoire.

Ecoutez ici les explications d'Angel Vinas, au micro d'Eddy Caelkelberghs. Il est à la fois économiste et historien, spécialiste de la guerre civile espagnole et du franquisme.

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