L'Edito

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Edito européen avec Africa Gordillo.

Vous nous parlez, Africa, du monde qui sépare parfois la théorie de la pratique.

"Mais que fait donc le parlement européen ? Il était derrière Jan Palach, cet étudiant tchécoslovaque qui s'est immolé par le feu à Prague en janvier 69 et il est absent pour porter le désespoir de Mohamed Bouazizi, devenu le symbole de la révolution tunisienne."

Ce sont les mots du député européen Daniel Cohn-Bendit qui s'est scandalisé cette semaine à Strasbourg du manque de courage du parlement européen, un parlement qui n'a pas soutenu les Verts quand ils demandaient de réaffecter les fonds européens destinés à la Tunisie pour soutenir le pays dans l'organisation de vraies élections démocratiques.

L'ambivalence européenne à l'égard de la Tunisie et l'attitude de certains états avaient déjà été critiquées plus tôt, mais il y a décidément des mots que l'on ne veut pas entendre. La dictature de Ben Ali a pourtant duré 23 ans. Mais tout le monde semble la découvrir ou la redécouvrir aujourd'hui. Et ce ne sont pas les propos tenus la semaine passée par la ministre française Michèle Alliot Marie devant l'assemblée nationale qui seront de nature à nous rassurer, elle qui proposait d'envoyer les policiers français pour apporter leur expertise à leurs confrères tunisiens.

A Strasbourg même, dans l'hémicylce où, ironie, s'est déroulée en décembre la cérémonie de remise du prix Sakharov pour la liberté d'expression au dissident cubain Guillermo Farinas, les propos de Daniel Cohn Bendit ont fait écho. Vu d'Europe en effet, est-il plus facile de soutenir les droits de l'homme au pays de Castro qu'au pays de Ben Ali ? La politique de voisinage européenne, la peur de l'islamisme et du terrorisme sont-elles à ce prix ?

La politique étrangère de l'Union européenne permet à tout le moins de s'interroger. L'Europe propose aujourd'hui d'aider la Tunisie à organiser des élections libres mais elle a toléré jusque là un régime dictatorial. La Tunisie est même le premier pays du sud de la Méditerranée avec lequel l'Union a signé un accord d'association en 95. Bien sûr, l'Union intégrait des exigences de respect des droits de l'homme et d'Etat de droit mais dans les faits, qu'est-ce qui entravait le régime du président Ben Ali ?

La conclusion qui s'impose aujourd'hui c'est que les Tunisiens n'ont pu compter que sur leur seule détermination pour faire leur révolution. Une centaine d'entre eux y ont laissé la vie.

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