«L’année prochaine, il y aura des polars avec les gilets jaunes»

Olivier Norek - "Surface"
Olivier Norek - "Surface" - © Tous droits réservés

Après avoir eu le visage à moitié arraché par une balle pendant une intervention, Noémie Chastain, policière talentueuse en région parisienne, se voit parachutée dans un petit village perdu de l’Aveyron. Là-bas, la jeune femme devra apprendre à se reconstruire et à s’accepter, mais également se lancer dans une sombre enquête de disparition d’enfants qui va réveiller quelques vieux démons chez les habitants d’Avalone. « Surface » est le nouveau roman noir d’Olivier Norek, auteur à succès et ancien lieutenant en Seine-Saint-Denis, paru aux éditions Michel Lafont.

 

« Surface »

La notion de surface représentait une véritable grammaire d’écriture pour Olivier Norek puisque toute son histoire s’est articulée autour de ce mot. La surface fait d’abord référence au faciès défiguré de l’héroïne. Dans un monde où les apparences sont primordiales, le visage est la première chose présentée à l’autre en société. Il est traversé de centaines de mimiques différentes, c’est un véritable livre ouvert, une pièce de théâtre constante. Chez Noémie, détruite après son accident, il faudra aller au-delà de cette superficialité, gratter le vernis en surface pour découvrir sa merveilleuse personnalité. Olivier Norek a choisi de mettre en scène une femme blessée au visage parce que dans la culture patriarcale, il existe très peu d’héroïnes féminines estropiées. Alors qu’un homme balafré sera associé à l’aventure, la physionomie d’une femme est sacrée et ne doit être abimée. Dans le polar, lorsqu’une vieille affaire de disparition d’enfants refait surface, c’est la surface de l’eau qui fait également basculer le récit : sous le lac artificiel se trouve en effet l’ancien village d’Avalone, désormais totalement englouti. Toute les traces et indices des crimes ont ainsi disparu et pour résoudre l’enquête, Noémie Chastain devra fouiller dans les souvenirs des habitants du petit village.

 

Un lieu hautement symbolique

Le récit prend place dans le tout petit village fictif d’Avalone, dans l’Aveyron, un département français entre Toulouse et Rodez que personne ne parvient vraiment à situer. Ces campagnes et provinces reculées que les Français connaissent mal représentent pourtant 70% du territoire de l’hexagone et abritent les agriculteurs et éleveurs qui nourrissent toute une population. Olivier Norek voulait donc rendre hommage à ces fonctions bafouées et à ces minuscules hameaux, dont lui-même est d’ailleurs originaire. Placer l’intrigue au cœur de ces campagnes permet également à l’enquête d’être menée d’une façon tout à fait particulière. En effet, lorsque la police investigue dans les grandes villes, peuplées de centaines de milliers d’habitants, elle utilise des procédés scientifiques comme la recherche ADN, le traçage des téléphones ou l’examen des réseaux sociaux. Dans les villages, c’est différent, l’enquête se joue à huis clos : tout le monde se connait et si les forces de l’ordre interpellent quelqu’un, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’un voisin ou d’un cousin. Les histoires de familles, les véhicules, les numéros, les antécédents de chacun sont de notoriété publique et en cas de crime ou de délit, les enquêteurs pensent d’abord à l’humain avant de réfléchir en termes scientifiques. La finalité reste donc la même puisque le but est de démasquer le coupable, mais le processus d’investigation est inversé.  

 

Le récit, un simple prétexte ?

Pour Olivier Norek, l’intrigue policière est aussi un prétexte pour parler de quelque chose de plus grand, proche des gens. De réalité. Les faits de société que nous vivons aujourd’hui seront les polars de demain : dans quelques années, nous lirons sans doute des romans noirs politico-sociaux avec comme toile de fond les gilets jaunes ou l’incendie de Notre-Dame. Le récit permet à l’auteur d’évoquer des sujets plus personnels tels que la reconstruction, l’acceptation de soi, les blessures, le regard des autres. Derrière les histoires palpitantes aux nombreux rebondissements d’Olivier Norek se cachent donc une série de thèmes universels. « Surface » est également dédié à Élisabeth, une ancienne collègue qui a vécu la même chose que Noémie Chastain et s’est fait sauvagement agressée lors d'une opération de contrôle qui a dégénéré. Elle a rapidement souhaité revenir sur le terrain pour se reconstruire et a intégré la brigade canine. Aujourd’hui, elle est flic dans un des services d’élite de la police judiciaire française.  

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Olivier Norek ci-dessous :

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