L'édito

Drapeaux européens
Drapeaux européens - © Belga

Edito d'Anne Blanpain.

Connaissez-vous, Georges, la devise de l'Union européenne?

"Unie dans la diversité".

Unie, bon, fastoche, on voit bien ce que ça veut dire même si après certains sommets houleux, on se pose des questions.

Diversité c'est plus intéressant.

Cela évoque un certain folklore local, les Belges mangent de la mayonnaise même au petit déjeuner, les Français sont chauvins, les Espagnols font la sieste etc... Des clichés qui évidemment ne correspondent pas à grand-chose mais qui permettent de se moquer avec tendresse de celui que l'on considère comme son petit cousin.

Mais diversité renvoit à autre chose aussi. Chacun fait un peu ce qu'il veut chez lui. Un peu comme dans une copropriété finalement. Il y a des règles à respecter dans les communs, la commission est là comme le syndic pour les faire respecter mais si vous voulez repeindre votre appartement en rose fuschia ou le tapisser de portraits de femmes nues, c'est votre problème et les autres copropriétaires s'en fichent.

Dans certains cas, ils vont même hésiter à intervenir si vous frappez votre femme.

"Ce n'est pas notre problème" diront ceux-là, "c'est pas le nôtre non plus" répondra le syndic.

Ca veut dire que chacun fait ce qu'il veut en Europe?

Non bien sûr mais regardez en Grèce. Le parti néo-nazi Aube dorée organise des ratonnades dans les marchés, distribue de la nourriture aux seuls Grecs de souche, choisit un salut qui fait tristement penser à un autre salut.

La commission hésite "c'est au gouvernement grec de prendre des mesures, ce ne serait pas malin que Bruxelles aille dénoncer un parti qui est soutenu par une partie de la population grecque". Il s'agit pour elle de politique interne, et la commission ne s'occupe pas de la politique interne de ses membres. Enfin, ça dépend de quelle politique interne on parle parce que par exemple, les états membres lui ont donné le pouvoir de donner son avis sur l'indexation automatique des salaires belges, ou le régime des allocations de chômage au Portugal, sujets qui ont un minuscule lien avec la politique nationale d'un pays. Elle intervient aussi quand des règles de droit sont bafouées, comme quand la France démantelait les camps de roms mais les états membres ne supportent pas que l'on regarde dans leur assiette. Et ils ne veulent pas se mêler de ce qui se passe chez le voisin parce que vous comprenez, un jour vous faites des commentaires sur la Grèce et paf le lendemain la Grèce vous répond "mais dites donc les Belges, c'est pas joli joli l'état de vos prisons hein?!"

Alors voilà, quand on est membres du club de la diversité, on est relativement tranquilles. En revanche, si vous êtes un pays candidat, pas question d'adhérer si vous ne respectez pas toutes les valeurs européennes, on n'est pas des bêtes hein Georges. Le seul qui ait réagi, c'est Mario Monti qui a proposé un sommet sur la montée des populismes en Europe, oui mais non ont répondu les autres. Bien sûr le sujet est délicat, mais l'Union devra bien finir par s'en occuper, elle devra lutter contre ce qui nourrit le populisme, et notamment l'absence d'Europe dans certaines politiques sociales. Elle devra le faire tout simplement parce que les élections européennes approchent à grands pas, et les populistes nationaux risquent bien de se retrouver en pagaille au parlement européen, au coeur même de la démocratie européenne.

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