Jean Robic, ce héros cabossé d'une France cabossée

Jean Robic, le héros cabossé d'une france cabossé
4 images
Jean Robic, le héros cabossé d'une france cabossé - © PIGISTE - AFP

En 1947, deux ans après la fin de la guerre, le Tour de France sillonnait à nouveau le pays après 8 ans d'arrêt. C'est dans une France encore détruite que Jean Robic parcourt les routes et gagne ce premier tour d'après-guerre. Christian Laborde lui consacre un livre intitulé Robic 47, paru aux éditions du Rocher. Retour sur la vie d'un homme que personne n'imaginait devenir un champion. 

Le contexte de 47

Le Tour de France de 1947 est historique. C'est le premier Tour depuis la fin de la guerre. Le précédent datait alors de 1939. "Il avait été gagné par le Belge Silvère Maes, et depuis, la France attendait que le Tour reprenne. Pour cela, il fallait attendre que la guerre se termine" nous explique Christian Laborde. 

Malgré la fin de la guerre, les tickets de rationnements existaient encore. Et les Français se reconstruisaient petit à petit... À l'époque, le Tour était très attendu car la joie des Français, c'était l'accordéon et le Tour ! En 47, "l'accordéon se remettait à jouer et le Tour de France reprenait. Tous les jours, les Français attendaient de savoir qui avait gagné l'étape, on se sentait à nouveau libre!". 

Alors même si le Tour de cette année-là passait par des villes et villages en ruines, le sentiment de liberté d'après-guerre des Français est en partie lié à Jean Robic. 

Mais qui est celui que l'on surnommait le Nain jaune?

Surnommé également Biquet, petit, disgracieux, tordu par de nombreuses fractures, il a fait l'objet de moquerie très jeune!

Vilain petit canard du cyclisme, personne ne voulait de lui. Déjà enfant, il voulait devenir champion cycliste! Ce qui lui a valu très tôt des ricanements à ce sujet. Ricanements qui ne cesseront pas avant qu'il ne remporte, de manière héroïque et inattendue, le Tour de France. 

Jean Robic, "c'est un rescapé. La maladie qu'il a contractée quand il était môme aurait dû entraîner sa mort et il a résisté au traitement de cheval que le médecin osa lui donner à l'époque" selon l'auteur. C'est ainsi que le voilà parti pour cette vie qui aurait dû lui échapper. Une vie qui sera marquée par "la démesure, le courage, la résistance et donc l'exploit" ajoute-t-il.

Une allure tordue sur le vélo

Petit, il faisait 1m61 pour 61 kilos et quand il était enfant, "il ne trouvait jamais de vélo à sa taille, les vélos étaient toujours trop grands pour lui", ce qui fait qu'il se déhanchait sur le vélo. Et jamais personne n'aurait cru que "cet enfant chétif puisse devenir un coureur cycliste et encore moins, un jour, gagner le Tour de France" explique Christian Laborde. 

De plus, suite à des accidents en vélo, il se fractura le crâne par deux fois! Lors de la course Paris-Roubaix de 1946, il est victime d'une fracture crânienne. Le chirurgien lui dit alors qu'il faut arrêter le vélo. Impensable pour Robic qui explique au médecin qu'il compte gagner le Tour de France de 47! C'est alors que ce dernier lui conseille de porter le fameux casque en cuir. "Ce casqu, va évidemment augmenter le nombre de moquerie! En plus du casque, il glisse un long mouchoir sur la nuque pour se protéger des insolations et éviter les saignements de nez, donc son casque, ses mouchoirs et ses lorgnons font qu’on le traite de petite vieille " explique-t-il encore. 

Une place dans l'équipe nationale?

On ne voulait pas de lui, il y a, à l'époque, trois équipes nationales qui parcourent le Tour : une Française, une Belge et une Italienne. L'équipe française lui avait promis une place en son sein. Place qui ne lui sera pas accordée finalement. "Il va donc courir le Tour de France avec une équipe régionale, c’est-à-dire, une équipe qui est incapable de lui fournir des équipiers en mesure de l’aider dans les étapes de montagnes, dans les étapes de plats, de le protéger ". Ce refus va provoquer sa colère et il décide de quand même gagner ce Tour!

Il ressemble à la France

Malgré son apparence particulière, les Français vont s'attacher à ce personnage. En effet, il ressemble à la France. Il a vécu ce que tous les Français ont vécu, il a souffert comme eux... Il a connu l'exode, a dû quitter Paris avec son vélo. Il a connu les privations, les STO (Service du Travail Obligatoire), il a changé de domicile vingt fois.

En 47, Robic avec ses fractures est aussi cabossé que la France. C'est sans doute pour cela que les Français sont attachés à lui.