Jean-Louis Servan-Schreiber : "Il n'y a pas de mérite à être vieux, mais il n'y a pas de honte non plus"

Aujourd'hui âgé de 81 ans, le journaliste et essayiste Jean-Louis Servan-Schreiber assure que malgré son âge, il se sent "bien" et continue à faire "45 minutes de gymnastique tous les matins". Mais cela ne l'empêche pas de refuser l'emploi du mot 'senior' le concernant. Dans son dernier ouvrage, 80 ans, un certain âge (Ed. Albin Michel),  il nous parle de cette tranche d’âge que nous serons de plus en plus nombreux à atteindre.

Jean-Louis Servan-Schreiber y fait dialoguer ce qu'il écrivait 40 ans plus tôt dans son livre À mi-vie : l'entrée en quarantaine (Stock, 1977), et ce qu'il pense aujourd'hui, à 80 ans, sur le couple, la famille, le business, le temps, la vie, la mort, la forme physique...

A l'époque, il s'imaginait qu'il commencerait à être vieux à 60 ans et qu'ensuite ce serait la pente descendante. Et puis, "plus on avance et plus on se rend compte que, très naturellement, l'animal que nous sommes a envie de rester le plus vivant possible. Arrivé à 80 ans, c'est un symbole fort, c'est officiellement la vieillesse. Mais en même temps, la vie continue et la découverte, c'est que ce n'est pas radicalement différent. Il y a juste des aménagements à avoir avec son corps qui n'est plus exactement ce que l'on voulait."


Sur le temps

Jean-Louis Servan-Schreiber a un regard hyper réaliste sur le fait d'être octogénaire aujourd'hui, mais avec beaucoup de philosophie. La philosophie est une conduite bénéfique qu'il a découverte pour faire face à l'âge. "C'est tout à fait accessible et ça demande de l'entraînement : cela consiste à choisir un point de vue sur l'existence, qui a une certaine distance par rapport à l'urgence".

Quand il avait 40 ans, le temps filait car il était en pleine période de construction : famille, profession, maison... toute son énergie y passait et il faisait face aux projets qu'il s'était donnés, tout comme bon nombre d'entre nous. "Puis vient un moment où l'on peut se permettre de desserrer un peu l'étau du temps, et cela arrive au moment où il en reste moins ! Et en même temps, ce qui est moindre en nombre d'années à vivre est détendu en termes de journées à vivre".


Sur le corps et l'esprit

Une autre découverte qu'il a faite en vieillissant et qui est paradoxale, c'est qu'il faut redoubler d'efforts physiques, en souplesse, en motricité... et que cela demande de l'entretien. Il faut consacrer plus de temps qu'avant à entraîner son corps. "J'ai réalisé, en arrivant à 80 ans, que le corps, c'est le patron. Il vous dit ce que vous pouvez faire, et ce qu'il ne veut pas que vous fassiez, eh bien vous ne le faites pas". 

Pour Jean-Louis Servan-Schreiber, la méditation est un état d'esprit. Il a l'impression d'avoir une vie plus méditative qu'avant, même quand il n'est pas en position du lotus. "C'est un regard, une manière de marcher, de respirer, un rapport aux autres. Ce serait un progrès général si c'était enseigné très tôt aux enfants. C'est très civilisateur et ça apaise les moeurs".


Sur la dépendance

La dépendance est le problème principal des gens qui vivent seul. Ce qui est nouveau par rapport aux générations précédentes, c'est que les gens âgés vivent seuls. Avant, les aînés continuaient à vivre au milieu de la famille, c'était la transmission habituelle. Maintenant, on voit des gens très âgés, limite centenaires, qui continuent à vivre seuls. Et avec quelle vulnérabilité !

"Je comprends très bien qu'on n'ait pas envie de vivre au milieu des autres vieux. La bonne solution, c'est la mixité des générations. mais ce n'est pas facile, parce qu'il faut que des jeunes acceptent de vivre avec des vieux", dit Jean-Louis Servan-Schreiber dans un sourire.


Sur la famille

Jean-Louis Servan-Schreiber est fier de sa famille, pas dans le sens qu'il aurait, lui, réalisé cela, mais que tous ont la volonté de bien s'entendre. "Ce qui est le plus détestable, c'est, quand on a la chance d'avoir une famille, d'avoir des tensions, des fâcheries, des impossibilités de se parler, c'est d'un gâchis humain épouvantable. Moi, j'ai plutôt de la chance. Nous continuons tous à avoir comme objectif de continuer à vivre à proximité, à nous entendre et à être heureux d'être ensemble. C'est une fierté collective en quelque sorte".
 

Nous avons proscrit l'utilisation du mot 'senior' que nous trouvons dépréciatif, marketing. Il faut assumer le fait d'être vieux. Ce n'est pas pareil que mort. On est vieux, donc on est vivant. Il n'y a pas de quoi s'en glorifier, il suffit d'attendre, ça se produit toujours. Il n'y a pas de mérite à être vieux, mais il n'y a pas de honte non plus.

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