Joseph Ndwaniye : " C'est une histoire dans laquelle mes compatriotes rwandais pourraient se retrouver "

Joseph Ndwaniye : " C’est une histoire dans laquelle mes compatriotes rwandais pourraient se retrouver "
Joseph Ndwaniye : " C’est une histoire dans laquelle mes compatriotes rwandais pourraient se retrouver " - © Tous droits réservés

C’était il y a vingt-cinq ans. Le génocide rwandais. Joseph Ndwaniye l’évoque dans son livre " La promesse faite à ma sœur ". Ecrit en 2008, il vient d’être réédité dans la collection Espace Nord. Retour sur la naissance de ce premier roman.

" Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il pourrait y avoir un génocide ", témoigne Joseph Ndwaniye. Cet infirmier né au Rwanda, arrive en Belgique en 1986. Il y suit des études en gestion hospitalière. Depuis 19 ans, il travaille à l’hôpital Saint-Luc, dans le service d’hématologie. Joseph Ndwaniye réussit à y mêler ses deux passions :  le monde médical et la littérature. " Tous les jours depuis que je travaille là-bas, je fais un petit dessin accompagné d’un texte. Il y a deux ans, j’ai décidé d’en faire mon premier livre jeunesse ". Mais avant ce bouquin, " Plus fort que la hyène ", Joseph Ndwaniye a déjà publié deux romans. Son tout premier, " La promesse faite à ma sœur ", retrace le parcours de Jean, qui retourne en 2003 dans son pays natal, le Rwanda. " Ce que j’ai essayé de faire, c’est une histoire dans laquelle mes compatriotes rwandais pourraient se retrouver ", explique l’écrivain.

Un écho à son histoire

Joseph Ndwaniye est formel : " Seul le début du roman où Jean raconte son enfance, a ce côté autobiographique. Le reste, c’est de la fiction ". N’ayant vécu le génocide qu’au travers des images de la télévision, l’écrivain ne se sent pas légitime pour raconter le déroulement des événements. Pour lui, les témoignages des survivants sont assez nombreux, et " la fiction aussi permet de faire passer des messages audibles ".

Certains passages du livre font pourtant directement miroir à la vie de l’auteur. Tout comme son héros, Joseph Ndwaniye retourne au Rwanda en 2003. C’est d’ailleurs de ce voyage que va naitre ce roman. Il se rappelle : " lorsque je pars au Rwanda pour rendre visite à ma mère, ma fille ainée a six ans. Elle vient d’apprendre à lire et me dit : papa, prend ce petit carnet d’écolier et écris tout ce que ma grand-mère te dit, et comme ça je pourrai le lire moi-même. Je l’ai prise au mot et ce carnet est devenu deux, trois, six carnets. " La promesse faite à ma sœur " est en fait né d’une promesse faite à ma fille ".

S’il refuse de voir une similitude entre son vécu et la vie de son héros, il admet que ce récit " est calqué sur l’histoire de beaucoup de Rwandais que je connais ". Par exemple, le héros de son roman attend huit ans avant de retourner au Rwanda : " De nombreux étudiants que je côtoyais n’avaient pas les moyens de se payer un billet d’avion. Je connais beaucoup de Rwandais qui n’ont pas su retourner au pays, par manque d’argent ".

Une double culpabilité

Pendant de nombreuses années, ce qui empêche Joseph Ndwaniye d’effectuer ce voyage, c’est surtout la culpabilité. Vivre le génocide depuis l’étranger a laissé des traces. Il explique : " Le sentiment de culpabilité domine. Être Rwandais et voir à la télévision – qui était notre seule source d’informations, les communications étant souvent coupées –, et donc voir en direct des Rwandais découper d’autres Rwandais…ça laisse place à de la culpabilité ". Et ce n’est pas la seule : " Il y a aussi cette culpabilité de ne pas être là, sur place. Même si finalement, on n’aurait pas su faire grand-chose pour sauver la population. On aurait sans doute subi le même sort que les autres ".

Ne pas être là a peut-être sauvé la vie de Joseph Ndwaniye. En tout cas, ça lui a permis de raconter cette histoire. " 25 ans c’est beaucoup mais c’est aussi très peu. Moi j’ai l’impression que c’était hier par exemple et c’est pour ça que c’est une chance que le livre soit réédité. Ça donne l’occasion de reparler du génocide ". Comme beaucoup d’autres, Joseph veut raconter, pour ne pas oublier. 

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