Ilios Kotsou : "Ce qui nous ramène à la vie intérieure, c'est bien souvent les accidents de l'existence"

Ilios Kotsou : "Ce qui nous ramène à la vie intérieure, c'est bien souvent les accidents de l'existence"
Ilios Kotsou : "Ce qui nous ramène à la vie intérieure, c'est bien souvent les accidents de l'existence" - © Tous droits réservés

Comment aller vers le bonheur ? Comment cultiver sa vie intérieure ?
Réponses avec Ilios Kotsou, chercheur en bonheur, psychologue et spécialiste des émotions. Il enseigne la méditation de pleine conscience.

Il est l’un des co-auteurs du livre Transmettre. Ce que nous nous apportons les uns les autres (L’Iconoclaste). Et son livre “Eloge de la lucidité” est disponible en format poche chez Marabout.

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Prendre soin de sa vie intérieure comme d'un jardin

Nos comportements, notre manière d'être au monde, d'être avec les autres et avec la vie, part de la relation que nous avons avec nous-mêmes.

Cette dimension essentielle de la vie est souvent négligée. C'est comme si nous avions un jardin intérieur que nous connaissions très mal, que nous y passions très peu de temps. Ce qui nous ramène à la vie intérieure, c'est bien souvent les accidents de l'existence : une crise, un problème de santé... Mais dans ce cas, on connaît tellement mal notre vie intérieure qu'on est désemparé. 

Comment alors prendre soin de notre vie intérieure tant qu'on va bien ? Comme un jardin, la vie intérieure se cultive. Nous avons tous cette capacité d'émerveillement, de générosité, de lien... mais il faut prendre le temps de s'arrêter pour l'explorer. Car lorsqu'on est très bien connecté à sa propre richesse intérieure, on est mieux connecté aux autres et à la vie.

La première étape consiste donc à se déconnecter pour pouvoir mieux se connecter à sa vie intérieure. Mais se déconnecter de quoi ? Nous sommes tellement accaparés par l'urgent plutôt que par l'important, tellement sollicités par une vie bien occupée et par l'information en continu, tellement déterminés par nos habitudes, notre passé, qu'il faut commencer par s'arrêter et se poser.
 

Être doux avec soi-même

La paix intérieure existe si elle est une capacité à accueillir de manière davantage apaisée les mouvements de la vie, les émotions les plus difficiles, les tempêtes les plus terribles.

Khalil Gibran nous invite à nous déposer, à prendre le temps de prendre soin de nous, à être notre propre ami et confident. Car c'est une fragilité de chercher l'approbation dans le regard de l'autre. Il faut apprendre à s'écouter, à dialoguer avec soi, à reconnaître nos beautés, en commençant par reconnaître nos manques et nos blessures. Nous sommes souvent le plus impitoyable juge de nous-mêmes, ce qui nous amène à l'être aussi envers les autres. "Lorsque je me regarde avec davantage de tendresse, je peux aussi le faire avec davantage de lucidité, me rendre compte des choses à changer, mais dans une relation apaisée. Des recherches scientifiques montrent que le fait d'être dur avec nous-mêmes n'est positif ni pour nous-mêmes, ni pour les autres. L'objection principale à être doux avec soi-même viendrait du fait que la douceur est assimilée à une forme de complaisance."

 

Vie intérieure et spiritualité

"Pour moi, nous dit Ilios Kotsou, la vie intérieure, c'est la vie spirituelle. Si on appelle spiritualité : religion, dogme, alors bien sûr que non parce que le dogme, c'est le contraire d'une vie intérieure riche. Etre dogmatique, c'est croire ce qu'on nous raconte, c'est un attachement à des croyances, à des pensées. Pour moi, une vie intérieure riche, ce n'est pas croire quelque chose, c'est l'expérimenter. (...) La spiritualité, c'est une attention à nous-mêmes qui nous permet de connaître notre propre esprit. Et y a-t-il quelque chose de plus important ?"

Mais y a-t-il de la place pour un dieu au coeur de la vie intérieure ? "Très certainement, à voir le nombre de personnes qui ont une relation avec Dieu. Je crois que si quelqu'un a une expérience qu'il peut appeler dieu, alors bien sûr que c'est la vie intérieure. Pour moi, une vie intérieure riche ne va pas avec un dogme, mais avec une expérience et une forme de lucidité".

C'est une expérience intérieure qu'Ilios Kotsou vit en général au contact de la nature et des autres, en lien avec le monde. "C'est une attitude qui nous amène par exemple à considérer qu'on n'est pas séparé des réfugiés, qu'on se ressemble, qu'on cherche pareillement le bonheur. Ce sentiment de connexion, qui vient peut-être d'une vie intérieure, nous permet de reconnaître notre commune humanité et de participer à construire un monde davantage inclusif, davantage ouvert."

 

Le bonheur dépend en partie de nous

Mais des problèmes, des drames peuvent nous accabler. Ce qui compte, c'est comment nous allons entrer en relation avec cela.

Trois éléments permettent d'accéder à une forme de sérénité, pour pouvoir aller bien quand ça va mal :

Le sentiment de manque et de plénitude : aller bien, même et surtout quand ça va mal, c'est pouvoir se concentrer ce qui continue à aller bien.

Le sentiment de connexion : à soi-même, aux autres, à la nature, à la vie... Continuer à prendre soin des autres, c'est un facteur de résilience.

Le sentiment de cohérence : comment, dans son quotidien, se comporter de manière cohérente par rapport à tout ce qui donne du sens à son existence.

Etre heureux, c'est être lucide et ouvert, être capable de prendre soin de soi et de ce qui nous importe, quelles que soient les tempêtes de l'existence, même si on préfère bien sûr quand tout va bien. Cette forme de bien-être implique d'accepter aussi de laisser aller nos tentatives de contrôle sur ce qu'on ne peut pas contrôler, de faire du mieux que l'on peut, de savoir que, dans la vie, tout change.

 

"La transmission nous met face à ce que nous incarnons vraiment, nous dit aussi Ilios Kotsou. Transmettre va rester dans le temps et nous met face à notre responsabilité."

Ecoutez la suite de l'entretien dans Et dieu dans tout ça, ici :

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