Journal du Web: Facebook est-il politiquement neutre?

Journal du Web : Facebook est-il politiquement neutre ?
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Facebook est souvent vu comme un simple outil, une plateforme où ne ferait que transiter les informations que se partagent les utilisateurs. Mais un algorithme détermine les publications que vous voyez et l'ordre dans lequel elles apparaissent. Peut-on imaginer que Facebook utilise cet algorithme pour écarter certaines opinions politiques ? Théoriquement, c'est possible. Et vu la position ultra-dominente qu'a aujourd'hui Facebook, cela soulève pas mal de questions.

24 associations américaines de défense des libertés demandent aux firmes technologiques de ne pas soutenir Donald Trump. La campagne lancée avec le hashtag #DumpTrump vise en particulier l’organisation de la Convention républicaine. C'est lors de ce meeting de trois jours, en juillet, que Donald Trump deviendra officiellement le candidat du parti Républicain. Facebook et YouTube (filiale de Google) font partie des sponsors de l'événement. Face aux protestations, Facebook a confirmé qu'il apporterait bel et bien une contribution financière et qu'il tiendrait un stand au cœur de la convention d'où il organisera des débats et retransmissions en direct. Il faut souligner que Facebook fera exactement la même chose lors de la convention du parti Démocrate. Les réseaux sociaux tiennent beaucoup à leur neutralité. Dans le cadre de débats politiques, ils sont attentifs à préserver un équilibre.

Facebook et Google sont-ils vraiment neutres, politiquement ?

 

En principe, leur algorithme n'est pas politiquement orienté. "L’algorithme", c'est la formule un peu secrète qui organise l'ordre de dans lequel s’affiche les résultats Google, par exemple. C'est le système qui décide ce que vous voyez ou pas sur Facebook. Vous ne verrez pas tout ce que vos amis publient et encore moins, l’ensemble des contenus publiés par les pages que vous suivez. L'algorithme de Facebook décide pour vous ce qui est censé vous intéresser. Pour cela, il tient essentiellement compte de ce que vous avez liké et commenté. Il en déduit ainsi que tel type de contenu devrait vous plaire et qu'un autre ne vous intéressera sans doute pas. A priori, aucune "affinité politique" n’intervient dans ces choix. Si ce n’est, les vôtres.

 

Si vous cliquez régulièrement sur des articles publiés par un parti ou un média de droite et jamais sur des liens provenant de sources de gauche, Facebook vous proposera essentiellement des contenus "de droite". Si vous êtes comme la majorité des internautes, vous avez plutôt tendance à discuter avec des gens dont vous partagez les idées. Cela explique que vous voyez plus ce qu’ils publient que les articles mis en lignes par des amis qui ont des idées différentes et que vous vous abstenez de commenter.  

 

Et si Facebook décidait de manipuler des élections ?

 

Peut-on imaginer que Facebook manipule l'affichage des publications pour ne mettre en avant que certains points de vue politiques ? Peut-on imaginer qu'il relègue au second plan, voire éclipse totalement, d'autres opinions ? Ce n’est pas ce que Facebook fait. Ce n’est probablement pas ce qu’il fera un jour. Mais théoriquement (et techniquement) c’est parfaitement possible.

 

Quand on songe que toutes les études montrent que Facebook est en train de devenir la première source d’information des jeunes générations, on se dit que la firme de Mark Zuckerberg dispose, en théorie, des moyens nécessaires pour manipuler des élections.

 

Aux Etats-Unis, les républicains accusent Facebook de "censurer" des articles défendant des points de vue conservateurs.

 

C’est l’affaire dont tout le monde parle ces derniers jours. Mais cela ne concerne qu’une petite rubrique de Facebook. Pas le "fil d'actualité". Juste une colonne qui affiche les "sujets populaires du moment" (les "trending topics"). C'est une rubrique qui n’existe pas chez nous mais seulement dans les pays anglo-saxons. Facebook est suspecté de "manipuler" ce classement des sujets les plus partagés.

 

Tout le monde pensait que ce top 10 des sujets "trending" était déterminé automatiquement. Et bien non. C’est en tout cas ce que prétend un témoin anonyme cité par le site Gizmodo (un site qui est plutôt considéré comme sérieux). L’individu affirme que c’est une équipe, dont il a lui-même fait partie, qui effectue ce tri. Pour être plus précis : l’algorithme détermine automatiquement quels sont les articles les plus populaires. Ensuite, cette équipe de "modérateurs" décide de valider ou non l’inscription des sujets dans la liste.

 

Ce qu’a constaté ce mystérieux témoin, c’est que les modérateurs avaient tendance à écarter des articles populaire provenant de sites très conservateurs, comme Breitbart (un média ultraconservateur très suivi par l’aile droite et religieuse de l’électorat républicain). A l’inverse, les employés de Facebook semblaient accueillir plus favorablement les contenus de sites progressistes ou émanent de mouvements comme #BlackLivesMatters.

Ces "révélations" ont provoqué de nombreuses réactions. Le parti Républicain demande des explications à Mark Zuckerberg. Les médias conservateurs crient à la "censure". 

Facebook a tout de suite réagit en disant que c’était faux. Reconnaissant l'existence de l’équipe de modération, Facebook a souligné qu’elle avait pour consigne de scrupuleusement respecter la neutralité du réseau. Dans ce post Facebook, le responsable de l’équipe de modération défend le travail "impartial" de son équipe.

A la demande de parlementaires Républicain, une commission du Sénat a annoncé l'ouverture d'une enquête sur la façon dont sont choisis les "trending topics" de Facebook. Il est probable que des cadres de Facebook soient prochainement entendus. 

Dans l’hypothèse où il y aurait eu un biais, il est peu probable qu’il ait été énorme. Facebook, d’un point de vue économique, n’a aucun intérêt à mettre en jeu sa crédibilité. Mais cette histoire sonne comme un fameux rappel : rien de garanti véritablement la neutralité de Facebook.

 

Bien entendu, on peut dire la même chose pour les médias. Ce sont les journalistes qui choisissent les sujets dont ils parleront, ce sont les rédacteurs en chef qui détermine ce qu’ils mettent en "une" des journaux. Ces "choix éditoriaux" sont d'ailleurs parfaitement assumés. Certains quotidiens sont réputés "plutôt de gauche". D’autres "plutôt de droite". La différence avec Facebook, c’est que le public le sait. Les lecteurs n’ignorent pas que le Figaro suit une ligne différente de Libération et que le Daily News américain est ouvertement pro-Démocrates alors que le New York Post soutient le parti Républicain.

 

Facebook et Google, en revanche, sont généralement considérés comme de "simples outils", des interfaces neutres, ni de gauche, ni de droite. Mais il est faux de croire que ce sont de simple "tuyaux".

 

Pour protéger la démocratie, de nombreux pays ont régulé les médias afin d'éviter qu’un seul groupe de presse rachètent tous ses concurrents et impose une vision unique de l’actualité. Certains patrons de presse, comme Rupert Murdoch (Fox News, WSJ, The Times, The Sun,…), revendiquent même leur rôle politique. Le pouvoir des groupes de presse est néanmoins limité par les lois sur la concurrence. En revanche, on s’interroge moins sur le pouvoir de Facebook et de Google. Or, eux, occupent des positions ultra-dominantes dans leurs secteurs.

Robin Cornet (@robincornet)

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