Jacqueline Devreux

Family dreams" est la nouvelle exposition de l'artiste peintre Jacqueline DEVREUX, une série de portraits à voir à la Galerie Pierre Hallet jsqu'au 3 avril

JACQUELINE DEVREUX :  UNE QUESTION DE REGARD

Jacqueline Devreux : "Family dreams", Galerie Pierre Hallet, Bruxelles.

Par ses portraits Jacqueline Devreux creuse des trous dans le réel. Elle arrache à la masse des formes les scories pour mettre à nu le silence, la solitude, l'absence. Seuls les imbéciles pensent que sa peinture recouvre. De fait elle dégage même à travers l’huile et ses effets bloquants.  Peindre c’est entrer dans les veines du noir, dans la nuit. Pas n’importe laquelle :  celle de la mémoire qu’il faut toucher non des mains mais brosser contre la toile en la plongeant au plus profond de l’abîme de l’existence. Il faut descendre dans la coulée du temps et sa reprise.

 

 JACQUELINE DEVREUX chenda – oil on canvas – 2011 – 100 x 100 cm

Pour Jacqueline Devreux la peinture n’est pas le gluant des pommades qui masquent les plaies.  L'artiste belge propose  le deuil de rien mais pénètre la soute des possibles et  les risques de la dépression par laquelle sa recherche va encore plus loin.  Chaque portrait engendre des « découpes », des impulsions secrètes qui organisent l’image neuve, naïve et sourde là où le muscle et l’esprit ne s’opposent pas. Est atteinte une zone d’avant la distinction de l’âme et du corps. Dans cette peinture demeure un hors sens qui s’ajoute au temps afin de le faire jouer, pour le synchroniser. Ce ne sera jamais fini, mais il y a là une affirmation à la vie et au jouir, à la chair, à la nudité de sa lumière.

La peinture tombe comme des pétales et comme des sons de cloches. Partout le parfum et la sueur du corps et du temps. Oui, la peinture tombe, elle n’est pas toujours en train de gravir la pente. De chaque image prétexte et témoin surgit dans la transsubstantiation  un mystère qui court. Il prend une forme inquiète  même s'il ouvre les poches d'ombre. Il y a quelque chose qui brille. Rides, traînées, coulures, signes, cri du nouveau-né. La peinture n’aime que les rêves que l’on peut partager. L’artiste en devient la grutière inconnue et dont la maison de l’être est à moitié soulevée par des hélices de lumière.

 

 JACQUELINE DEVREUX guignol – oil on canvas – 2011 – 115 x 140 cm

Certes Jacqueline Devreux n’arrive jamais au bout de son absolu mais cela la distingue des dieux qui se reposent une fois accomplie leur création. L'inachèvement de chaque portrait est donc essentiel. Il trouve là un état d’apesanteur. Il entre par effraction dans le silence de l’univers. Les portraits n’ont pas de destin. L'artiste non plus sinon un seul : elle peint.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.galeriepierrehallet.com

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