L'éducation non genrée : permettre aux enfants d'être qui ils veulent

L'éducation non genrée : permettre aux enfants d'être qui ils veulent
4 images
L'éducation non genrée : permettre aux enfants d'être qui ils veulent - © Tous droits réservés

“Les filles ne jouent pas au foot et les garçons ne jouent pas à la poupée”, ce genre de phrase peut paraître dépassé, et pourtant à l'heure actuelle, sans parfois même s'en rendre compte, nous induisons une différenciation entre les filles et les garçons et ce, dès le plus jeune âge. Hélène Detroz du RIEPP (réseau des initiatives Enfants-parents-professionnels) ainsi qu’Astrid Leray, formatrice, spécialiste dans l’éducation non sexiste et auteure d’études sur les représentations genrées dans les catalogues de jouet étaient les invitées de Tendances Première.

Que ce soit dès l’école maternelle, dans les magasins de jouets ou dans nos leçons de français, nous sommes formés à penser que nous sommes voués à faire certaines choses et pas d’autres. Que ce soit à l'école, chez les amis ou en famille, chacun de nos comportements peut influencer l'enfant et lui donner une vision fermée de ce qu'un garçon ou une fille "peut" faire. 

Les catalogues de jouets : vers un mieux ?

Selon Astrid Leray, les jouets qu'on donne aux enfants sont très importants dans la représentation future et dans leur éducation. Malgré leurs importances avérées, les catalogues de jouets n'ont que très relativement évolué. On a actuellement moins de rubriques différenciées fille ou garçon, mais par contre les jeux, eux, n’ont pas vraiment évolué. Selon Astrid Leray, c’est plutôt la mise en page qui a évolué: des photos moins stéréotypées, des filles qui peuvent tirer à l’arc, des garçons qui peuvent faire la cuisine, etc. 

Par contre, on a toujours essentiellement des jeux proposés aux filles centrés sur l’imitation: faire comme maman, avoir une robe de princesse... ou alors des jeux de coopération du style jouer à la maîtresse, alors qu’on propose aux garçons des jeux d’aventures, d’exploration, de résolutions de problèmes, ou de sport, ce qui évidemment induit des apprentissages différents.

Les poupées Barbie restent anorexiques et très sexualisées

Il y a donc par exemple une forme de sexualisation très poussée chez les petites filles, avec la robe de princesse et le maquillage présent dès 3 ans.

Chez les garçons on apprend à être des super-héros alors que petites filles doivent être jolies et dans le paraître. On range vite les enfants dans des cases.

 

La faute à qui ?

Face au déterminisme social, on veut souvent trouver un responsable unique, un coupable.

"Les parents vont dire que c'est la faute de l'école, mais l'école dira que c'est la faute des parents, qui rejetteront alors la faute sur leurs propres parents", bref c'est la faute de tout le monde or Astrid Leray et Hélène Detroz sont unanimes, c'est surtout un problème de société.

L'enfance est le début de la construction identitaire, de systèmes de références ancrés sur lesquels on se repose toute sa vie.


Dès 5 à 7 ans, l'enfant va avoir conscience que le sexe est une donnée stable et biologique, mais avant cet âge l'enfant doit comprendre cette donnée.

Il faut donc les considérer comme des "scientifiques", ils sont en train de faire leurs propre expériences. Qu’est-ce qu’une femme, qu’est ce qu'un homme, etc. Pour ça, ils vont être extrêmement observateur et observatrice et noter tout ce qu’ils vont observer.

Ce n’est pas la faute de l'un ou de l'autre, c’est l’ensemble de la société qui renvoie ces signaux, tous ces petits messages sur le genre qui sont du coup concordants, et qui créent une clé de lecture très claire sur le rôle féminin et le rôle masculin. On doit tous et toutes se remettre en cause pour essayer d’ouvrir au maximum le champ des possibles.

Quelles sont les choses à mettre en place d’urgence ?

Au niveau des jouets, premier conseil: les diversifier. Il ne faut pas réserver l’aventure et le sport aux garçons et les déguisements et la dînette pour les filles. Ça se fait par les jeux qu’on achète mais aussi par la façon dont on accompagne le jeu, explique Astrid Leray.

Dans l’immédiat, il faut donc penser à son propre bagage en tant que parent, faire sa propre introspection et voir les comportements qu'on transmet sans le vouloir.

Par rapport au "monde extérieur", il faut apprendre aux enfants, garçons comme filles, que tout est possible et que tout le monde a le droit de tout expérimenter. Le sexe ne détermine ni le goût ni les capacités ni les compétences. On peut tout essayer, tout apprécier, avoir ses propres goûts et sa propre histoire.


Cela se fait en diversifiant les modèles. Par les jeux, par les livres mais aussi en faisant attention à nos attitudes, comme l'explique Astrid Leray:

"Il faut vraiment imaginer qu’on est scruté en permanence, et que ce moment où votre fille va grimper à l’arbre, et ce moment où vous allez faire un cri de peur parce que vous la voyez monter à l’arbre, parce que vous la voyez plus fragile, l’enfant va le percevoir. Même si on n’empêche pas forcément que son petit garçon mette une robe de princesse au carnaval et que vous en rigolez, même gentiment, il va le percevoir, il va se dire qu’il n’aurait pas dû."

Il faut donc avoir une attitude qui montre que tout est possible, tout est légitime.

Réécoutez ce dossier de Tendances Première sur l'éducation non genrée

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK