L'édito

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Site de la compagnie de gaz à Amenas - © Belga

Edito européen d'Anne Blanpain.

On revient sur le plus célèbre couple européen...

On a tous une vision un peu romantique du couple franco-allemand, deux réconciliés qui s’apprécient, deux dirigeants européens marchant sur la plage, se tenant par la main, deux grands pays veillant avec amour sur le reste de l’Union, deux nations se regardant d’un œil attendri. On oublie un peu vite qu’entre ces deux-là, c’est d’abord un mariage de raison. Et au bout de 50 ans, eh bien, les mariages se fatiguent, alors officiellement on se sourit, on se fait la bise, on se tutoie mais au-delà de l’image comme dans les vieux couples, ça se cherche des poux, ça s’agace.

On a même assisté à des coups de couteau dans le contrat " pas mal ce beau britannique " s’extasiait un peu midinette la France " pas touche je l’avais vu le premier " répondait l’Allemagne. Mais ces flirts n’ont pas duré et n’ont pas mis en danger le couple franco-allemand.

Depuis l’arrivée de François hollande au pouvoir, les disputes sont plus fréquentes, plus mesquines aussi " pourquoi c’est moi qui dois accepter telle date de rendez-vous téléphonique imposée par l’autre ? " "pourquoi c’est moi qui devrais reprendre contact après tel échec à tel sommet ? "

Ca se dispte plus qu'avant, Anne?

Disons que ça se dispute plus ouvertement qu'avant sans doute parce que pendant des années, après la guerre, il était de bon ton d’être celui qui ferait preuve de la meilleure volonté à l’égard de l’ancien ennemi tout cela sous l’œil ému de la belle mère américaine. Un conseil des ministres commun, un livre d'histoire commun, des soldats allemands défilant pacifiquement sur les Champs Elysées... Aujourd'hui, c'est un peu la routine, alors on s'ennuie, et ça devient super mode de prouver son autonomie, d’être le président français qui résistera à la chancelière allemande, d’autant plus quand on est comme François Hollande d’un autre courant politique.

Mais dans mariage de raison il y a le mot raison. Et comme dans les meilleurs feuilletons à l’eau de rose, cela n’empêche rien. On se souvient du général de Gaulle et le chancelier Adenauer, tous deux bien décidés à protéger leurs pays et le continent de la guerre, deux hommes méfiants qui ont fini par réellement s’apprécier. Ensuite, au biberon, on inculque aux Français et aux Allemands, qu’il faut s’entendre avec l’autre, parce que c’est sans doute le pays le plus différent du sien. Ces deux pays sont tellement différents que lorsqu’ils parviennent à concilier leurs points de vue, il y a de bonnes chances pour que les autres se retrouvent dans cet accord. Bien sûr, les autres pestent, râlent, s’énervent contre ce couple franco-allemand dont on attend avec ferveur l’accord mais tous le savent, il faut tous les jours réconcilier Paris et Berlin avant de pouvoir réconcilier l’Union. Et la construction européenne est jalonnée d’idées franco-allemandes qui sont le fondement de ce que nous connaissons aujourd’hui. Bien sûr l’Union ne peut pas réinventer le marché unique ou l’euro tous les 10 ans, mais le couple franco-allemand pour ses 50 ans pourrait nous offrir par exemple un budget pas trop raboté pour permettre à l’Union de bien fonctionner, ou alors une zone euro pacifiée en ordre de bataille budgétaire mais on n’humilie pas les plus fragiles.

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