"Brel a toujours été là, comme le ciel au-dessus de nous"

Jacques Brel chantant pour la dernière fois devant le public du music-hall parisien l'Olympia, 7 octobre 1966
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Jacques Brel chantant pour la dernière fois devant le public du music-hall parisien l'Olympia, 7 octobre 1966 - © Belga Image

40 ans après sa mort, Jacques Brel reste le chanteur belge le plus connu de tous les temps. Qui ne connait pas au moins l’une de ses chansons ?

De Quand on n’a que l’amour à Bruxelles, en passant par Ne me quitte pas, Les Flamandes ou encore Les Bourgeois,... des chansons à texte, sur des mélodies incroyables, qui vous emportent et vous transportent.

Aujourd’hui, de nombreux chanteurs reprennent les textes de Jacques Brel pour les interpréter à leur tour.

Cherchent-ils à l’imiter, à se le réapproprier, ou à lui rendre hommage ? Que ressent-on quand on se confronte au Grand Jacques ?

 

Trois d’entre eux évoquent leur lien avec Brel : 

Bruno Brel, auteur-compositeur, neveu de Jacques
David Linx, parolier, compositeur et chanteur de jazz belge
et Filip Jordens, acteur, interprète, musicien et chanteur belge

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"Être le neveu de Brel était plus un problème qu'une chance"

Bruno Brel est le fils du frère de Jacques Brel. Oui, il a choisi un métier difficile par rapport à une certaine filiation. "J'ai été très critiqué au début quand j'ai commencé à chanter. La presse belge s'est automatiquement ruée sur moi en disant : on ne fera jamais deux Brel. Mais moi ce que je voulais expliquer dès le départ, c'est que je ne voulais pas faire un deuxième Brel mais un premier Bruno."

Jacques Brel disait qu'il n'avait rien à lui apprendre, lui-même avait tout appris seul. Pour lui, il n'y avait pas d'école de la chanson. Il lui a simplement conseillé de voir comment faisaient les autres. 
Il lui a conseillé aussi de ne pas changer de nom : "Dans la famille, on assume. Assume, tu vas en chier comme un Russe, mais assume." C'est ce que j'ai fait, dit Bruno Brel.

"Pour moi, être le neveu de Brel était plus un problème qu'une chance." Au début, les gens s'intéressaient à lui principalement parce qu'il était le neveu de Brel. Maintenant, il y a une nouvelle génération qui l'encourage à chanter davantage ses propres chansons. "C'est la preuve que les gens ont besoin d'une suite. Il était important que quelqu'un continue ce que Jacques a créé."

Bruno Brel ne cherche pas à imiter le Grand Jacques sur scène. Il s'accompagne d'ailleurs souvent à la guitare, pour éviter une gestuelle trop évidente, car ils ont les mêmes mains et les mêmes bras. Et Ces gens-là, par exemple, il ne la chante pas, il la dit comme dans un moment de théâtre, d'autant plus qu'il connaît tous les gens dont il est question.

Aujourd'hui, il est fier d'être le neveu de Jacques Brel, parce qu'il estime qu'il a gagné la bagarre par rapport à cette impossibilité qu'on a voulu lui imposer.

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"ll faut mettre la barre haut pour reprendre Brel"

"J'ai l'impression que Brel a toujours été là, dit David Linx. C'est comme Miles Davis, comme Chet Baker. C'est comme le ciel au-dessus de nous. C'est tellement là qu'on ne sait pas si aujourd'hui il y avait des nuages ou pas."

Petit, il a été baigné dans l'univers de Brel, puisque son père, en tant que trompettiste,  a eu l'occasion de participer à plusieurs de ses concerts. Certaines chansons l'ont traumatisé, comme Jeff t'es pas tout seul : "c'était tellement intense, il donnait tellement corps aux chansons."

David Linx a participé, il y a deux ans, avec le Brussels Jazz Orchestra, à un album en hommage à Brel. Pour lui, cela n'a aucun intérêt, en tant que chanteur de jazz, de reprendre Brel exactement comme était Brel. Il s'agit donc plutôt d'une célébration et d'une revisite, d'une recomposition de l'oeuvre de Brel. "Quand on a un super texte, une super mélodie, un super arrangeur, alors on est libre, on en fait ce qu'on veut en jazz.(...) Cela peut être très vite ringard de reprendre Brel. Il faut d'emblée mettre la barre assez haut et vouloir sortir des sentiers battus."

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"Tu ne ressembles pas à Brel, mais tu nous rappelles Brel"

Vers 16 ans, 17 ans, Filip Jordens s'est reconnu dans les textes de Brel, surtout quand il parlait de la perte de l'innocence et de l'enfance. Il a commencé ses concerts peu après, avec un tel succès qu'il a estimé qu'il devait continuer.

Pour lui, l'univers de Brel est plutôt textuel, même si "on ne peut pas faire de séparation entre le texte et la musique, qui vont tellement ensemble."

Filip Jordens ne considère pas ses concerts comme des imitations de Brel, mais comme un hommage. Or on ne rend pas hommage à quelqu'un en l'imitant. L'imitation implique qu'on voudrait supprimer toute sa personnalité, toute son histoire. Pour lui, c'est justement à cause de ce manque de Brel que les spectateurs viennent le voir.

"Tu ne ressembles pas à Brel, mais tu nous rappelles Brel", lui disait Jean Corti, l'accordéoniste de Brel. Et c'est le plus beau compliment qu'on puisse lui faire.

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Retrouvez ici le reportage intégral, signé Anne-Sophie Bruyndonckx et Jean-Marc Vierset

 

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