Journal du web : des artistes syriens résistent sur Facebook

Abounaddara
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Abounaddara - © Tous droits réservés

Les activistes qui espéraient un "printemps arabe" en Syrie sont désemparés face à l’évolution du conflit. Pour se faire entendre sur les réseaux sociaux, face à la propagande de l’Etat Islamique, certains se lancent dans une surenchère d’images dramatiques. D’autres préfèrent encourager la réflexion. Parfois, en jouant sur l’humour.

"Au final il faudra bien négocier", disait John Kerry dans une interview à l’occasion des 4 ans du début de la guerre en Syrie. Négocier avec Bachar al-Assad ? La perspective inquiète énormément les syriens qui avaient fait le pari qu’un "printemps arabe" renverserait la dictature. Mais l’État Islamique a rebattu les cartes. La lutte contre le groupe terroriste est devenu la priorité de la communauté internationale. Sur les réseaux sociaux, les militants pro-démocratie et l’Armée Syrienne Libre peinent à se faire entendre.

John Kerry est resté prudent sur l’attitude à adopter vis-à-vis de Damas. Mais il a expliqué que les États-Unis essayaient de relancer des négociations de paix. Le ton a, de toute évidence, changé à l’égard du régime Assad.

Sur Twitter, des activistes ont répondu au Secrétaire d’état américain en lançant une campagne avec le hashtag #KerryNoNegoWithkiller ("Kerry, pas de négociations avec un tueur!"). A grand renfort d’images morbides, ils veulent rappeler au monde la réalité des massacres commis par les forces d’Assad dans cette guerre qui a fait plus de 215.000 morts et des millions de déplacés.

Certains syriens appellent à mettre fin à cette communication mortifère, à "arrêter d’exhiber les images des victimes". C’est le cas d’un collectif d’artistes, très actif sur Facebook, depuis le début de la guerre. "Les Syriens ne meurent pas uniquement à cause de Bachar al Assad et de l’Etat Islamique, ils meurent parce que le monde les représente comme des êtres à part, transformant leur mort en spectacle", dit l'un des membres.

Charif Kiwan a fui la guerre et vit aujourd’hui à Paris. Il est, en quelque sorte, le porte-parole d’Abounaddara. Le collectif rassemble des cinéastes, dessinateurs et autre intellectuels et artistes. Ils vivent en Syrie ou en exil. Abounaddara résiste à sa façon en utilisant les réseaux sociaux.

La guerre à travers des lunettes d'Abounaddara

Diffusant des micro-reportages (via la plateforme Vimeo), Abounaddara raconte le quotidien des syrien. Il jette aussi un regard acide sur les stratégies des uns et des autres.

En quatre ans, Abounaddara a publié quelques 300 vidéos : des témoignages touchants mais aussi des bulles d'humour caustique. Avec intelligence et ironie souvent, ces artistes s’en prennent aux extrémistes de tous bords, au cynisme des politiques et au spectacle des médias.

Robin Cornet - Twitter : @robincornet

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