L'élégance du chardonneret

Chez les chrétiens, le chardonneret était le symbole du Christ, le rouge de sa tête représentant le sang de la couronne d'épines.
Chez les chrétiens, le chardonneret était le symbole du Christ, le rouge de sa tête représentant le sang de la couronne d'épines. - © Pixabay

Le chardonneret est un petit oiseau clown avec une tache rouge sur la tête, amateur de chardons, d’où son nom. On le trouve en bandes au bord des chemins de campagne. Il est aussi élevé et capturé comme un être un peu magique en Algérie. Son nom est le 'maknin'.

Seham Boutata nous ramène d’Algérie un documentaire magique lui aussi, réalisé en compagnie d’Alexandra Longuet. Éleveurs, oiseleurs, vétérinaires, psychanalystes, journalistes ou simples aficionados, tous nous parlent de la passion qu’ils entretiennent avec le chardonneret.
Ces paroles rares parce que décomplexées nous dépeignent une société loin des clichés habituels.

Quand l’oiseau nous fait voyager…

Un projet soutenu par le Fonds Gulliver


Un chant incomparable

"Pendant qu'ils attendaient que le chardonneret arrive, qu'il soit piégé par la glu, etc, on écoutait le Tour de France, sur une radio. Il y avait toujours quelqu'un qui avait une petite radio. Et ça, ça m'a marqué : le chardonneret, le Tour de France, la chaleur, l'oued, il y a de l'eau, c'est des moments pour moi extraordinaires."

"J'ai eu la chance d'être élevé dans un quartier où il y avait beaucoup de passionnés de chardonnerets. Je suis né entre les chardonnerets. (...) C'est un excellent chanteur, c'est un chant qu'on n'avait jamais entendu à l'époque, c'est un chant un peu spécial. J'étais dans tous mes états, je pleurais."

L'Algérien aime le chardonneret par tradition. Cet oiseau apprend toutes les notes des chants des autres oiseaux et les reproduit en les améliorant. Le chant du chardonneret algérien est classé parmi les meilleurs chants au monde. Plus le chardonneret a un beau chant, plus il est cher. La femelle ne chante jamais aussi bien que le mâle.

Certains chardonnerets ont imposé leur nom, ils sont devenus des stars, ils n'ont pas de prix. Ils ont chacun leurs caractéristiques propres. Mais cela se perd malheureusement : les dernières générations de chardonnerets n'assimilent plus les chants comme leurs prédécesseurs.
 

Une espèce en péril

Chassé, harcelé, victime de son succès, le chardonneret peine à se reproduire pour permettre son équilibre ou pour assurer son accroissement. Sa pérennité et son existence même sont donc en péril.

On ne le trouve pratiquement plus dans la nature. Son domicile naturel, la forêt, disparaît, principalement suite aux incendies et au déboisement. L'utilisation des produits chimiques, des pesticides et enfin la chasse au filet précipitent sa disparition des habitats naturels. Il a perdu les endroits où nicher alors qu'avant il était là, autour des maisons. 

"Le chardonneret, il était là, sur nos balcons, sur nos fenêtres, il vivait avec nous. C'est pour ça qu'il y a ce lien entre les Algériens et le chardonneret. Vous ne risquez pas de trouver une maison où il n'y a pas un chardonneret qui chante. Le chant du chardonneret, c'est un petit peu l'hymne national ! Il n'y a pas une personne qui n'apprécie pas le chant du chardonneret en Algérie. Il y a vingt millions d'oiseaux dans les maisons."

Aujourd'hui, beaucoup viennent en fraude du Maroc et sont vendus à des prix exorbitants, sur les marchés.

Des tentatives existent de repeupler les forêts, mais c'est un chantier énorme, qui commence par une sensibilisation de l'opinion publique.
 

Une tendresse pour le 'maknin'

"Ce qui m'émeut le plus, c'est de voir tous les jeunes et les moins jeunes qui se promènent avec leur cage comme s'ils promenaient leur doudou, dit une psychanalyste. Il y a une relation affective très touchante. Ils prennent soin de leur oiseau plus que d'eux-mêmes. C'est vraiment d'une tendresse inouïe.
C'est un symbole de liberté, d'évasion, de rêve. Mais je pense que c'est eux qui sont en cage, ce n'est pas l'oiseau. Parce qu'ils se sentent eux-mêmes emprisonnés, ils ont leurs ailes coupées. Contrairement à l'oiseau qui, même en cage, est libre et leur donne du rêve.
Je sais que les prisonniers parlent tous de 
'maknin', de cet oiseau qui leur permet de s'évader de la prison. Leur premier geste en quittant la prison est d'aller voir leur 'maknin' ou un 'maknin'."

Le chardonneret ne chante pas, il pleure sa liberté perdue.

 

Découvrez-en davantage sur le chardonneret dans le documentaire de Seham Boutata et Alexandra Longuet.

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