L'escalade entre Iran et les États-Unis peut-elle peser sur la campagne présidentielle ?

L'escalade entre Iran et les États-Unis peut-elle peser sur la campagne présidentielle ?
L'escalade entre Iran et les États-Unis peut-elle peser sur la campagne présidentielle ? - © PRAKASH SINGH - AFP

2020 s'ouvre sur une tension exacerbée entre l'Iran et les Etats-Unis. Cette crise pourrait-elle avoir une influence dans la campagne présidentielle ?

Impossible de ne pas penser à l'échéance du 3 novembre prochain. Alors bien sûr on a coutume de dire que la politique internationale n'est pas l'élément clé d'une élection, l'électeur étant davantage concerné par des questions d'économie, de sécurité ou de société.

N'empêche, dans l'histoire, il y a des exceptions et l'Iran en fait justement partie.

Ce week-end d'ailleurs, le président Trump y a fait allusion en menaçant de frapper 52 sites iraniens, en référence a-t-il dit aux 52 otages américains détenus en Iran il y a 40 ans. Son message aux Américains ne pourrait être plus clair : "avec moi vous ne risquez pas de voir l'Amérique humiliée comme elle le fut à l'époque."

L'impact de la politique étrangère sur les éléctions 

Ces Américains pris en otage à l'ambassade de Téhéran elles ont peut-être empêché la réélection de Jimmy Carter ?

Oui car cette prise d'otages a duré bien longtemps, 444 jours exactement et elle a montré l'impuissance de l'Amérique face à l'Iran radicalisé de l'Ayatollah Khomeini.

C'est de ce moment-là que date l'antagonisme entre les deux pays. Pour tenter de libérer les otages, le président Carter finira par autoriser une action militaire très risquée : nom de code "eagle claw", serre d'aigle, mais l'aigle n'avait pas les serres suffisamment aiguisées : pannes d'hélicoptères, tempêtes de sable et accident en plein désert entre un hélicoptère américain et un avion américain aboutirent à un total fiasco. Se construit ainsi dans l'opinion l'image d'un président trop faible, ce qui contribuera à sa défaite face à l'ancien acteur d'Hollywood Ronald Reagan.

Autrement dit la politique étrangère peut jouer un rôle dans une élection présidentielle américaine.

Une action en vue des élections ?

C'est l'analyse faite par certains observateurs. Et la référence de Donald Trump aux otages d'il y a 40 ans autorise une telle inteprétation : il montre qu'il n'a pas peur de recourir à la force, avant que l'Amérique ne soit réellement frappée et se retrouve en fâcheuse posture : rappelons que, mardi dernier, des milliers de manifestants pro-iraniens ont pénétré au sein de l'ambassade américaine de Bagdad.

Furieux, le président Trump a exigé une réplique; les militaires lui présentent alors plusieurs scénarios dont le plus extrême était l'assassinat du général Soleimani.

Selon le New York Times, c'était une option purement théorique, jamais ils n'imaginaient que Donald Trump allait la choisir. Soleimani, c'est un officiel iranien, un vétéran de la guerre Iran Irak, extrêmement populaire, envoyé en Irak pour y combattre les terroristes de l'Etat islamique. Autant dire que les Iraniens considèrent cet assassinat comme un acte de guerre et n'acceptent pas que, pour le justifier, Donald Trump le qualifie de terroriste.

Son règne de terreur est terminé. Soleimani a semé la Terreur pour déstabiliser le Moyen Orient depuis 20 ans. Ce que les Etats-Unis viennent de faire aurait dû être fait depuis longtemps.

 

Le mot terreur n'est pas choisi au hasard.

Evidemment, ça ne vous rappelle rien ?

Quand George W. Bush déclare la guerre à Saddam Hussein coupable de détenir des armes de destruction massive imaginaires, il l'accuse lui aussi de semer la terreur. En 2003, 2 jours avant d'envahir l'Irak :

 

Saddam Hussein et ses fils ont 48h pour quitter l'Irak. Nous allons mettre fin aux opérations de terreur et construire un nouvel Irak.

Mais les choses ne se passeront pas comme annoncé : la chute de Saddam Hussein renforcera l'instabilité dans la région et la présence des soldats américains en Irak aujourd'hui, près de 17 ans plus tard, en est la conséquence directe.

Une arme à double tranchant pour Donald Trump ?

D'un côté, c'est vrai, son attitude martiale plait à ses partisans.

Mais d'un autre, il leur avait promis d'arrêter ces guerres sans fin qui imposent un déploiement de troupes américaines loin des Etats-Unis. Pour le coup, le voilà obligé de renforcer sa présence en Irak et les militaires qui s'y trouvent sont sur pied de guerre.

L'Iran appelle à la vengeance, avec le risque d'une dangereuse escalade. Or, le président Trump, contrairement à George Bush vis-à-vis de Saddam Hussein,n'a pas prévenu ses alliés ni cherché un consensus national. Comme souvent, il a agi de manière impulsive et il est bien difficile, à ce stade, de mesurer les conséquences de ce qu'il a ainsi déclenché.

 

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