"Je suis malade" de Serge Lama, une chanson très intime qui raconte une histoire vraie...

"Je suis malade" de Serge Lama, c'est le "Paroles, Paroles" de Sébastien Ministru.

La chanson drama par excellence. Une chanson de 1973 qui décrit notre état de délabrement lorsqu’on aime à la folie… Notre statut de déchet vivant lorsqu’on mendie cet amour qui nous est – au pire – refusé, au mieux - donné comme on jette un os à un clébard galeux… Et – dans les deux cas - de façon bien cruelle. " Je suis malade " est l’histoire d’un homme qui vit l’humiliation de ne se trouver aucune qualité si la femme qu’il aime n’est pas là pour les lui rappeler. L’autoflagellation décrite dans la chanson - "Je suis sale sans toi. Je suis laid sans toi. Ma vie cesse quand tu pars " - fait écho au masochisme contenu dans " Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre, l’ombre de ta main, l’ombre de ton chien " - pour rester dans le lexique du chenil. C’est extrait d’une chanson dont – vous excuserez mon étourderie - j’ai oublié le titre… Mais si "Ne me quitte pas " n’existait pas, " Je suis malade " pourrait prétendre à prendre sa place à la tête des chansons les plus tristes de l’histoire de la tristesse…

"Je ne rêve plus. Je ne fume plus. Je n’ai même plus d’histoires. Je suis comme un orphelin dans un dortoir. Je n’ai plus de vie. Et même mon lit. Se transforme en quai de gare. Quand tu t’en vas." Contrairement à " Ne me quitte pas ", nous ne sommes pas dans une histoire de rupture. Sinon, il aurait dit "Et même mon lit. S’est transformé en quai de gare. Quand tu t’en est allée ". On n’est pas dans une histoire au passé. On est dans une histoire au présent. Dans une histoire de va-et-vient incessant… " T’arrives on ne sait jamais quand. Tu r’pars on ne sait jamais où. Et ça va faire bientôt deux ans. Que tu t’en fous " Il est clair que nous sommes dans une histoire d’adultère… Ces histoires où il faut tout faire pour sauver les apparences. La preuve : " Je suis fatigué. Je suis épuisé. De faire semblant d’être heureux quand ils sont là " Si vous avez – un jour – connu, Dieu vous préserve de le connaître une deuxième fois

" Je suis malade " est une chanson très intime puisqu’elle raconte une histoire vraie… Quand Serge Lama l’écrit, il est fou amoureux d’une femme déjà mariée – lui-même est lié à quelqu’un… Cette relation clandestine va vraiment durer deux ans avec cette femme qui s’appelle Michèle et qui sera son épouse jusqu’à sa mort, l’année dernière…

Ce qui est intéressant dans " Je suis malade " - on va l’entendre – c’est le ton que le personnage prend pour dire combien il en veut à cette femme qui l’abandonne… Or – si on écoute bien – le ton véhément, la colère que Serge Lama exprime -  cette colère ne s’adresse pas seulement à sa maîtresse, mais aussi à sa mère… Avec qui – visiblement – il a un compte à régler… C’est dans le refrain : " Je suis malade. Comme quand ma mère sortait le soir. Et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir ". Cet abandon de la mère est aussi précisé lorsqu’il dit "Je suis comme un orphelin "… En passant par sa maîtresse, il reproche à sa mère ce qu’elle a fait à un autre homme… En reprochant à sa maîtresse de le rabaisser, il prend la défense d’un autre homme – et cet homme, c’est son père… Quand on se renseigne, on apprend que le père de Serge Lama était un artiste – un chanteur d’opérette – que sa carrière n’a pas décollée … On découvre que sa mère l’a poussé à laisser tomber la vie d’artiste et à prendre un travail pour faire vivre sa famille. Et c’est par son fils que le père dit à son épouse castratrice – père chanteur : "Pourtant, moi – j’avais du talent. Tu m’as privé de tous mes chants. Tu m’as privé de tous mes mots." Pour moi, "Je suis malade " est une chanson où Serge Lama s’exprime au nom du père pour tuer la mère… 

 

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