L'école en prison, une porte de sortie

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Sylvie Paré est enseignante à la maison d’arrêt de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, où elle enseigne aux mineurs et aux adultes emprisonnés. Elle a co-écrit avec Cécile de Ram le livre L’école en prison, une porte de sortie publié aux Editions du Rocher.

Les deux enseignantes essaient de redonner confiance à des détenus adultes et mineurs qui ont fait peu ou pas d’études. Un environnement institutionnel et humain qui fascine et questionne toujours.

Dans quelles conditions particulières enseigne-t-on ?
A qui apprend-on, qu’apprend-on et comment ?
Pour quels bénéfices ?

Immersion dans le quotidien d’une enseignante en milieu carcéral.

L’école en prison, une porte de sortie 

Sylvie Paré - Cécile De Ram

Les uns ont quitté l'école en primaire, d'autres après le lycée, d'autres encore sont illettrés. Incarcérés pour braquage, trafic de drogue, terrorisme, homicide ou viol... Pas évident de faire cours à un public aussi hétérogène, mais l'expérience a prouvé que rien n'est impossible.

Sylvie et Cécile enseignent à la maison d'arrêt de Nanterre depuis plus de dix ans. Grâce à elles, le français, les mathématiques et l'histoire ont trouvé un nouvel écho auprès de cette population carcérale. Sylvie et Cécile réussissent à transmettre à leurs élèves une image positive de l'école, à leur redonner confiance en eux, en leur capacité d'apprentissage. Certains détenus se découvrent même une plume, une sensibilité littéraire, grâce aux ateliers d'écriture, aux rencontres qu'elles organisent avec des romanciers, aux livres que Bernard Pivot leur offre, à chaque rentrée littéraire, pour agrémenter leur bibliothèque...
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Et en Belgique ?

L'Observatoire international des Prisons publie sa Notice 2016. Extraits...

La loi de Principes prévoit que l’administration pénitentiaire veille à ce que le détenu bénéficie d’un accès à l’ensemble des activités de formations proposées (enseignement, alphabétisation, formation professionnelle, formation socioculturelle, la formation aux aptitudes sociales, les activités créatives et culturelles, l’éducation physique …) dans l’optique de contribuer à son épanouissement personnel, de donner un sens à la période de détention et de préserver ou d’améliorer les perspectives d’une réinsertion réussie dans la société libre. 

Toutefois, à l’instar de l’offre de travail, l’offre de formation est insuffisante. Cette insuffisance de l’offre s’explique notamment parce qu’elle est traditionnellement dispersée entre différents organismes promoteurs et opérateurs : le nombre, la nature et l’objet de ces formations varient suivant les services externes travaillant au sein de chaque établissement. On peut constater que l’offre d’activité est plus limitée dans les établissements de petite taille. De plus, il existe une grande différence entre les maisons de peines et les maisons d’arrêts. D’une manière générale, l’offre de formation ne correspond pas aux besoins des détenus. Au-delà des formations, aucune politique d’accès à la culture en prison n’a été pensée.

Environ 75% des détenus sont très peu instruits ou qualifiés, la plupart des détenus n’ont pas de diplôme ou disposent seulement d’une formation de base. 30% des détenus seraient analphabètes (contre 10% de la population belge), 45% n’auraient que leur CEB et 19% leur diplôme secondaire inférieur. Or les formations générales concernant les cours d’alphabétisation, de français langue étrangère ou encore les cours de remise à niveau (en français, mathématique, culture générale ou encore informatique) ne sont dispensés que dans certaines prisons. Cette situation est problématique lorsqu’on sait que des ressortissants de plus de 120 pays différents sont détenus dans les prisons belges.

La situation de la Prison d’Anvers, où plus de 50 % des détenus de la prison d’Anvers auraient suivis l'an dernier des modules de formation en langue et informatique, contraste avec celle d’autres prisons. En effet, certaines prisons, comme Lantin ou Saint-Gilles, n’organisent aucune formation et ne répondent donc pas aux besoins des détenus, alors qu'Anvers parle déjà d’apprentissage " en ligne ".

 

Les établissements pénitentiaires rencontrent des difficultés techniques et pratiques telles que le manque d’information des détenus, le transfèrement, l’architecture des prisons, le manque d’équipement, les conditions de travail des enseignants, le manque de dialogue entre professeurs et agents, les grèves…

 

>>> En lire plus ICI, dans la Notice 2016 de l'Observatoire international des Prisons >>>

Quel enseignement en prison ?

Différentes sortes de formations et d’enseignements peuvent être organisées à l’attention des détenus, et ce peu importe la peine à laquelle ils ont été condamnés. Il existe ainsi des formations " générales ", comprenant des cours d’alphabétisation et de remise à niveau, de langues, de préparation au certificat d’enseignement de base ou au jury de l’enseignement secondaire ; des formations " professionnelles " (métiers du bâtiment, carrosserie, informatique, gestion, cuisine, couture, esthétique) ; ainsi que des formations " sociales " (programmes de responsabilisation et de vie citoyenne).

Les détenus peuvent également entreprendre ou poursuivre des études supérieures mais la précarité financière et les difficultés d’accès aux différentes sources documentaires constituent souvent un frein à la volonté de s’inscrire dans de tels programmes d’études.

La plupart des cours ont lieu dans l’établissement, en principe dans des locaux affectés à cet effet, mais il est parfois possible que ceux-ci se déroulent en dehors de la prison et que la situation de l’intéressé lui permette de sortir de l’établissement. Les modules de formation peuvent varier d’une heure par semaine à plusieurs heures par jour, étalés sur quelques semaines à plusieurs mois.

Moyennant l’autorisation du Directeur de la prison, les détenus peuvent enfin suivre des cours par correspondance. L’enseignement à distance (EAD) est une possibilité offerte aux détenus et accessible dans l’ensemble des prisons. Cependant, ce type de cours demande une motivation et une capacité d’autonomie suffisante et est plutôt destiné à des détenus aux profils scolaires plus avancés.

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Lire aussi :

Etudier en prison: quelques mètres carrés pour de grandes ambitions - un article RTBF Info du 10/04/15