Jackie Kennedy, militante de la première heure

Jackie Kennedy, à la Maison blanche, 1961
Jackie Kennedy, à la Maison blanche, 1961 - © Wikimedia commons

Le 25 novembre 1963, trois jours après l'assassinat de John F. Kennedy, sa veuve, Jackie, exige et obtient que le cercueil du président soit porté par des soldats blancs et noirs. C'est, l'air de rien, un mini-séisme qui traverse les obsèques présidentielles, une étape importante dans l'Histoire américaine, tant la ségrégation raciale est encore présente dans la société civile et politique en ces années 60.

Ce jour-là, Jackie Kennedy a fait bien plus qu'acter symboliquement l'égalité entre Noirs et Blancs. C'est l'aboutissement logique d'un combat que la première dame n'aura eu de cesse de mener durant le mandat de son époux.

A un moment où les Etats-Unis étaient à feu et à sang, avec des violences, des lynchages, "le fait d'imposer ces soldats noirs était courageux, complètement nouveau et très symbolique", dit Maud Guillaumain.

Elle est la réalisatrice du documentaire "Jackie Kennedy, militante de la première heure", qui retrace ce parcours militant peu connu en faveur de la visibilité et des droits des afro-américains.

Trop souvent ramenée à nos souvenirs pour son glamour, Jackie Kennedy a pris fait et cause contre le racisme sans jamais que la publicité de ses actions ne retombe sur d'autres que celles et ceux aux cœur de la lutte.
 

Une conscience historique et culturelle

Jackie Kennedy a une véritable conscience historique, elle a lu tous les mémorialistes, français notamment. Pour elle, l'Histoire, c'est capital. En arrivant à la Maison blanche, elle sait que tout ce que fera son mari sera retenu. Ses actions doivent marquer l'Histoire. 

Elle prend les choses en main au niveau culturel. Elle est par exemple en contact avec André Malraux et fait venir la Joconde, qui part pour la première fois dans un pays étranger. 

Elle est très libérée, n'a pas de préjugés sociaux, raciaux, anti-sémites. Elle invite à la Maison blanche des universitaires, des juges, des artistes afro-américains, comme l'auteur James Baldwin, à une époque où dans la société, et en particulier dans les Etats du Sud, tout est encore extrêmement séparé. Elle montre ainsi qu'elle veut unir les Noirs et les Blancs.


La petite école

C'est en arrivant à la Maison blanche que Jackie Kennedy comprend la situation que vivent les Noirs. Elle va créer la petite école au sein de la Maison blanche, dans laquelle elle insistera pour que l'enfant d'un membre afro-américain du cabinet de son mari soit intégré. Elle prend en considération d'abord la culture, le mérite, quelles que soient la couleur, les origines, la religion. Elle est d'ailleurs souvent très choquée par les propos anti-sémites de son beau-père, un Irlandais pure souche.

En ouvrant cette école mixte à la Maison blanche, en mettant en avant les intellectuels et les artistes afro-américains, elle veut changer le visage de l'Amérique, tout en restant dans l'ombre de son mari. 

 

Une conseillère avisée

Lors de la campagne pour les présidentielles, face à Nixon, l'équipe de John F. Kennedy tente d'éloigner le plus possible Jackie, au motif qu'elle est trop snob et risque de refroidir l'électeur américain. Mais elle veut s'imposer, elle veut faire partie de la campagne. Comme elle parle couramment français et espagnol, elle va prendre la parole, en particulier auprès de la communauté créole, cubaine. On va se rendre compte qu'elle a un impact énorme auprès de la population.

Mais ce n'est qu'en arrivant à la Maison blanche qu'elle aura véritablement un rôle de conseillère auprès de son mari, à qui elle instillera réflexions et valeurs.


Un modèle en tout

On a de Jackie Kennedy l'image de la femme parfaite, très bien habillée, irréprochable. Elle veut aussi montrer que sa famille est un modèle et fait tout pour cacher les péripéties extra-conjugales de son mari. 

De la même manière, en pleine guerre froide, elle veut montrer que la Maison blanche est la vitrine du monde, qu'aux Etats-Unis on est libre d'agir et de penser, qu'on a une vie culturelle et intellectuelle florissante, sans barrières.

Elle a une vraie vision politique et culturelle. Elle veut mettre en valeur les Etats-Unis comme une terre de culture, à une époque où la culture est encore en Europe.

Découvrez-en davantage en regardant la séquence intégrale d'Un Jour dans l'Histoire

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