L'édito

L'édito
L'édito - © RTBF

Édito international de Willy Vandervorst

L'éditorial international de ce mercredi nous ramène en Égypte où l'on célèbre, deux ans après, le renversement de la famille Moubarak. Mais les images d'actualité que nous recevons aujourd'hui ne nous présentent pas de scènes de joies, mais bien à nouveau des manifestations violentes, Willy Vandervorst.

Les mêmes images! Ces derniers jours,  l’Égypte a retrouvé le climat d'insurrection qui prévalait voici deux ans, quand - dans la foulée du "printemps tunisien" - sa jeune population décidait de chasser du pouvoir le général Moubarak et son entourage. Ils ont quitté le pouvoir en février 2011!
Les violences qui secouent cette fois plusieurs grandes villes du nord - et l'on parle ici d'un bilan de plus de cinquante morts et des centaines de blessés - ces violences sont la conséquence d'un verdict judiciaire qui a  condamné à mort 21 personnes responsables de la mort l'an dernier de 74 supporters d'un club de football de la capitale. Le jugement du Caire samedi a relancé une contestation d'autant plus sensible qu'elle s'alimente du malaise qui persiste dans le pays, alors que l'autoritarisme du pouvoir (islamiste cette fois) n'a rien résolu... Comme si rien n'avait changé !
En un peu plus d'un an de bouleversement politique, les autorités égyptiennes ne sont pas parvenues  à rendre espoir et dignité; ni à tracer les voies d'un développement réalisable. L'an dernier, le monde politique égyptien a préféré se perdre dans des batailles internes, si bien qu'aujourd'hui et le chômage et la pauvreté se sont accrus.
Le président Mohamed Morsi est autant le symbole de cet échec que le courant qu'il représente. Il suffit pour s'en convaincre de voir combien a reculé le courant islamiste... d'élections en référendum. Dernier résultat en date, le référendum sur la nouvelle Constitution de ce grand pays du Proche-Orient  et adoptée par seulement 21% des électeurs, donc par quelque 15 millions d’Égyptiens sur 82!

On se souvient aussi du faible résultat électoral enregistré par le président Morsi lors de son élection en juin dernier. Pour s'imposer, il la donc opté pour la manière autoritaire
 
Et il semble avoir choisi ses cibles, au premier rang desquelles l'armée qui était le pilier du pouvoir depuis des dizaines d'années. Qui se souvient encore du maréchal Tantaoui, ex-chef d'état-major et ex-ministre de la Défense, mis sur la touche l'été dernier ?
Avec ses partisans: les Frères islamistes et ses alliés salafistes, le président Morsi a choisi la direction des réformes, confondant rapidité et précipitation, négligeant la rage croissante qui traversait une population désireuse de liberté. Une opinion qui lui a explosé au visage ces jours-ci, avec pour image ces manifestants qui ont marché vers la résidence présidentielle, obligeant les parlementaires à lancer un appel...  à cette armée (jetée dans les cordes) afin de sauver le maintien de l'ordre.
"L'instabilité politique risque de conduire à l'effondrement de l'état" déclarait hier le patron de l'armée dont le retour sur le devant de la scène traduit en tout cas l'impasse dans laquelle a été poussée l’Égypte.

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