L'édito

A.Merkel & F.Hollande au match France-Allemagne
A.Merkel & F.Hollande au match France-Allemagne - © Belga

Edito d'Anne Blanpain.

C'est donc un nouveau sommet européen qui s'ouvre aujourd'hui , il sera question du budget européen.

Georges si un jour vous me dites que vous adorez cette chronique, qu'elle vous réjouit le coeur et l'esprit mais que dans le même temps vous la déplacez tous les jeudis à 2h17 du matin, je pense que je me poserais quelques questions sur votre sincérité.

Les chefs d'état et de gouvernement c'est un peu pareil, ils n'ont que les mots croissance, prospérité, recherche et innovation à la bouche mais dès qu'il s'agit de concrétiser ces voeux pieux il n'y a plus grand monde.

Cette après-midi, ils se retrouveront une fois de plus pour tenter de se mettre d'accord sur un cadre financier et sur les grandes priorités de l'Union pour les 7 prochaines années. D'ici 2020, l'Union pourrait plafonner ses dépenses à 970 milliards d'euros environ. Ca paraît énorme évidemment dit comme cela mais d'une part, cela ne représente que 1% des richesses produites dans toute l'Union et d'autre part, il s'agit d'un plafond à ne pas dépasser, mais les budgets annuels eux restent en-dessous de ce plafond.

Bien entendu dans le contexte de crise et de rigueur budgétaire, personne ne lâche facilement son chèque pour le budget européen, tous sont persuadés que l'argent européen sert principalement à nourrir un monstre administratif alors que 94% de ce budget revient aux états membres, c'est à dire à LEURS universités, à LEURS agriculteurs, à LEURS citoyens, à LEURS étudiants, à LEURS régions en retard de développement etc ...

Mais les états membres veulent payer moins.

Et donc avec moins d'argent l'Union fera moins sans doute?

On peut le craindre évidemment.

Vous avez ceux qui défendent la politique agricole commune, la France et les pays du sud à la manoeuvre. Vous avez ceux qui défendent la politique de cohésion, l'aide aux régions en retard de développement avec les pays de l'est comme porte-drapeaux. Vous avez ceux qui ne pensent qu'à baisser le budget global de l'Union, on pense ici au Royaume-Uni, Suède et autres nordiques.

Le risque c'est de voir le compromis se réaliser sur le dos du reste. Les projets de développement, pas très vendeurs d'aider les pauvres du bout du monde, même si on avait promis par exemple aux révolutionnaires de soutenir le printemps arabe. Mais pas très vendeurs non plus visiblement d'aider ses propres défavorisés puisque l'aide aux plus démunis pourrait elle aussi être revue à la baisse. Les grands travaux d'interconnection d'énergie entre états membres ou de télécoms ne sont pas défendus par grand'monde, ils étaient censés soutenir la croissance et booster l'économie européenne mais les états membres sont jamais emballés pas les projets transfrontaliers.

Autant de politiques que personne ne s'approprie vraiment.

Alors le sommet accouchera sans doute d'un compromis boîteux. Une politique agricole maintenue, et l'Union en a besoin mais qui faute de moyens et d'ambition ne sera pas modernisée. Des fonds européens pour les régions qui seront saupoudrés au lieu de se concentrer sur quelques régions vraiment en retard de développement. Des projets plic ploc pour aider tel pays, des cadeaux à tel autre état pour compenser une Europe moins généreuse. C'est la loi de ce genre de sommet: il faut que chacun puisse calculer à la fin ce qu'il a gagné, à court terme. Tant pis pour ce qu'il a perdu à long terme notamment en balayant ses propres priorités de solidarité, de croissance et d'innovation.

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