L'édito

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illustration - © Belga

Edito européen d'Anne Blanpain.

Un edito à la sauce irlandaise ce matin.

Connaissez-vous la recette des crevettes de la baie de Dublin à l'ail et au citron? Ou alors du colcannon aux oeufs pochés et à la sauce hollandaise? Savez-vous que les banques en Irlande ferment à 17h le jeudi, à 16h les autres jours? Toutes ces informations, c'est l'Irlande qui vous les donne Georges, gracieusement, sur le site de la présidence irlandaise de l'Union européenne. Quel rapport me direz-vous avec la conduite des affaires européennes? Il n'y en a pas, c'est juste une tradition. Le pays qui préside l'Union pendant 6 mois explique quelles seront ses priorités politiques mais il a depuis toujours pensé à un petit guide touristique, à un site internet plus ou moins magnifique et à des réunions informelles sur place avec dans le cas des ministres de l'Agriculture, visites et dégustations en tous genres. Certains estiment même que depuis la nomination d'Herman Vanrompuy comme président permanent du Conseil européen, cette présidence tournante ne se résume plus qu'à cela: une vitrine touristique du pays pendant 6 mois, une vitrine qui coûte cher et qui complique un peu plus encore l'organigramme des institutions européennes.

Cette présidence tournante ne sert vraiment plus à rien?

Bien sûr, ces présidences tournantes coûtent très cher, surtout aux petits pays, ils doivent renforcer les équipes de diplomates qui déminent tous les dossiers, qui préparent les compromis, qui font des allers-retours auprès des différentes délégations pour convaincre machin que cet amendement est acceptable et pour dire à brol que cet autre amendement ne passera jamais parce que duschmoll y mettra son véto. Pour de vieux briscards de l'Union européenne comme la Belgique, les forces diplomatiques compétentes se trouvent encore facilement, l'expérience aide.

Bien sûr, c'est très inégal, et certaines présidences semblent dépassées par l'ampleur de la tâche, ont de la peine à trouver les moyens humains pour gérer en parallèle les négociations sur la supervision bancaire, les règles de Bâle III, la réforme de la politique agricole commune, de la pêche, le budget, les transports propres et j'en passe. Bien sûr, parfois, telle présidence complique certains dossiers, la présidence chypriote n'a pas montré d'enrthousiasme débordant pour les négociations d'adhésion avec la Turquie mais les Turcs avaient de toutes façons annoncé qu'ils ne discuteraient pas avec cette présidence. Bien sûr, c'est l'actualité qui dicte la plus grande partie de l'agenda européen, surtout depuis la crise économique. Mais chaque pays apporte sa capacités de négociations, les compétences de sa diplomatie, ses bons contacts avec les uns et les autres, sa roublardise aussi, son sens du compromis. Le pays qui a la présidence peut parfois lâcher du lest sur tel aspect qui le touche pour obtenir des autres la même ouverture d'esprit. Cela oblige aussi les différents ministres à davantage se mouiller pour l'Europe, certains d'ailleurs la découvrent réellement et y prennent goût. Cela leur ouvre les yeux aussi sur la difficulté de la tâche. Bien sûr à la fin des 6 mois, il faut supporter la longue liste des réussites de la présidence qui s'achève même si certains dossiers arrivaient tout simplement à la fin de la procédure, il faut aussi supporter les vibrants plaidoyers pour une Europe plus forte que répètent depuis la nuit des temps toutes les présidences entrantes.

Bien sûr, ces présidences tournantes ont un petit côté artisanal parfois mais si pendant 6 mois, les Irlandais, les Chypriotes, les Belges, et tous les autres quand leur pays prend la présidence, entendent parler davantage d'Europe, c'est pas si mal finalement.

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