Jean Birnbaum: "Au miroir du djihadisme, nos croyances sont incroyablement vulnérables"

En quoi croyons-nous encore ? Quelle est notre religion ? Et s’il était plus que jamais utile d’avoir foi en l’Europe ? Les djihadistes nous poussent à répondre à ces questions. C’est ce qu'affirme l’essayiste Jean Birnbaum dans son livre 'La Religion des Faibles - Ce que le djihadisme dit de nous ' (Seuil). 

Le djihadisme sème le doute. Sa puissance de séduction révèle la fragilité de 'notre' universalisme. Nous voici donc obligés d’envisager autrement les rapports de force passés (l’histoire des colonialismes) et présents (depuis l’affaire Rushdie jusqu’à Charlie). Nous voici également contraints de porter un regard neuf sur la conquête des libertés (démocratiques, sociales, sexuelles…) qui distinguent l’Europe comme civilisation.

Au miroir du djihadisme, cette croyance conquérante, nous découvrons ce qu’est devenue la nôtre : la religion des faibles.

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Extraits 

"Aujourd'hui, il y a des gens qui considèrent que le meilleur moyen d'éviter les amalgames, les discriminations et l'islamophobie, ce n'est pas de taire les problèmes, c'est de soustraire la foi musulmane aux fanatiques et de soutenir tous ceux qui essaient de le faire. Il faudrait juste dire les choses, dire que ça a lieu, que c'est rattaché à un mouvement global qui n'est pas cantonné à telle ou telle situation locale ou nationale. (...) Nommer ces situations, c'est aussi simplement constater que c'est injuste, que c'est choquant, mais surtout que c'est le symptôme d'un état plus global, planétaire en fait."
 

"Aujourd'hui, on constate qu'il n'y a pas d'autres espérances pour lesquelles des milliers de jeunes Européens sont prêts à aller mourir à l'autre bout du monde que l'espérance djihadiste. Et ça, c'est pour moi un constat d'épouvante. Cela veut dire que leur croyance, leur espérance, leur discours est incroyablement fort et puissant, qu'il a une puissance d'aimantation immense.

Si leur croyance est tellement forte, ça dit que la nôtre est assez faible, qu'on ne sait plus trop où on habite, qu'on ne sait plus trop quelles sont nos valeurs, qu'on ne sait plus trop à quoi on croit et que nos croyances de vieux Européens universalistes, progressistes, anti-racistes, féministes, libéraux, etc... sont aujourd'hui incroyablement vulnérables. Et incroyablement vulnérables de se croire fortes. (...) La religion des faibles, c'est la religion de gens qui raisonnent toujours de façon incroyablement microscopique par rapport à leurs ennemis, qui eux ont une espérance sanglante qui rayonne bien au-delà des frontières."
 

"Aujourd'hui, on assiste à un choc des universalismes. (...) Chaque civilisation a la conscience d'elle-même, chacune a tendance à considérer que ses valeurs sont supérieures ou meilleures que celles des autres. Je pense qu'une des forces de l'Europe aujourd'hui, c'est que longtemps elle a été une civilisation qui s'est crue meilleure, qui s'est crue au centre, qui a même essayé d'imposer ses valeurs aux autres, qui a même été hégémonique, violente et cruelle au moment de la période coloniale. Et que, aujourd'hui, comme elle est de moins en moins centrale et de plus en plus marginale, elle peut revenir à cette idée toute simple qu'elle peut quand même proposer ses valeurs et être fière de les proposer universellement."

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Ecoutez ici l'entretien complet de Pascal Claude avec Jean Birnbaum 

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