L'édito

David Cameron
David Cameron - © Belga

Edito européen d'Anne Blanpain.

David Cameron me fait vraiment penser à un torero trop audacieux. Depuis son arrivée au pouvoir, il agite le chiffon rouge devant le taureau des eurosceptiques, et puis, complètement débordé par la charge de ces eurosceptiques, il appelle au secours et demande aux Européens de faire diversion pour écarter le taureau qui charge. Demain aux Pays-Bas, David Cameron prononcera un discours sur les relations de son pays avec l'Union européenne. Oui Georges, c'est aux Pays-Bas qu'il parlera, histoire sans doute de montrer qu'il n'est pas aussi isolé qu'on veut bien le dire.

Qu'attend-on de ce discours? C'est difficile à dire. Il y a plusieurs mois, David Cameron reconnaissait qu'un référendum sur l'appartenance des Britanniques à l'Union aurait l'avantage de donner une réponse claire et nette.

Les eurosceptiques n'en attendaient pas tant, ils allaient enfin pouvoir obtenir ce qu'ils voulaient.

Sauf que David Cameron ne veut pas sortir de l'Union, il ne veut pas pour des raisons économiques, les patrons britanniques sont d'ailleurs inquiets mais aussi pour des raisons politiques, il ne veut pas voir cette Union politique se développer à côté de son pays. Il ne devrait donc pas proposer de référendum.

Mais ce rétropédalage du Premier ministre ne calme pas les eurosceptiques de son propre parti, les souverainistes en tout genre et les populistes du UKIP, alors il parle de renégociations.

Il veut donc récupérer une partie des compétences gérées aujourd'hui par l'Union.

Oui il ne veut plus que l'Union se mêle de marchés financiers, de coopération policière et judiciaire, de liberté pour les Européens de s'installer partout en Europe etc.

Si on demande aux Britanniques ou même à n'importe quel autre peuple s'ils veulent renégocier leurs relations avec l'Union, on connait déjà la réponse.

Et on imagine bien comment David Cameron l'utilisera "ah excusez-moi mais cette nouvelle directive, je ne peux pas l'adopter, mes concitoyens m'ont demandé de revoir les relations avec l'Union, ah non, pas de budget, il faut d'abord tout remettre à plat". La Grande-Bretagne aura trouvé un nouveau moyen de bloquer l'avancée de l'Union. Certains, résignés, imaginent laisser les Britanniques piocher ce qu'ils veulent.

Mais d'autres n'en veulent pas, les autres, ceux qui se farcissent le meilleur et le pire de l'Union, ceux qui font des compromis sur telle politique parce qu'ils obtiennent davantage sur tel autre point.

Ceux-là ne cachent plus leur agacement face à Londres. Depuis des mois, certains Européens évoquent publiquement et sans complexe une possible sortie britannique de l'Union. Lors d'un sommet, un dirigeant européen s'est même levé pour lancer à David Cameron "la porte est là". Et l'intervention des Etats-Unis pour demander à la Grande-Bretagne de rester au sein de l'Union agace encore plus, de quoi j'me mêle dit-on dans les couloirs européens.

David Cameron risque d'entraîner toute l'Union dans son propre conflit avec les eurosceptiques, qu'il a nourris, presque gavés pourrait-on dire depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans, des eurosceptiques qui aujourd'hui refusent que ce torero leur dise que le chiffon rouge, c'était juste pour rire.

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