L'allaitement à travers les époques

À l’origine de nombreux mythes, à commencer par la légende de Romulus et Remus, la vision de l’allaitement a évolué au fil des époques. Laurent Dehossay recevait Yasmina Foehr-Janssens, professeure de littérature française médiévale à l’Université de Genève, pour en parler.

Fin des années 1570, le poète français Scévole de Sainte-Marthe, écrit un ouvrage intitulé Paedotrophiae (" nutrition des enfants "). Il s’agit d’un livre écrit en latin qui, un peu plus tard, sera traduit en plusieurs langues et va connaitre un grand succès. Dans ce long poème, un père s’adresse aux femmes afin d’encourager l’allaitement. Il fait notamment référence aux mammifères qui allaitent leurs petits. Dans le cas de ce poème, l’argument de la nature est utilisé de manière massive puisqu’on renvoie les femmes au dévouement des fauves les plus terrifiants à l’égard de leurs petits pour inciter les femmes à faire de même par rapport à leurs enfants. Il s’agit d’un argument rhétorique et lorsqu’on se penche du côté des pratiques, il faut apprendre à allaiter.

Il y a toujours autour des femmes d’autres femmes, médecins et experts qui vont soutenir la jeune femme qui apprend à allaiter. Bien que l’allaitement soit inscrit dans le corps, comme bien d’autres activités corporelles, il faut apprendre à l’exercer. L’allaitement est donc naturel mais s’apprend malgré tout.

À partir de la fin du Moyen-âge, le lait maternel représente une sorte de lien entre le corps et l’esprit. D'une manière générale, on pense que le lait transmet un certain nombre de qualités physiques et morales. Pour cela, tout au long de l’histoire de l’allaitement en Europe, les savants insistaient pour que ce soit la mère qui allaite les enfants et non pas les nourrices. 

L’allaitement est aussi souvent associé à un remède contre la mortalité enfantine. Le lait maternel protège l’enfant grâce aux anticorps de la mère. Un des causes de la mortalité enfantine dans les civilisations anciennes était d'ailleurs due au sevrage de la mère.

La consommation du lait de vache : un tournant

À partir de la fin du XIXe siècle, on commence à exploiter le lait de vache d’une part pour la nourriture des bébés mais aussi pour l’alimentation générale. Au XIXe siècle, les moyens de communications se font plus rapide et on répand l’idée que le lait de vache peut être consommé pur. Autrement donc qu’en beurre et fromage par exemple. À travers ce changement technologique de grande envergure qui va créer l’industrie laitière, la figure de la nourrice, alors centrale auparavant, va diminuer.

Pour réécouter la séquence, visionnez la vidéo ci-dessous. 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK