José Bové est l'invité de Matin Première

José Bové
José Bové - © Google

Bertrand Henne reçoit ce matin José Bové, député européen au sein d'Europe Ecologie. Ils évoqueront la réforme de la politique agricole commune et le bras de fer autour de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Georges Lauwerijs                   -   Et notre invité ce matin, c'est José Bové, Agriculteur, Altermondialiste, bonjour, José Bové.

JB              : - Bonjour.

GL              : - On vous entendra dans une poignée de secondes avec Bertrand Henne.

Et notre invité ce matin, c'est donc José Bové, Altermondialiste, Syndicaliste agricole, homme politique aussi, Eurodéputé élu sur la liste Europe Ecologie, Bertrand Henne.

BH             : - Oui, bonjour, José Bové.

JB              : - Bonjour.

BH             : - Et vice-Président de la Commission Agriculture du Parlement Européen.

JB              : - Exactement.

BH             : - Vous êtes très concerné évidemment par ce qui se passe, vous étiez hier dans la rue, avec les producteurs de lait ; d'abord, ça va changer quoi, cette mobilisation ? Ca va servir à quelque chose ?

JB              : - Ecoutez, moi, ce que j'ai remarqué hier, c'est que les producteurs de lait, ce qu'ils nous ont dit hier, c'est exactement ce qu'ils ont dit en 2009, quand il y a eu la grande grève du lait, c'est-à-dire qu'en fait, la situation n'a pas évolué.

BH             : - Oui ?

JB              : - Il n'y a pas de connexion entre les prix et les charges, ce qui veut dire que aujourd'hui, leur lait est payé 10 Centimes de moins au litre que leurs coûts de production. Or, on a fait un rapport au Parlement Européen, c'est moi-même qui ait rendu ce rapport, qui a été voté, disons que les prix ne devaient pas être en-dessous des coûts de production. La Commission n'a pas bougé d'une ligne là-dessus et pareil pour la maîtrise de la production et tant qu'on n'organisera pas la production, jamais, on ne pourra gérer l'offre et la demande. Donc ce qu'ils demandent eux, c'est ou le maintien des quotas ou d'autres outils et là-dessus, eh bien aujourd'hui, rien n'a avancé non plus. C'est pour ça qu'ils sont à nouveau dans la rue parce qu'ils ne supportent plus cette situation. Ce qui veut dire que demain, si ça continue comme ça, ça sont des millions de paysans à travers l'Europe, encore, qui vont être éliminés.

BH             : - Oui, vous avez dit, millions de paysans à travers l'Europe, le mot est important parce qu'il y a des agriculteurs qui ont des grandes exploitations, qui ont fait des investissements suffisamment importants et pour qui, ce prix, leur permet de vivre. Est-ce que ce qu'on vit là, c'est simplement une crise pour les petits agriculteurs, c'est une crise plutôt, j'ai envie de dire, contextuelle ou est-ce que c'est tous les agriculteurs qui sont vraiment dans la difficulté ? On a l'impression qu'en France, en Flandre aussi dans le Nord du pays, il y a pas mal d'agriculteurs qui s'en sortent encore, avec un prix du lait à ce prix-là ?

JB              : - Alors aujourd'hui, on a à la fois une crise sur le fond et puis une crise sur le modèle de la production.

Crise sur le fond de la politique agricole, 80% des aides à 20% des agriculteurs.

Très grosse différence entre ce que touche un agriculteur à l'Ouest et ce que touche un agriculteur à l'Est, entre les pays, entre les 15 et les 12, donc là, très grande différence. Entre les agriculteurs, aujourd'hui, c'est invraisemblable, on a quelques milliers d'agriculteurs au niveau européen, qui touchent plus de 300.000 voire 500.000 Euros par an, d'aide, quand on a des millions de paysans qui touchent moins de 5.000 Euros.

Aujourd'hui, il faut remettre à plat la distribution des aides ; c'est ce qu'a dit le Commissaire, simplement, ce que je vois actuellement, c'est qu'au niveau du Conseil les Ministres de l'Agriculture, ne veulent pas remettre à plat, ne veulent pas plafonner les aides. Nous, on a fait un calcul très simple au Parlement, si on plafonne les aides aux exploitations à 100.000 Euros par exploitation, ce qui est quand même assez important, ça permet de dégager 7 milliards par an dans le budget agricole. Et ensuite, des propositions ont été mises sur la table notamment par le Ministre de l'Agriculture, Français, Stéphane Le Fol, proposition qu'on soutient, qui est dire, sur le volume des aides qui vont aux agriculteurs, si on prélève 20% de ce volume global et qu'on l'attribue aux premiers hectares en-dessous de la moyenne nationale, on renforce le poids de l'élevage, soutien de l'élevage par rapport au céréalier, donc il y a des mesures concrètes. Simplement, il faut une volonté politique. Et l'impression que j'ai aujourd'hui, c'est que cette volonté politique n'y est pas.

BH             : - Oui, sur le débat qui se fait, la Commission proposait par exemple de plafonner les aides, José Bové, ce débat est en cours de discussion au Parlement,

JB              : - Oui, mais à 300.000 Euros, à 300.000 Euros,

BH             : - Elle ne va pas assez loin, c'est ce que vous dites ?

JB              : - Non, mais à 300.000 Euros, on ne plafonne rien, c'est vraiment et même ça aujourd'hui, une majorité des .. à priori, ne veut pas en entendre parler. Donc vraiment, moi, ce qui me pose un problème, c'est qu'il n'y a pas de vision sur la politique agricole, que ça soit au Parlement où les gens sont très timorés dans le débat ou que ça soit au Conseil, en gros, on a des crises économiques, on a une crise sociale, les paysans disparaissent, comment on va les renouveler et on a une crise climatique. C'est dire que face au réchauffement climatique, au maintien de la biodiversité, protéger les terres, le sol de l'érosion ou l'eau de la nappe phréatique, il faut prendre des mesures fortes et concrètes, il faut réorienter. Et là-dessus, eh bien, moi j'ai l'impression que les Etats veulent rester là, ils sont frileux et aujourd'hui, on a besoin mais c'est le même débat qu'on a sur le budget, il nous faut une vraie volonté politique. Or, moi, j'ai l'impression aujourd'hui que l'Europe de 2012 attend toujours un nouveau Jacques Delors ou des responsables politiques qui disent, on y va, maintenant, on arrête de faire dans les demi-mesures.

BH             : - Oui, le syndicat agricole (?) que vous connaissez bien évidemment, José Bové, syndicat paysan dit de la proposition de la Commission de réforme de la politique agricole commune, ça défend les intérêts de l'industrie, des supermarchés et des exportateurs. Est-ce que c'est aussi simple que ça ?

JB              : - Alors c'est peut-être pas aussi simple que ça mais malgré tout, il y a une réalité, c'est-à-dire que l'agro-alimentaire est mis sur le devant, on protège les outils agro-alimentaires au détriment des paysans.

La majorité des paysans aujourd'hui ne s'y retrouvent pas. Alors il y a une volonté du Commissaire européen

Dacian Ciolos qui a fait une proposition qui va dans le bon sens,

BH             : - Chez qui se rendent d'ailleurs les agriculteurs ce matin dans la rue, c'est pour ça que la Rue de la Loi est bloquée ?

JB              : - Je pense que ça doit être un petit peu pour ça, je pense que c'est la Commission de l'Agriculture qui doit être un peu ciblée ce matin. Mais le Commissaire européen a une vision politique. Alors moi, je pense qu'il ne va pas assez loin mais en même temps, il le fait parce qu'il voit bien quel est le rapport de force au niveau du Conseil, simplement, c'est dans cette direction qu'il faut aller remettre à plat les aides, redistribuer les aides, le verdissement de la politique, c'est-à-dire rendre l'agriculture plus agronomique et donc être plus cohérent, être capable d'être autonome par exemple en protéines végétales, c'est-à-dire, aujourd'hui, on importe 85% des protéines végétales sous forme de soja pour nourrir le cheptel européen, on est capable de le produire en Europe, ce qui nous permettrait de rééquilibrer la balance commerciale. Donc c'est à la fois une bannière écologique évidemment importante et aussi de manière économique. Donc soyons cohérents et ne faisons pas des cadeaux uniquement à quelques agros-exportateurs.

BH             : - Rapidement, hier, nous recevions un syndicaliste agricole qui nous disait que c'était le début, selon lui, c'était ses mots, d'une révolte paysanne de plus grande ampleur. Est-ce que, ce qui se passe aujourd'hui à Bruxelles, c'est les prémices de quelque chose de plus important José Bové, vous qui avez tout un passé évidemment de syndicaliste paysan ?

JB              : - Ecoutez là, moi, je ne sais pas lire dans la boule de cristal.

BH             : - Oui, mais selon vous, est-ce que vous connaissez du milieu ?

JB              : - En tout cas, si les paysans doivent sortir, doivent se mobiliser, c'est maintenant. Il y a 6 mois aujourd'hui, pour influencer, pour faire bouger les lignes sur la Pacque, pour obliger le Conseil aujourd'hui à prendre de vraies mesures, c'est pour ça que je pense dans chaque pays maintenant, il faut que la mobilisation s'élargisse et en même temps qu'il y ait une pression sur le Parlement européen parce que je suis affolé de voir que la majorité des collègues dans la Commission de l'Agriculture aujourd'hui, en fait, sont plus alignés sur leur Gouvernement que sur une vision de l'agriculture et donc il va falloir aussi faire pression sur l'ensemble parce qu'après tout, on a aussi une responsabilité pour la première fois, le Parlement européen est co-décideur La Pacque, donc il faut qu'il assume.

BH             : - Allez, autre sujet, vous vous êtes rendu à Notre Dame des Landes pour vous opposer à la construction prévue d'un aéroport , c'est un bras de fer qui continue toujours, avec des expulsions notammant de militants qui refusent les expropriations, est-ce que ce Gouvernement peut gagner dans cette affaire ou est-ce que ça sera d'office un nouveau Larzac, c'est-à-dire une lutte citoyenne de long cours et au bout du compte évidemment dans ce cas-là dans Larzac, ce sont plutôt les paysans qui ont gagné ?

JB              : - Alors il faut rappeler parce qu'ici, je pense que tout le monde ne connaît pas Notre Dame des Landes, c'est un combat contre la construction d'un nouvel aéroport à 50 km de Nantes, en Loire Atlantique dans l'ouest de la France, il y a déjà un aéroport qui existe, qui n'est pas saturé. Les terres ont été expropriées il y a déjà 40 ans parce qu'on voulait faire un aéroport, faire atterrir le Concorde, ce qui était complètement incroyable et ce projet, il renaît à la fin des années 80. Et donc il y a une très forte mobilisation des agriculteurs, des habitants et c'est vrai que moi je les connais bien puisqu'ils étaient venus nous soutenir dès 1973 sur Larzac quand on luttait contre l'extension du camp militaire. Donc oui, c'est un nouveau Larzac parce que c'est un combat qui s'enracine sur un territoire, qui est local, qui évidemment pose un problème de société, quel type d'aménagement, on a besoin. Est-ce qu'on a encore besoin de bétonner, d'enlever des terres agricoles, est-ce qu'on a besoin de ces grands transports, voilà, ça, c'est la question de fond. Là, la mobilisation, elle a abouti à quoi, actuellement,

BH             : - A une commission de conciliation de dialogue.

JB              : - Le Premier ministre vient d'accepter de mettre en place une commission, un dialogue, je ne sais pas sur quoi, elle va déboucher. Mais en tout cas, pour la première fois, on entend dans la bouche du Premier ministre, on remet tout à plat, on est capable de tout discuter.

BH             : - José Bové, les Ecologistes font partie de ce Gouvernement en France, hier Noël Mamère estimait que le piège se refermait chaque jour un peu plus sur les Ecologistes. Est-ce qu'il a raison, est-ce que les Ecologistes doivent quitter ce Gouvernement ?

JB              : - Si on est capable de sortir par le haut de ce conflit de Notre Dame des Landes, on aura montré que la présence des Ecologistes au Gouvernement, sert à quelque chose. Mais c'est évidemment pas facile parce que se retrouver à la fois dans la rue et en même temps à négocier dans le Gouvernement, c'est une tâche compliquée. On le savait, en acceptant et en assumant mais effectivement on va voir, là, on a un véritable test grandeur nature, je pense qu'on avait raison de participer de cette majorité, en même temps, là on va voir si nos partenaires sont en capacité d'entendre,

BH             : - Il faut reculer sur ce dossier, il faut reculer sur ce dossier, il faut que Jean Marc Ayrault recule, c'est ce que vous dites ?

JB              : - Mais en tout, on remet tout à plat et qu'on le fait de manière sincère, je pense que ce projet doit être abandonné et que d'autres alternatives existent.

BH             : - Merci José Bové d'avoir été notre invité ce matin.

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