Il y a 50 ans : Woodstock

Joe Cocker à Woodstock
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Joe Cocker à Woodstock - © Wikipedia

Woodstock, bien plus qu’un festival de musique, fut une ode au lâcher prise. Retour sur un événement qui a marqué l’histoire de la musique populaire, il y a 50 ans.

Le vendredi 15 août 1969, une petite ferme de la commune de Bethel, dans l’Etat de New York, voit débarquer près d’un demi-million de jeunes pour trois jours de paix et de musique, trois jours qui ont marqué l’histoire du rock et de sa contre-culture, trois jours de pluie, de boue, de vivre ensemble, de retards, d’improvisation, d’adaptation, bref, trois jours à part.

Pour nous faire revivre ce festival, pour nous faire entendre sa voix et sa musique, Jonathan Remy a rencontré Hugues Warin, du service éducatif du PointCulture et professeur de jazz au conservatoire de Bruxelles.

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1969 : c’est l’Amérique de Richard Nixon, la guerre du Vietnam, la menace nucléaire, la lutte pour les droits civiques, l’assassinat l’année précédente de Martin Luther King, les protestations et les révoltes. Musique et politique sont intimement liées, et ce sera le cas aussi à Woodstock.

L'organisateur du festival, c’est Michael Lang, un jeune hippie qui, avec sa petite équipe, veut récolter des fonds pour créer un studio. Il ne s’attend pas à voir des centaines de milliers de personnes débarquer. Il vend déjà 200 000 tickets en prévente et au final, ce seront 450 000 personnes qui arriveront. Ce débordement de gens va engendrer des retards, des problèmes de ravitaillement en eau et en nourriture. En cela, le festival sera déjà un moment unique.

Woodstock rassemble toutes les tendances musicales à la mode en 1969 : folk, blues, funk, rock psychédélique… régulièrement habitées par des citations intemporelles issues d’hymnes et de negro spirituals. 32 artistes ou groupes sont prévus : Jimi Hendrix, Janis Joplin, Ravi Shankar, Arlo Guthrie, Joan Baez… Richie Havens ouvre le festival et conclut sa performance par une reprise improvisée du negro spiritual Freedom. C’est le premier grand moment du festival.

Les organisateurs sont dépassés par le succès de l’événement et prennent rapidement la décision de rendre le festival gratuit. Ils suivent le mouvement, une spontanéité et une bienveillance s’imposent naturellement. 

La pluie se met à tomber. Dans la plaine de Woodstock, au fil des heures, un certain mode de vie s’improvise. Les gens sont tellement nombreux qu’ils sont mis à l’épreuve, confrontés à leurs limites physiques. Woodstock devient un modèle alternatif du vivre ensemble, dans le lâcher prise.

La contestation contre la guerre du Vietnam est l'un des moteurs du festival, dans des styles très différents. Tous les points de vue sont représentés, autant ceux des artistes que des présentateurs et du public. L'énergie festive anti-Vietnam de Country Joe MacDonald entraîne une foule de festivaliers heureux à sa suite.

La 2e journée du festival se poursuit avec Santana, John Sebastian, Canned Heat, Janis Joplin, et Sly and the Family Stone qui réveille les foules. Avec lui, on est dans les musiques noires américaines, habitées par le mouvement pour les droits civiques. Le lien entre la musique et les combats politiques est très étroit même si tous les artistes sur scène n'ont pas forcément un engagement politique explicite.  ''Mais c'est le festival en lui-même qui prend une tournure engagée, par la forme qu'il prend'', précise Hugues Warin.

 

Le 3e jour, à la fin de la prestation de Joe Cocker, le déluge s'abat sur la foule. Et cet orage est l'un des plus beaux moments du festival. Les gens pataugent dans la boue, s'y roulent dans un élan libérateur, presque tribal.

« On pataugeait tous ensemble. Woodstock était devenu une immense porcherie, un bourbier. Tout le monde se bousculait, on glissait les uns contre les autres, comme dans un parc pour enfant. On n’avait plus qu’à oublier ce qu’on avait imaginé et à vivre dans l’instant. Et ça, c’était une sacrée expérience* » dira Susan Cole, festivalière (Woodstock, 3 jours de paix et de musique', de Mike Evans et Paul Kingsbury, paru aux Editions de La Martinière).

Pour Hugues Warin, ce qui est révélateur dans Woodstock, c'est que c'est un moment où cette jeunesse ne va plus chercher une solution politique. C'est une contre-culture, une recherche dans les spiritualités, dans des modèles extra-occidentaux, dans une autre temporalité. 

A la toute fin du festival, le lundi à 9h du matin, Jimi Hendrix fait son apparition, c'est un symbole fort qui ferme la boucle. Il joue l'hymne américain façon destroy, imitant les bombardements au Vietnam. C'est l'hymne de l'Amérique qui conteste la guerre.

Ecoutez la séquence intégrale dans Un Jour dans l'Histoire

 

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