L'édito

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illustration - © Belga

Edito européen d'Anne Blanpain.

Comme tous les jeudis on se penche sur l'actualité européenne. Ce matin l'Europe dans la campagne française , ou l'Europe vue par les candidats.

Tous les observateurs le disent, la campagne présidentielle française est fatiguante, les déplacements épuisent, les meetings, les télés, les dossiers à connaître, pas humain comme rythme. Alors comme les candidats restent précisément des êtres humains, parfois ils ont besoin de détente, besoin de jouer à "on disait que j'étais le maître du monde et le maître de l'Europe".

Alors ils jouent : la France va sortir de Schengen parce qu'il y a trop d'immigrés illégaux, parce que, c'est bien connu, "avant Schengen, il n'y avait pas d'immigrés illégaux."

Bon bien sûr sortir de Schengen, ce n'est tout simplement pas possible dans l'état actuel des traîtés. Mais quand on est maître du monde et de l'Europe, forcément on s'en fiche des règles du jeu.

Certains candidats veulent aussi sortir de l'Euro parce que ce sera plus facile ensuite de remettre en route la croissance en dévaluant le franc français, bon bien sûr la dette française elle restera en euros et donc sera encore plus difficile à rembourser.

Mais quand on est le maître du monde et de l'Europe, on s'en fiche, on ne rembourse pas sa dette et d'ailleurs on s'en fiche aussi si ensuite les méchants marchés se méfient de la France.

Autre proposition : geler le budget actuel de l'Union ou même le diminuer de deux tiers mais attention tout en maintenant la politique agricole commune à son niveau actuel si chère à la France. Bon bien sûr, les autres états vont sans doute grogner qu'on diminue le budget sans diminuer la PAC.

Mais quand on est le maître du monde et de l'Europe, bien précisément on est maître du monde et on s'en fiche de ce que pensent les autres.

Et à peu près tous les candidats vont aller trouver Angela Merkel pour lui dire que ça suffit comme ça, qu'il faut exiger de la Banque centrale européenne qu'elle se secoue un peu pour aider les états membres. Bon bien sûr, Angela Merkel, ses députés et sa cour constitutionnelle ne sont pas seuls à exiger une austérité suicidaire et pour le moment personne n'est arrivé à les faire changer d'avis mais précisément quand on est le maître du monde et de l'Europe, il suffit de décider.

Bien entendu c'est chouette d'entendre parler d'Europe dans une campagne électorale nationale mais les candidats jouent avec le feu. Qui va expliquer aux Français que non la France ne sortira pas de Schengen, que non la France ne sortira pas de l'euro, que non la France n'imposera rien du tout à la Banque centrale européenne.

Pas du tout parce que c'est interdit par les traîtés, ou parce que ça ne se fait pas, la France fait ce qu'elle veut d'elle-même. Mais en allant au clash seule, en faisant croire qu'elle peut imposer ses vues juste parce qu'elle est la France et que la France, monsieur, c'est sacré, elle se décrédibilise elle-même. Elle a besoin des autres Européens, ses clients, ses partenaires, ses alliés. Mais tout cela les candidats à la présidentielle le savent fort bien, et dès le 6 mai prochain, l'Europe passera du rayon "défouloir amusant" au rayon "quotidien pas très sexy à gérer sérieusement en coopération avec les autres états".

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