Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal

Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal
Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal - © Pixabay

Avec le retour de la pluie et du froid, le plus dur est peut-être de savoir que ce n'est que le début et que l'hiver va être long. Que peut la philosophie contre l'hiver ?

Sénèque, ce philosophe stoïcien de l'Antiquité, peut nous aider. Le grand malheur de l'être humain, écrivait-il dans une lettre à Lucilius, c'est de se gâcher le présent par la potentialité d'événements à venir. Autrement dit : il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal.

Donc, ressentir le froid et la pluie c'est une chose, s'angoisser du froid à venir, c'en est une autre.
 

Nous nous gâchons bien plus le présent par la peur du mal que par le mal lui-même.
 

Sénèque conseille à Lucilius de ne pas être malheureux avant l'heure, car ce dont il redoute l'imminence n'arrivera peut-être jamais et en tout cas n'est pas encore arrivé.
 

Notre douleur, nous l'augmentons, nous l'anticipons, nous l'inventons.
 

De plus, ce qui léger pour l'un, l'autre soutiendra que c'est lourd : nous anticipons souvent le mal par rapport à des vécus qui ne sont pas les nôtres. Nous nous inquiétons parce qu'on nous dit que c'est inquiétant, mais sans nous questionner sur notre propre ressenti. Comme quand on nous dit à l'école que l'année d'après sera très dure et que, en définitive, on s'en inquiète plus à l'avance que ce que on va réellement en souffrir. Don't cry before the accident, dit d'ailleurs une expression anglaise. 
 

Mais comment faire pour moins craindre le futur ? 

Sénèque nous conseille de faire attention à ce que l'on ressent et non à ce que l'on entend.

La majorité de nos craintes viennent souvent des autres et nous nous gâchons le présent avec l'inquiétude du futur, alors que dans la plupart des cas, dans le présent, nous ne ressentons aucun mal. Nous sommes peut-être plus gâchés par la perspective de l'hiver, que par le froid et la pluie ressentis.

Sénèque va même plus loin en disant que la cause principale de la souffrance est la souffrance imaginaire, car la souffrance réelle, on en connaît les limites.

Il n'oublie pas que le pire peut arriver, mais il affirme qu'il sera toujours bien assez tôt pour souffrir en temps utile.

"Même si quelque chose doit se produire, à quoi bon aller au-devant de sa douleur ?
En attendant, souhaite-toi que les choses s'améliorent.
Qu'y gagneras-tu ? Du temps."


Remplacer la crainte par l'espoir

Sénèque propose un autre moyen : tant qu'à anticiper et à se raconter des histoires sur ce qui va arriver, on peut toujours remplacer la crainte par l'espoir.

L'espoir, comme la crainte, est une supposition, mais celui qui espère ne se gâche pas le présent. Bien souvent, l'espoir repose sur des hypothèses pas moins plausibles que celles qui motivent la crainte. Autant donc croire ce qui nous fait plaisir.
 

L'une des nombreuses erreurs des imbéciles : ils n'en finissent pas de commencer à vivre.
 

Sénèque veut dire par là qu'aucune crainte ne doit justifier le report de la vie, de la vraie vie, celle du présent. Donc n'ayons pas peur et profitons de la vie !
 

Ecoutez ici la chronique philo de Matthieu Peltier dans Week-end Première

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK