L'édito

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illustration - © Belga

Edito européen d'Anne Blanpain.

C'est donc un sommet européen qui s'annonce long et difficile.

Heureusement que le comité du prix Nobel ne se réunit pas ce week-end parce que, franchement, après le sommet qui s'annonce, les membres de ce comité auraient pu soudainement douter de leur choix. "Il y aura du sang sur les murs", explique un diplomate. "Chacun affûte ses armes" dit un autre, les couteaux sont déjà sortis" ajoute un 3ème.

Bon bien sûr, ce vocabulaire guerrier, ce n'est pas la guerre mais cela annonce en tout cas le grand festival de la mesquinerie à tous les étages. Il s'agira de fixer les plafonds budgétaires de l'Union européenne pour la période 2014-2020, c'est toujours une fête de l'esprit.

Alors évidemment les capitales ont beau jeu de dire que la Commission doit être soumise à la même cure d'austérité que celle qu'elle exige des états membres. Et effectivement, les institutions européennes vont ressortir de ce sommet avec une solide, très très solide, cure d'amaigrissement. Mais soyons sérieux, l'administration ne coûte si l'on ose dire que 6% du budget global de l'Union. Symboliquement, politiquement, les coupes et les réformes dans ce chapitre comptent. Mais en termes purement financiers, ça ne résout rien.

Principale cible des radins: la Politique Agricole Commune. C'est nul, la PAC, c'est ringard, c'est un héritage du passé et l'Union ne devrait plus y consacrer 40% de son argent. Sauf que la PAC c'est la seule politique réellement commune, on peut regretter cette situation mais c'est un fait. Donc soit on renationalise cette politique, que chacun paye ses agriculteurs ou pas suivant ses priorités politiques et ses moyens, soit on permet à l'Union de subsidier correctement ses agriculteurs en échange de règles toujours plus contraignantes en matière sanitaire et environnementale.

L'aide aux régions en difficulté, autre gros morceau du budget, c'est plouc, tous ces pauvres qui en sont encore à vouloir se remettre à niveau avec d'ailleurs des entreprises venues bien souvent des pays riches, tous ces pauvres qui sont pas fichus de s'en sortir tout seuls, de profiter des bienfaits de ce que leur vendent les pays riches, des ploucs je vous dis.

Mais tout n'est pas parfait?

La PAC ne fonctionne pas idéalement, l'aide aux régions en retard de développement est loin d'être performante mais les radins n'en parlent pas, ils évoquent uniquement des réductions budgétaires, on ne les entend pas beaucoup sur la réforme de l'aide aux régions ou sur un glissement de budget de la PAC vers la recherche. Non, ils veulent juste payer moins. Comme si le budget européen était juste destiné à nourrir une gigantesque Union gloutonne. L'immense majorité des fonds européens retourne vers les états membres, ah oui, parfois plus vers les pauvres que vers les riches mais ceux qui aiment tant le grand marché unique feraient mieux de se réjouir de voir ce marché fonctionner d'autant mieux que les écarts de richesse entre états membres seront réduits.

Et si ceux qui ne veulent plus signer de chèque au budget européen savent qu'il existe des alternatives, des taxes qui alimenteraient directement le budget européen plutôt que d'aller dans les budgets nationaux, ça ne couterait pas un euro de plus aux citoyens.

Ah mais non, j'oubliais les radins ne veulent pas non plus que l'Union soit autonome au niveau budgétaire, parce que l'Union c'est plouc, ça sert à rien et ça coûte cher.

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