L'écologie du Sud est-elle la solution ?

L'écologie du sud
L'écologie du sud - © Pixabay

Comment faire face au chaos climatique ? Comment mener efficacement la bataille écologique ? Et si les solutions venaient de l’Afrique, de l’Asie ou de l’Amérique latine ?

Le philosophe algérien Mohammed Taleb fait l’éloge de l’écologie du Sud, dans son essai L’écologie vue du Sud - Pour un anticapitalisme éthique, culturel et spirituel (Editions Sang de la Terre).

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Qu'est-ce qui différencie l'écologie du Nord et celle du Sud ?

Mohammed Taleb entend le sud et le nord dans le sens de l'économie politique des rapports nord-sud. Il distingue deux différences majeures entre ces deux zones .

La première différence est le rapport aux classes sociales. Celles qui pilotent l'écologie au nord ne sont pas du tout les mêmes que celles qui la pilotent au sud.

Au nord, on y retrouve les classes moyennes blanches aisées, qui peuvent se permettre la consommation bio, les vacances solidaires et écolo, tandis que les couches populaires fréquentent plutôt la grande distribution de la malbouffe.

Au sud, ce sont souvent les peuples autochtones, les 'sans-terre', qui sont à la pointe des batailles écologiques, que ce soit en Inde ou en Amérique latine.

La deuxième différence tient à la représentation qu'on a de l'environnement.

Au nord, lorsqu'on est écologiste, on se réfère à la mauvaise gestion des ressources, d'un point de vue technicien.

Tandis que dans les sociétés traditionnelles des pays du sud, l'environnement a une dimension psychologique, spirituelle, esthétique, absolument inaudible pour l'écologie du nord.


Comment sortir de la crise ?

Ce dont on a besoin massivement au nord, c'est d'une décroissance, recommande Mohammed Taleb, c'est à dire de sortir d'une logique de la quantité pour aller vers une logique de l'excellence et de la qualité. Tandis que le sud a besoin d'éco-développement.

C'est ce qui est nécessaire pour créer les solutions d'une sortie de la crise, sachant que le travail de mémoire est essentiel pour que nos alternatives ne soient pas récupérées par le système marchand. Il faut effectivement donner du sens, de la perspective au geste éco-citoyen et ne pas le limiter par exemple à un simple geste de tri de déchets.

"La solution est dans l'articulation, dans les affinités électives entre d'un côté le sens, le symbole, l'imaginaire, l'art, la spiritualité et de l'autre côté l'engagement militant, la révolution, la lutte des classes, l'indignation. En Occident, ces deux voies sont souvent parallèles, voire contradictoires", regrette Mohammed Taleb.

On assiste aussi à un diktat des urgences. Or l'écologie, lorsqu'elle n'est qu'urgentiste, ne traite que les effets, les conséquences, parce qu'il faut parer au plus pressé. Résultat, on laisse intactes les structures causales de ces crises environnementales.


L'importance de la conscientisation

Pour Mohammed Taleb, le jardinier est la figure du rebelle du 21e siècle, à condition que ce terme désigne celui qui veut instaurer avec la nature un rapport qui ne soit pas de prédation, ni d'utilité, mais de poésie.

La société civile organisée a une tâche majeure par rapport à l'écologie : celle de la conscientisation, de l'éducation, de la communication, qui visent à dire qu'il faut avoir l'esprit critique concernant la capacité du système marchand à capter ces idéaux. Par exemple, lors de l'émergence du bio dans nos sociétés occidentales, le capitalisme a réagi en créant la bio-industrie, pour éviter que les gens ne s'échappent de la grande distribution. Ces produits bio n'ont rien à voir avec la bio comme utopie, avec la bio-diversité et l'écologie. 

"Ce que je critique, ce n'est pas le comportement des individus à la base. Ce qui me gêne, c'est lorsque l'écologie ne met pas une alerte suffisante concernant la captation marchande de ces idéaux qui effectivement sont les miens", conclut Mohammed Taleb.

Ecoutez ici cet entretien, à partir de 18'.

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