Kepek, un hiver au Québec

Wendake, le jour de la tempête meurtière
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Wendake, le jour de la tempête meurtière - © Georges Morère

De nos jours, au Québec, onze groupes autochtones distincts sont réunis dans une cinquantaine de communautés appelées péjorativement les “réserves”. Pour évoquer leur présence immémoriale sur le territoire canadien, les autochtones utilisent plutôt l’expression “Premières Nations”. “Le Québec est riche de ses autochtones, mais il ne fait rien pour eux. Les bélugas sont mieux protégés que nous autres !”, disent-ils.

Wendake, à la périphérie de la ville de Québec, est le village des Hurons-Wendats, la communauté autochtone la plus riche. C’est un carrefour pour les différents groupes indiens. Vitrine touristique, lieu d’échanges commerciaux, centre d’éducation, Wendake s’étend sur à peine quatre kilomètres carrés.

Les Hurons-Wendats, exterminés à plus de 90% par les guerres et les maladies, ont perdu leur langue originelle et leurs traits physiques amérindiens. Les Innus de la Côte Nord, très présents à Wendake, ont en revanche mieux conservé leur identité et ce, malgré la politique des pensionnats orchestrée jusqu’à la fin du XXème siècle par le gouvernement canadien. Des générations entières de jeunes Indiens ont été arrachés à leur famille, placés dans des pensionnats religieux pour les détourner de leur spiritualité traditionnelle, pour détruire leur langue, pour “tuer l’Indien” en eux...

"Il est venu un curé de votre pays, un supposé curé, il a colonisé ma communauté, ce curé. Il venait de Belgique. Il est venu arracher notre culture, nos terres. Tout a été pris. Le but, dans le temps, du gouvernement canadien, c'était d'exterminer l'Indien, de tuer l'Indien. mais il n'a pas réussi, on est encore là."

Aujourd’hui, le peuple huron de Wendake s’organise pour retrouver la superficie initiale de leur village; pour conserver leurs droits fondamentaux de chasse, de pêche et de cueillette; pour faire renaître la langue wendate disparue depuis un siècle...

"On l'enseigne à la petite enfance, dans les garderies, ensuite à l'école primaire depuis 2011. Evidemment, il faut être réaliste. On ne peut pas parler une langue qu'on ne parle plus depuis une centaine d'années. On repart à zéro. A chaque fois qu'il y a des cérémonies, des rituels, tout ce qu'on est capable d'utiliser au niveau des mots, on le fait. On essaie aussi dans la vie de tous les jours, on se parle en wendat, on se salue en wendat. On ajoute des choses à notre vocabulaire qui n'étaient pas là il n'y a pas si longtemps."

"C'est la femme qui est au centre de notre société. On parle de matricentriste. Ça ne veut pas dire qu'elle est plus importante que les hommes. Ça veut dire qu'elle a une part majeure dans la société mais les hommes sont l'aboutissement souvent du début de travail que les femmes confectionnaient au niveau traditionnel. Et ça on le voit à travers la langue : la majorité des éléments de la création, on les nomme au féminin."


“Kepek, un hiver au Québec” propose une rencontre avec les habitants de Wendake. Récit de chasse à l’orignal, recette de la tire d’érable, cours de langue wendate, partie de hockey, préparatifs d’un pow-wow, tempête de neige mortelle, souvenirs des pensionnats…  

Au fil des témoignages, on caresse l’espoir d’une renaissance des cultures traditionnelles autochtones, le retour d’une civilisation où l’hommes vivait en harmonie avec la nature, sans la détruire, sans la piller. On rêve d’un monde sans capitalisme, sans notion de propriété privée, sans pollution. Comme le disent les Indiens:  l’argent ne se mange pas !

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Ecoutez le documentaire de Georges Morère

Un documentaire de Georges Morère
Mixage : Vincent Venet
Un projet lauréat de la bourse Gulliver

Avec :

Jean-François Gagné, Natasha Kanapé-Fontaine, Brad Gros Louis, Gordon Maher, Stéphane Picard, Stéphane Godbout, Aigle bleu, Pat Lakosh, Jessy Chagnon, Bradley Bacon, Nico Wapistan Courtois, Mathieu Labbé-Vollant, Suzanne Côté, Lyne Washish, Jonathan Naess et Andy Canapé

Musique :

The Huron Carol interprété par Heather Dale de Jean de Brébeuf (1641)

Tshipeikussin de Florent Vollant


 

 

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