L'en vert de nos corps - 6 rendez-vous avec les plantes !

L'en vert de nos corps : une rêverie végétale
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Décidément, les plantes nous font du bien. C’est le credo de cette magnifique série réalisée par Christine Van Acker qui explore notre rapport au végétal mais aussi la vie des végétaux dans leur autonomie, leur beauté et leur complexité. Une "rêverie végétale", un rendez-vous avec les tenants du vert.

Une rêverie à la manière d'André Dhôtel qui, dans sa 'Rhétorique fabuleuse' écrit ceci : "(...) la grande affaire, c'est qu'une séparation essentielle affirme qu'il existe 2 univers, celui de la fleur et celui du cueilleur dans l'enchantement de leur ignorance réciproque où se partagent la nuit paisible et la lumière attentive. Nous ne sommes plus limités à notre monde et nous nous trouvons soudain au cœur de l'impossible. (...) Avec des mots comme avec des mains en prière pourquoi ne pas représenter l'inconcevable?"

Pour Tennyson, si nous pouvions comprendre une seule fleur, nous saurions qui nous sommes et ce qu’est le monde. À notre sens, la grande tâche de l’écrivain d'aujourd'hui est de chercher par tous les moyens, par tous les mots, à restituer un peu de cette intimité que personne ne partage plus. "Il faut recréer l’ouverture et la libre circulation entre les règnes", écrit Jean-Pierre Otte. Rousseau avouait à ses amis: "Je raffole de la botanique: cela ne fait qu’empirer tous les jours. Je n’ai plus que du foin dans la tête, je vais devenir plante moi-même un de ces matins (…)".

Il y a environ 3 300 000 000 d'années, sont apparues, parmi d’autres formes de vie, les cyanobactéries, premiers organismes capables de tirer leur énergie directement de la lumière du soleil par le processus de la photosynthèse. Si nous voulions, nous aussi, être capables de recharger nos batteries au moyen de la photosynthèse, nous devrions mettre de côté nos envies de voyages, tant la mobilité coûte cher en énergie; pour exposer le plus de surface au soleil, nous transporterions un attirail encombrant qui nous gênerait dans nos mouvements, voire les empêcherait. Elle est toute puissante, la chlorophylle. Nous aurions intérêt à lui obéir davantage, à ne pas oublier l’allégeance que nous lui devons. Logée dans ses chloroplastes pas plus grands que quelques micromètres, la prêtresse au langage divin s’unit charnellement à Phébus pour opérer la métamorphose. Sans elle, nous ne serions pas là pour, de toute façon, ne manger que des cailloux ou du sable.

"Combien de gens réfléchissent vraiment à ce qu’est une feuille? Pourtant, la feuille est à la fois le produit et le phénomène le plus important de la vie: nous vivons dans un monde vert, où les animaux sont en proportion moindres et peu nombreux, et où tout dépend des feuilles."
Francis Hallé


L’en vert de nos corps
Réalisation : Christine Van Acker
Mixage : Thierry Van Roy
Production : Les grands lunaires asbl
Un projet soutenu par le Fonds d’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles
et par Gulliver, une action conjointe de la RTBF,
de la Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles,
de la SCAM, de la SACD Belgique et France, de Pro Litteris et de la SSA
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1er épisode - L'esprit, la danse et le déluge

Dans cet épisode, nous entrons dans la sphère spirituelle. Avec:

Claude Magne, un chorégraphe bordelais initié dans sa jeunesse aux danses rituelles, aux pratiques sacralisées de la transe et de l’extase par une tribu amazonienne. Moine bouddhiste depuis 1991, il explique que, pour lui, la danse explore de manière immédiate, la relation primordiale de l'homme avec la Nature entière.

"Que réalisent certains danseurs dans leurs chorégraphies sinon un dessin inédit tout à fait étranger à nos gestes fonctionnels, lequel dessin s’emparant de leur corps révèle la trame d’une d’une réalité inconnue, d’un rêve total superposé à l’ordonnance de nos démarches usuelles". André Dhôtel, 'La rhétorique fabuleuse'

Dominique Martens, enseignant à l’UCL, exégète de la Bible. Christine Van Acker lui a demandé pourquoi l’histoire chrétienne ne laissa aucune chance aux plantes de surface lors du déluge, toutes furent immergées lors du raz-de-marée. La Bible le dit clairement:

"Ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s'ouvrirent. La pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes qu'elles dépassèrent de plus de quinze coudées. Toutes les créatures vivantes s'éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre."

Sans ce renfort d’équipage, l’Arche de Noé est un non-sens, une tragédie de plus dans l’histoire animale et humaine, un carnage, une dérive anthropophagique à l’arrivée, une extinction de plus. Les fleuves, sortis de leur lit, se répandent dans la rase campagne; ils emportent, avec les moissons, les arbustes et les troupeaux, les hommes et les maisons avec leurs autels et les objets sacrés, écrit Ovide, dans 'Les Métamorphoses'.

Françoise Urbain, paysanne, enseignante, militante, évoque la vision goethéenne du végétal.

José Lepiez, musicien, élagueur, sculpteur, nous raconte comment il a découvert le son des arbres en les caressant. Depuis, il joue de ce qu’il appelle "l’arbrasson", un idiophone.

Isabelle Dumont, comédienne, dans un extrait d’un texte d’Henri Michaux.

Lise Duclaux, artiste

Etienne Renoir, jardinier

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2e épisode - Elles apparaissent, elles disparaissent

Christine Van Acker s'est intéressée cette fois aux voyages parfois surprenants que font les plantes, à leur présence insolite sur nos sols, communes d'un côté, rares de l'autre, acceptées ou indésirables...

Avec, dans l'herbier du Jardin botanique de Meise:

Sandrine de Borman, plasticienne

Lise Duclaux, performeuse

Geoffroy Mottart, artiste floral

Filip Verloove, biologiste

Ainsi que: Gabriel Valet, de l'Académie de Patois gaumais et Etienne Renoir, jardinier

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3e épisode - Elles se coupent, elles se nomment. Ou : quand l’homme intervient

Christine Van Acker poursuit sa rêverie végétale autour des trognes, troncs, tréteaux... silhouettes tortueuses qu’elle explore avec ses compères. Les arbres crient-ils ? Oui. Que disent-ils ? On ne sait pas bien...

Dominique Mansion nous emmène ici à la découverte de ces trognes qui ne désignent plus qu’un visage humain et qui sont pourtant des arbres que nous connaissons mieux sous le nom d’arbres-têtards. 

Trognes, truisses, têteaux, tronches, rousses, émousses, touses, chapoules, ragosses, il y avait jadis beaucoup de ces arbres à la silhouette torturée. On les destinait à la production de divers objets de vannerie, aux fagots pour le boulanger. On préparait du charbon de bois en consumant leurs branches, lentement à couvert. Ses rejets convenaient à la confection des manches d’outils, des piquets, ou du bois de chauffage, toujours au bon calibre et disponible facilement. Les têtards étaient aussi employés au bornage dans les croisées de chemins. Lors des guerres de Vendée, raconte un féru d’histoire, des gens se sont réfugiés à l’intérieur des trognes. Tués par des balles perdues, leurs corps y sont restés et les arbres se sont refermés sur eux. Trois cents ans plus tard, les bûcherons qui venaient d’en abattre un, furent étonnés de retrouver les restes d’un humain dans son tombeau de lignine.

Roland Dubois, quant à lui, partage avec nous sa passion des bonzaïs, mais aussi de la coupe des arbres. " Quand tu doutes, tu coupes ", lui disait son père.

Chantal Dujardin nous fait entrer dans des histoires d’arbres.

Avec aussi Etienne Renoir, Jean-Paul Couvert et Gabriel Valet

 

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4e épisode - Elles s'écoutent

Les végétaux émettent des sons !

Ȧ l’aide de capteurs disposés sur l’écorce, l’artiste britannique Alex Metcalf nous permet de connaître le monde sonore de l’arbre. Il nous donne à entendre la circulation de l’eau à travers son fût, les vibrations qui le parcourent.

Alexandra Ponomarenko et son équipe de chercheurs ont démontré que les arbres souffrant de sécheresse produisent de microscopiques clics ultrasoniques qui correspondent au développement de bulles d’air empêchant la bonne circulation de la sève. Le manque d’eau, la transpiration foliaire excessive (pourtant moteur nécessaire à la montée de la sève brute) peuvent amener l’arbre à une embolie gazeuse : une pénétration d’air par cavitation dans les vaisseaux du xylème en dépression qui bloquera la circulation de la sève.

"Je veux explorer la signature acoustique du pin et montrer comment les sons évoluent au cours de la journée, au fil des saisons et en fonction du temps qu’il fait. Je pourrai peut-être aussi montrer comment les changements climatiques sont perceptibles acoustiquement dans les arbres ", explique l’acousticien Marcus Maeder.

Bernie Krause, pionnier de la musique électronique, classe les sons de cette façon :

  • la géophonie, soit le son du vent dans les arbres, un ruisseau
  • la biophonie qui rassemble tous les sons donnés par des organismes dans un moment et à un endroit donné
  • l’anthrophonie pour les sons apportés par l’homme.

Les coupes d’arbres dans une forêt, même clairsemées, laissent des traces sonores qui marquent nettement l’avant et l’après, bien que, à l’œil nu, cela semble inchangé. Il démontre que les perturbations sonores de l’homme peuvent être catastrophiques pour les animaux. Le passage d’un avion supersonique casse l’harmonie du chant des grenouilles qui leur permet, toutes accordées, de se fondre dans la masse sans se faire remarquer par les prédateurs. Pendant les quarante-cinq longues minutes où elles tenteront de retrouver le diapason, elles seront plus exposées à leurs griffes et à leurs dents.

Et le murmure de chaque feuille et de chaque créature parle aux sources naturelles de nos vies, qui peuvent peut-être contenir le secret de l’amour pour toutes choses, tout spécialement notre propre humanité, conclut Bernie Krause dans une conférence qu’il a donnée à TED.

Avec aussi

José Lepiez et ses arbrassons

Bernie Krause, Kristina Eartshirley et Marcus Maeder, à l’écoute des arbres

Grégory Lasserre pour Akousmaflore, une réalisation de Scenocosme

Peter Wolleben et Jacques Tassin (extrait de Raconte-moi les arbres d’Aurélie Luneau sur France Culture le 12/03/2017)

Diego Stocco – Music from a bonzaï

Quand les arbres parlent (extrait d’un document INRA)

On nagra il enregistrera de Yann Parantoën (extrait)

Hugues Fernet (jardinier)

Etienne Renoir (jardinier)

Roland Dubois (agent forestier et passionné de bonzaï)

Gilles Clément (extrait d’un cours au collège de France)

 

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5e épisode - Elles se dessinent

Jean-Paul Couvert nous livre ses recherches sur la place de la couleur verte dans l’art.

Nadine Martin et Dominique Mansion s’inspirent beaucoup du végétal pour leurs œuvres. Ils partagent avec nous une approche sensible où le temps s’écoule autrement.

Avec :

Les petits coups de marteau de Sandrine de Borman

Le cabinet de curiosité Hortus minor d’Isabelle Dumont

Aline Raynal Roques dans des extraits de La marche des sciences, d’Aurélie Luneau, sur France Culture

Gilles Clément (cours au collège de France)

Francis Hallé

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6e épisode - Elles font du cinéma

Dans les jardins de Hugues Fernet, Etienne Renoir, Roland Dubois
Avec la courte apparition de Sandrine de Borman

Hugues Fernet est entrepreneur de jardins à Bouillon. Dans ses plantations, s’invitent des fleurs voyageuses, comme le bouillon blanc qui a donné son nom à son entreprise, des oiseaux migrateurs, des insectes butineurs attirés par la diversité de ce lieu où l'on éprouve un sentiment de quiétude dans un ailleurs familier. Nous nous y baladons un instant avant qu’il n’évoque son métier de 'greenman' sur les plateaux de tournage.

Dans La femme de Gilles, par exemple, Elisa (Emmanuelle Devos) entretient un petit coin de terre. Frédéric Fonteyne, le réalisateur, a demandé à Hugues d’incarner les quatre saisons, à lui tout seul. Ce qui sollicita beaucoup ses facultés d’invention, notamment pour imaginer l’astuce qui permettrait aux choux de noircir avant l’heure – une semaine de congélateur n’a pas suffi – et pour dénicher les plants de légumes correspondants à la saison de ce moment-là du scénario.

Ces défis ont bâti la réputation de notre jardinier auprès des décorateurs de cinéma. Ce n’est pas le mois des groseilles ? Qu’importe ! Le scénario est roi. Hugues va acheter des grappes en grande surface, il les accrochera sur les arbustes en feuilles pour donner l’illusion de juillet. L’arbre, qui vient d’être planté dans un énorme trou, avec cette énorme grue, ne vous satisfait plus ? Septante centimètres plus à gauche, ce serait mieux ? Rappel de la grue, nouvel énorme trou, arbre déménagé. Où est le vrai ? Où est le faux ?

Le site de Bouillon Blanc, de Hugues Fernet

Nous terminons avec deux autres jardiniers inspirés, Roland Dubois et Etienne Renoir.


Ensuite, un détour par la relation essentielle que certains ont avec un arbre, dans un fragment de Mon arbre, ma mémoire, une réalisation de Christine Van Acker sur une idée de Jacqueline Daloze.

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