Jennifer Murzeau : "L'homme doit prendre conscience qu'il fait partie d'un tout"

Histoire d'une retraite immersive en pleine nature
Histoire d'une retraite immersive en pleine nature - © Pixabay

Nos modes de vie n’ont jamais été aussi déconnectés de la nature. Alors Jennifer Murzeau, citadine assumée, romancière et journaliste, a décidé de partir plusieurs jours s’immerger dans la nature, avec juste un hamac, un couteau et François, un guide de survie. Histoire de renouer avec la nature et de retrouver des sensations oubliées.

Jennifer Murzeau n’a pas dû partir bien loin. La nature totalement vierge de civilisation est toute proche, en l’occurrence pour elle en Charente, puis dans les Pyrénées. C’est une aventure accessible à tout le monde, et pas du tout à la Mike Horn. Elle raconte cette expérience enrichissante dans La vie dans les bois (Allary Editions).


Survivalisme ou simple retour à la nature ?

Il y a en fait autant de survivalismes que de survivalistes, affirme Jennifer Murzeau. Aux Etats-Unis, le mouvement survivaliste est extrêmement répandu, mais a une connotation très angoissante. Le courant date des années 70 et de la crainte du communisme et de la guerre nucléaire : on a construit des bunkers, on s’est armé…

Mais quand on parle de survivalisme en France, on parle plutôt d’un retour à la nature et au respect de l’environnement. L’objectif est de savoir se débrouiller en cas d’effondrement, de mieux vivre sa vie de tous les jours en sachant faire davantage de choses et en connaissant mieux le fonctionnement de la nature.

François, le guide de Jennifer Murzeau, faisait davantage partie de ces survivalistes qui s’enorgueillissent de leurs connaissances et attendent de pied ferme l’effondrement de notre civilisation pour pouvoir dominer le reste de l’humanité, démunie face à la vie en pleine nature. C’est une approche de repli sur soi, très individualiste. "Il se prélassait dans l’horreur", dans des scénarios catastrophistes et anxiogènes.

Je suis bien consciente que l’on arrive à un point de non-retour des excès et des dérives du capitalisme, qui font que, de gré ou de force, on va devoir changer de modèle économique et de mode de vie. Mais moi, je crois en une résilience, en l’intelligence collective, en un sursaut sociétal qui fait que l’on va vers autre chose qui profite à tout le monde.

Son guide va lui apprendre les bons gestes de survie dans la nature : faire du feu dans des conditions difficiles, trouver les plantes pour se nourrir,… Mais, par son attitude, il l’empêche de vivre ce rêve, ce retour à la pensée et à la réflexion, ce sentiment de joie, d’émerveillement. Les 3 jours qu’elle vit ensuite complètement seule, au coeur de la nature des Pyrénées, ont été une expérience fantastique.


Sortir de l’aliénation

Jennifer Murzeau s’intéresse depuis longtemps à la question de l’aliénation, et à son pendant, la liberté : comment on se défait de l’un pour conquérir l’autre, comment nos sociétés favorisent l’asphyxie de la pensée, l’agitation, au détriment de la contemplation et de la quête existentielle sur qui nous sommes et sur ce que nous voulons vraiment.

L’être humain a une faculté de s’adapter, au meilleur comme au pire. On intériorise des conditions de vie absurdes, douloureuses et délétères, comme si elles étaient une fatalité et qu’il n’y avait pas d’alternative. Tous nos sens sont agressés : pollution sonore, olfactive, visuelle, écrans,…

Cette expérience loin de toutes ces dérives était pour elle une opportunité de prendre un recul salutaire. Dans la nature, on est confronté à un environnement beaucoup plus doux, plus calme, qui procure une réelle quiétude des sens.

 

L’appartenance à un tout

Il ne s’agit pas, dans ce livre, de prôner le repli sur soi. On doit la survie de l’espèce humaine au fait qu’elle a su coopérer et Jennifer Murzeau est très attachée au vivre ensemble et au fait de faire société.

Elle parle plutôt d’une retraite immersive dans la nature, qui lui a permis de déployer une réflexion sur l’écologie et sur le fait que l’homme doit prendre conscience qu’il fait partie d’un tout, d’un écosystème très complexe et que chacune de ses interactions a des conséquences.

L’expérience de solitude dans la nature permet ensuite de mieux se reconnecter aux autres. Une retraite est toujours très salutaire, dans cette société qui favorise une effervescence parfois stérile, beaucoup de stress, des liens sociaux de plus en plus durs. Elle en est sortie avec un rapport au monde beaucoup plus sage et philosophe.


La nature est juste le vivant

On gagne à ne pas investir la nature d’anthropomorphisme, à ne pas la surestimer. La nature n’est ni bonne ni mauvaise, ni maternante ni hostile. Elle est juste là et on en fait partie, elle était là avant et elle sera là après, elle est juste une réalité organique, elle est juste le vivant, observe Jennifer Murzeau.

Elle se défie de toute forme d’angélisme et de mysticisme, même si la nature est parfois bouleversante et si les chocs esthétiques, l’émerveillement, la surprise sont fréquents.

On vit dans une société où l’on se détourne, où l’on cherche le divertissement, par peur de la mort, par peur d’être confronté à rien, alors que le rien peut être très régénérant, comme peuvent l’être simplement la pluie ou les éléments, que l’on doit accepter avec stoïcisme, parce que de toute façon, on n’y peut rien.

Seule dans la nature, dans les Pyrénées, c’est surtout la mauvaise rencontre avec un humain malintentionné que Jennifer Murzeau craignait, pas nécessairement les animaux sauvages. "On éprouve sa propre vulnérabilité, ce conditionnement qui répète aux femmes depuis qu’elles sont nées qu’elles sont des proies".

Elle plaide pour une société qui ramène d’urgence la nature au coeur des villes, pour une vie plus harmonieuse. Il faut toujours avoir la nature en tête, et la rechercher régulièrement via des petits treks, du scoutisme ou de l’hébertisme, qui nous rappellent qu’on fait partie d’un tout.

Ecoutez son témoignage ici

Pour aller plus loin

L’hébertisme est une sorte de grand camp scout en famille, où l’on pratique course, marche et escalade dans les bois, ainsi que découverte de la nature. Infos sur sportnat.be qui propose ce type d’activités un peu partout en Belgique.

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