"Jours barbares" : la vie d'un grand reporter vue sous le prisme du surf

"Jours barbares" : la vie d'un grand reporter vue sous le prisme du surf
"Jours barbares" : la vie d'un grand reporter vue sous le prisme du surf - © Tous droits réservés

"Gros gros gros gros gros" coup de cœur pour Michel Dufranne cette semaine : une autobiographie de journaliste épris de surf, mais surtout d'un véritable observateur des temps modernes. Un pur bijou!

L'auteur, William Finnegan, est un reporter de guerre du New-Yorker, il a fait le Soudan, la Somalie, la Yougoslavie, il a couvert l'apartheid en Afrique du Sud. Il est également reconnu aux USA pour avoir écrit des articles en immersion dans les nouveaux milieux de droite et néo-nazis en Californie. Et pourtant, l'auteur a une addiction, et ne vit que pour elle : le surf. Jours barbares, c'est sa vie, mais vue sous le prisme du surf. Et il sait de quoi il parle puisqu'il a surfé partout dans le monde : adolescent, il est déraciné parce que ses parents quittent Los Angeles pour s'installer à Hawaï. Mais il n'y découvre pas du tout le Hawaï des clichés et des séries télé. Au contraire, c'est le Hawaï pauvre, celui des bases militaires, des vrais gens. Il est le seul blanc dans une école publique, et son intégration passera par le surf.

"Les vagues sont des gens"

Ce livre est avant tout une grande ode à la nature, c'est un peu le "Into the Wild" des vagues. L'auteur nous parle de la mer et des vagues comme s'il s'agissait de personnes. Et en sous-texte, il nous parle de la société parce que c'est un grand journaliste, un reporter de guerre. On voit que l'homme s'est forgé à travers sa passion pour ce sport. Tout vient de là : sa tolérance, sa patience, sa façon d'écouter le monde, sa réceptivité aux autres cultures, aux tensions, aux rapports sociaux, à la maladie, à la pauvreté. C'est un véritable observateur des temps modernes et il nous raconte tout ça sans vraiment nous le raconter, en mode "ma passion c'est le surf, je vais vous dire comment j'ai surfé là-bas, qui j'ai rencontré, comment ça s'est passé... mais en même temps, c'était dans tel contexte". Sans toutefois trop insister sur ce contexte.

On sort heureux de ce livre car l'auteur prend tout du bon côté. Il voit le bien dans chaque chose, il y remet du positif, parce que ce qui compte, c'est d'être en harmonie avec son environnement, avec ces vagues, où il a failli mourir et où il a pris des risques. Ça n'est donc pas pour rien que l'auteur a reçu le prix Pulitzer 2016 : l'homme a compris ce qu'est l'humanité et son environnement. Un pur bijou !

*** William Finnegan, "Jours barbares", Editions du Sous-Sol, 2016 ***

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK