L'épisiotomie, un acte trop souvent systématique

L'épisiotomie, acte trop souvent systématique
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L'épisiotomie est-elle une pratique à bannir? Cette incision chirurgicale qui vise à préserver la femme de certains risques à l'accouchement serait en fait pour certains complètement dépassée. Son utilité, selon Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala est véritablement très discutable.

 

 

C'est quoi une épisiotomie ?

C'est un acte chirurgicale, pratiqué lors de l'accouchement. L'acte consiste en une incision chirurgicale pratiquée sur le périnée féminin, ce afin de faciliter l’accouchement, et pour permettre de faire sortir le bébé plus vite, et puis l'avantage principalement revendiqué de cet acte est de protéger le périnée de déchirures, ou de traumas plus graves qui pourraient avoir de grosses conséquences sur les fonctions urinaires et sexuelles.

Cependant l'épisiotomie est une pratique très répandue et particulièrement en Belgique.

En 2016, 1/3 des femmes à Bruxelles subissaient encore

cette pratique et plus de une sur deux quand il s’agissait du premier bébé.

Mais Aline Schoentjes remet en question la pratique et pose cette question:

 

Sur le 1/3, quel était le pourcentage de femmes

pour qui cette opération était réellement indispensable ?. 

 

Selon Aline Schoentjes, sûrement aucun.

Elle explique que même dans des cas qu’on pense indispensable comme les accouchements avec ventouses ou forceps,  l'épisiotomie n'est vraiment plus recommandé. "Ce qui m’a interpellé c’est la disparité des pratiques." 

En France, une carte des pratiques d'épisiotomie a été publié en 2017, la pratique de cet acte varie entre 0,3% à 45 %, avec une moyenne nationale de 20%.  Au Pays-Bas,  la moyenne nationale est à  8 % en moyenne, en Grande Bretagne à 13%, et la Belgique est, elle, en tête du classement avec une moyenne de 30%. Pourquoi ? 

 

Une intervention injustement banalisée

Aline Schoentjes insiste sur le fait que cette intervention est banalisée à tord. Or cette intervention est tout sauf banale.

Si le but de l'opération est à priori d'améliorer la santé du bébé, de protéger la femme de la douleur ou de conséquences plus graves au niveau urinaire ou sexuelle, et surtout d'éviter la déchirure, etc... Derrière ces objectifs nobles se cache en fait un systématisme questionable au vue de l'utilité de l'intervention. 

Si par exemple on prenait réellement le temps de poser la question de la nécessité de l'intervention, et qu'on choisit les cas, on voit en fait, selon Aline Schoentjes qu’en réalité quand on choisit, il y a un tiers de traumatisme grave en moins. Donc en réalité, l'épisiotomie aggrave la situation, les bébés ne vont ni mieux ni moins bien et cette pratique n'engendre aucun impact majeur sur la sexualité ou sur les problèmes urinaires.

D'ailleurs l’OMS, comme l'explique la sage-femme(Organisation Mondial de la santé) déclare qu’il n’y a aucun avantage à ce jour, ni pour la femme, ni pour le bébé, même en cas d’urgence, à subir d'épisiotomie. Il n’y  pas de preuve que ce soit réellement utile, donc l'épisiotomie est réellement remise en question par la médecine, et les femmes ne doivent pas craindre de se poser la question.

Les alternatives et les solutions

Aline Schoentjes évoque plusieurs solutions pour éviter l'épisiotomie et parer aux risques qu'elle est censée couvrir.

Tout d'abord la position gynécologique, celle qu'on voit à télé, dans les médias, des pieds dans l'étrier est en fait à tord mise en avant.

Les deux pieds dans l'étrier comme on nous le rabâche dans les médias, c'est la pire position pour éviter la déchirure. C’est juste une question de croyance et d’habitude

En Angleterre par exemple on n'accouche pas de cette façon et on privilégie un accouchement sur le côté. Dans d'autres pays on accouche aussi à 4 pattes, à nouveau pour réduire les risques de déchirures.

On peut également masser le périnée durant l’accouchement, même si cela peut s'avérer très désagréable sur le moment même, Aline Schoentjes le concède. Une pratique qui peut également être réalisée en amont de l’accouchement. Enfin même si cela semble évident, dans les faits cela l'est moins, il ne faut pas hésiter à poser la question à son gynécologue.

" Les futures mamans devraient pouvoir demander le taux d’épisiotomie à leur gynécologue comme leur taux de césariennes. Cette question ne devrait pas être tabou."  

L'épisiotomie est donc d'après Aline Schoenjes plus une croyance qu’une vraie pratique de la médecine, et dans certains pays, c'est bien sûr de la résistance financière, pour cet acte payant, qui empêche la remise en question de la pratique.

 

Pour en savoir plus réécouter cette séquence de Germain et nous 3.0 sur l'épisiotomie avec Aline Schoentjes

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