L'affaire Podmore : un garagiste retrouvé mort et une signature qu'on a voulu faire disparaître... en vain

1929, Southampton, non loin de l’élégante station balnéaire de Brighton, prisée de nombreux touristes britanniques. Southampton est une ville portuaire au cœur du quartier animé de Grovestreet, avec ses ateliers, ses pubs et ses petits commerces, à quelques centaines de mètres du port.

L'affaire Podmore débute dans un garage, un garage avec une enseigne reconnaissable entre toutes : une tête de loup peinte en rouge, celle de la "Wolf’s Head Oil Company".

Un froid matin de janvier 1929, au milieu des boites d’huiles éparpillées, on retrouve un cadavre dans un état de décomposition avancé : celui du gérant du garage. Il n’avait pas donné de signe de vie depuis un moment, alors on est venu prendre des nouvelles sur place… Appelés sur les lieux de cette découverte macabre, les experts de Scotland Yard estiment que la mort remonterait à deux mois environ.

Un marteau comme arme du crime ?

Non loin du corps, les enquêteurs mettent la main sur un marteau, qui pourrait bien être l’arme du crime. Mais ce n’est pas tout : de nombreux papiers et des lettres jonchent le sol du garage, comme si on avait fouillé la pièce, pour y dérober quelque chose - un butin par exemple - ou y soustraire quelque chose de compromettant peut-être...

Les détectives du Yard poursuivent leurs investigations. Et ils finissent par trouver un registre, avec des feuilles manquantes, qui ont manifestement été arrachées. Tout ce qui pourrait les aider est envoyé pour analyse au laboratoire de Scotland Yard !

Des papiers qui laissent des traces

En attendant les résultats, pas question de se tourner les pouces ! Les détectives entament une enquête de voisinage, au cours de laquelle ils apprennent que le gérant du garage avait publié une offre d’emploi, et avait un certain nombre de rendez-vous professionnels. Les inspecteurs vont donc remonter la piste des personnes qui se sont présentées au garage.

Et les papiers envoyés pour analyse à Londres vont livrer une signature, et donc un nom. La personne qui avait arraché la page du registre ne s’attendait surement pas à ce que sa signature soit visible, et lisible, sur les autres pages du registre. Mais on peut le dire, les moyens d’enquête de Scotland Yard sont de plus en plus développés.

"Cette affaire met en lumière l’éventail de plus en plus riche des techniques dont dispose Scotland Yard. Les sciences de la nature sont mises au service de la Justice. On applique des méthodes scientifiques à l’étude des traces d’origine criminelle : biologie, chimie, physique sont mobilisées pour faire "parler" la scène de crime, au maximum. C’est ce qu’on appelle les "sciences forensiques".

Dans ce cas-ci, à l’œil nu, ce morceau de papier envoyé pour analyse ne livre aucune information. On ne distingue absolument rien. Mais avec l’aide d’un composé chimique, l’éther de pétrole, les experts peuvent "révéler" ce qui a été écrit sans l’effacer… Tout n’est pas joué pour autant, car le droit anglais est particulièrement rigoureux dans la théorie des preuves admissibles en matière criminelle. Mais c’est un bon début pour l’enquête…"

Jérôme De Brouwer, historien du droit à l'ULB

 

Ce nom, cette signature, c’est effectivement une piste. Scotland Yard va se lancer dans des recherches à travers l’ensemble du territoire britannique. Il faut dire qu’on a affaire à un enquêteur de grande renommée. John Prothero est une "vedette" de Scotland Yard. Sa détermination et son calme olympien lui ont d’ailleurs valu une réputation et un surnom : "Gentleman John".

Scotland Yard va devoir mettre en œuvre tout son savoir-faire pour venir à bout de l'affaire Podmore. Alors, crime passionnel ou vengeance ? Pour le savoir, écoutez le 10e épisode de notre feuilleton sur Scotland Yard.