L'Edito

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Edito international d'André Zaleski.

C'est l'Afrique qui retient votre attention ce matin, André. Au moment où l'Europe se débat dans une crise économique et financière dont on ne voit pas la fin, le continent africain souffre d'une pénurie alimentaire qui menace la vie de millions de personnes. Et là où les guerres civiles s'en mêlent, la situation devient de plus en plus incontrôlable. La faim tue mais en silence…

En Afrique, la faim est un tsunami silencieux : c'est ce que me disait une nutritionniste de l'Unicef de passage à Bruxelles : les pays du Sahel, comme le Mali, le Niger, la Mauritanie ou le Tchad, sont en passe de connaître une nouvelle et grave pénurie alimentaire, qui menace la vie de centaines de milliers d'enfants en bas âge. En cause, les pluies, plus faibles, et donc les récoltes, trop maigres, qui affectent en particulier les populations rurales, celles qui précisément, et en principe, cultivent pour eux mais aussi pour les autres, pour vendre, pour vivre. Mais, un peu comme dans la chanson de Brel, il faut vous dire, Georges, que chez ces gens-là, il y a encore de l'espoir, parce que ces zones et les populations qui s'y trouvent restent majoritairement accessibles aux ONG et aux camions de vivres.

Ce que vous nous dites, André, c'est qu'il y a pire, dans les pays qui connaissent à la fois la sécheresse et des chocs additionnels comme les troubles politiques, voire la guerre civile ou religieuse…

Oui, et là, les regards se tournent fatalement vers la Corne de l'Afrique. Là, dans ce territoire immense, ce sont les autres, comme disait Brel, qui développent un lugubre ballet migratoire : des Somaliens qui fuient par dizaines de milliers vers le Kenya et l'Ethiopie, pour échapper aux attaques des Shebab, les islamistes intégristes. Ils risquent de croiser des Érythréens qui, eux fuient leur ennemi historique, l'Ethiopie. Plus au Nord-Ouest, les Soudanais du Sud, chrétiens, n'ont pas le temps de savourer leur jeune indépendance, parce que leur territoire reste harcelé par des milices islamistes fidèles au Nord. Là, des enfants et des femmes meurent parce que l'aide n'arrive plus, pas plus que les caméras : on s'en prend aux volontaires de Médecins sans Frontières ou du Programme alimentaire mondial, on intercepte 160 camions de vivres du Comité international de la Croix-Rouge quitte à menacer l'approvisionnement d' 1 million de personnes et chez ces gens-là, Georges, la faim, l'épuisement, la maladie et les balles de la haine tuent à petit feu, ou de manière plus expéditive. Ils meurent parce qu'ils gênent, qu'ils sont des obstacles, il y a plus important, voyez-vous, que de sauver les enfants : il y a l'accès à la mer pour les uns, la rente pétrolière pour les autres, les croisades fanatiques, ou la guerre plus rentable que la paix… Alors on se pourchasse par-delà des frontières virtuellles, mais on se met aussi à table, avec les investisseurs ! C'est qu'il y a de l'uranium et du gaz en Somalie, et du pétrole au Soudan… beaucoup de pétrole ! Depuis 15 jours, les autorités du Soudan du Sud et du Soudan historique, celui de  Khartoum, ont signé des accords avec des sociétés chinoises, indonésiennes, canadiennes pour exploiter les plantureuses réserves du sous-sol. Le directeur de la société canadienne Statesman Resources, Gregory Channon, a déclaré, en parlant de ce marché : « il y a ici un potentiel intéressant… » Chez ces gens-là, Georges, on n'aide pas : on creuse… et on compte !
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