"Il est né le divin enfant", chanson faire-part qui place l'arrivée de l'enfant au centre de notre vie…

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Bouclons l’année avec ce chant de Noël d’inspiration chrétienne que nous connaissons tous sans savoir exactement pourquoi : "Il est né le divin enfant"!

 

"Il est né le divin enfant" est un tube qui a traversé les siècles – passé de la chorale pittoresque et rustique au centre commercial urbain et neurasthénique. Presque tout le monde peut chanter les fameuses paroles "Il est né le divin enfant. Jouez hautbois, résonnez musettes. Il est né le divin enfant. Chantons tous son avènement". C’est une chanson faire-part – entre la dépêche d’agence et le SMS - avec un gros effet d’annonce puisqu’il s’agit ici d’informer le monde sur la naissance de Jésus qui, si l’on en croit le texte, s’est fait attendre.

 

"Depuis plus de quatre mille ans. Nous le promettaient les prophètes. Depuis plus de quatre mille ans. Nous attendions cet heureux temps." Ici, on fait référence à l’Ancien Testament qui est truffé de prophéties annonçant l’arrivée du Messie. Et tout porte à croire qu’il s’agit bien de Jésus car on retrouve les éléments de décor du récit de la Nativité: "Une étable est son logement. Un peu de paille est sa couchette. Une étable est son logement. Pour un dieu quel abaissement"… Souvenez-vous: dans leur trip, Joseph et Marie n’ont pas trouvé de place à l’hôtel, et Marie a été contrainte d’accoucher dans une étable…

 

On ne sait pas qui a écrit ces magnifiques paroles, qui sont aussi une injonction à se soumettre: "Il veut nos cœurs, il les attend. Il est là pour faire leur conquête. Il veut nos cœurs, il les attend. Donnons-les lui donc promptement"… On sait simplement que la mélodie du "Divin enfant" est basée sur un air de chasse du 17e siècle (qui s’appelle "La tête bizarde") et que le texte apparaît – pour la première fois – en 1874 dans un recueil d’airs lorrains composé par un organiste nommé Jean-Romain Grosjean. Ce qui prouve bien qu’"Il est né le divin enfant" est français. Contrairement à "Mon beau sapin " qui est allemand:

Ou " Douce nuit" qui vient d’Autriche:

On chante ça à peu près partout. Alors que "Il est né le divin enfant" a eu un destin plus local. Même si on en trouve des versions iconoclastes qui démontrent la puissance d’évocation de ce chant de Noël. Voici – par exemple – la version du groupe new-wave Siouxsie and the Banshees:

Ou une adaptation reggae:

Le chant raconte la naissance du Christ. Il est donc difficile de nier sa substance religieuse. Et pourtant, dans le texte d’"Il est né le divin enfant", au-delà de son pitch, on peut aussi entendre un message qui placerait l’enfant au centre de notre vie, au centre de nos préoccupations. C’est dans le texte: "Ah! Qu'il est beau, qu'il est charmant! Ah! que ses grâces sont parfaites! Ah! Qu'il est beau, qu'il est charmant! Qu'il est doux ce divin enfant." Un message qui laisse entendre que le bonheur sur terre ne peut se faire que par l’arrivée de l’enfant. Mieux: que nous ne serons sauvés que par l’arrivée de l’enfant. "Il est né le divin enfant" est donc une chanson propagande qui, à travers les siècles, a construit l’idéal du bonheur familial. Donc souvent, derrière les chants de Noël, il y a des images d’Épinal, mais aussi des modes d’emploi pour marcher droit

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