L'autoaliénation parentale: quand l'enfant prend le parti du parent qui souffre

L'autoaliénation parentale: quand l'enfant prend le parti du parent qui souffre
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L'autoaliénation parentale: quand l'enfant prend le parti du parent qui souffre - © Tous droits réservés

L’autoaliénation est un mécanisme mis en place par l’enfant lui-même, qui consiste à prendre le parti du parent qui, selon lui, souffre le plus lors d'un conflit. Et cela, sans qu’il y ait une demande issue du parent en question. Décryptage des mécanismes et solutions à apporter à son enfant avec Bruno Humbeeck, psychopédagogue.

Le meilleur terreau pour que naisse l'autoaliénation chez l'enfant reste les disputes conjugales. Elles sont en effet des événements marquants pour un enfant, parce qu’elles sont perçues comme des formes de séparation. Le divorce ne commence pas quand l'acte est signé ou au moment où les parents vivent de facto séparément, il commence souvent bien avant. "Et l’enfant en est le premier témoin", prévient Bruno Humbeeck.

Prendre l'enfant "à" témoin, "comme" témoin, "pour" témoin... Une mauvaise idée!

"Et ce qui est terrible pour l’enfant", explique encore le psychopédagogue, "c’est que l’enfant est bien témoin et non observateur. C’est-à-dire qu’il est pris à témoin, pour témoin, comme témoin. A témoin signifie que lors d’une dispute, l’un des deux parents dit à l’autre que l’enfant assiste à la scène et voit le comportement de l’autre parent. Quand on prend l’enfant comme témoin, c’est que le parent dit explicitement que l’enfant sait maintenant comment le second parent se comporte. Enfin, prendre un enfant pour témoin, c’est dire " demande à ton fils/ta fille ce qu’il pense de tout ça ".

Autant de manœuvres que les parents mettent en place sans forcément s’en rendre compte et sans envie consciente de manipulation au départ. Il n'en reste pas moins que cette position est très inconfortable pour l’enfant.

Autoriser la prise de recul de l'enfant: une étape nécessaire

Pour l’enfant, cette situation est problématique car il a du mal à exprimer ce qu’il ressent. En réalité, il ne s’autorise pas à exprimer ce qu’il ressent, et il va avoir des symptômes presque physiques. Il se met dans une situation de retrait qui tend à croire que ça ne le touche pas. Mais parfois, cela cache bien des choses et il faut absolument que ses parents l’autorisent à effectuer ce recul pendant qu’ils règlent leur problème de façon personnelle. C’est dans ce genre de situation qu’on peut autoriser un enfant à jouer aux jeux vidéo sans limite, par exemple.

Aujourd’hui plus que jamais, il est important de bien gérer cette situation. La séparation est quelque chose de plus fréquent qu’avant ; ce que craint l’enfant lors d’une dispute se produit donc beaucoup plus fréquemment que par le passé. L’enfant perçoit tout cela comme un champ d’anxiété et d’angoisse, il s’imagine que tout cela est en équilibre précaire. De plus, il voit les gens souffrir, et aura tendance à soutenir celui qui souffre le plus.

Dans les couples actuels qui s’autorisent à quitter l’autre dès qu’on rencontre une nouvelle personne, on se retrouve facilement dans une situation où l’un des parents est heureux et où l’autre ne l’est au contraire pas du tout.

Quelles solutions, donc ?

D’abord, comme déjà évoqué, il faut permettre à l’enfant de se retirer du conflit. La première des choses est de le dire explicitement. Ensuite, il faut considérer que ses émotions ne doivent être ni nuancées, ni interdites, ni contredites. Si l’enfant a peur que ses parents se séparent, il ne faut pas utiliser ses émotions contre l’autre conjoint. Il faut autoriser l’enfant à vivre pleinement ses peurs. Bref, ne cultivons pas cette aliénation parentale !

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