"Idées noires", l'histoire d'une dépression qui ferait passer "Avec le temps" de Léo Ferré pour un tube de La Compagnie Créole…

.
2 images
. - © Tous droits réservés

Dans le " Paroles, Paroles " de Sébastien Ministru, on parle de la chanson "Idées noires" de Bernard Lavilliers en duo avec Nicoletta. Une chanson de 1983 assez marquée par un style d'écriture élliptique et photographique - un style d'écriture plutôt new-wave. "Un couloir. Une porte. Un lit. C'est la nuit. Un store noir. Une porte. Un lit. C'est l'ennui.". L'histoire d' "Idées noires" est toute résumée dans le titre. Le noir du titre contamine toute la chanson de sa noirceur avec, dès l'ouverture, des métaphores domestiques : "Il éteint la stéréo. Eteint le lampadaire, éteint le plafonnier. Eteint dans la cuisine." - pour dire que ce type éteint tout dans sa vie et évolue dans l'obscurité...

"Quelques pills pour dormir, je n'sais plus où je suis." Ici, les "pills" ne sont pas des bières... C'est bien un anglicisme pour désigner des somnifères - des "pilules"... Car il a des troubles du sommeil : "Je fais des mauvais rêves, j'suis sur un mauvais câble." On imagine que ça veut dire que les connexions se font mal et qu'on n’est pas loin du court-circuit. C'est l'histoire d'un homme qui part à la dérive et face à qui, on ne comprend plus grand chose... Celle qui l'aime - c'est la partie chantée par Nicoletta – répétant : "Où es-tu, quand tu es dans mes bras ?" - ce qui est quand même la pire chose qu'on puisse demander à quelqu'un. "Que fais-tu, est-ce que tu penses à moi ? D'où viens-tu ? Un jour tu partiras."

Pour la petite histoire, cette partie féminine devait être assurée par Ricky Lee Jones et c'est, par hasard, qu'elle est tombée dans la bouche de Nicoletta, avec le miracle que l'on connaît.

Dans le feuilleton des radios francophones consacré cet été à Lavilliers, Nicoletta évoque cette rencontre sur "Idées noires" :

Écoutez l'épisode 8 : "Le son d'une vie" : https://www.rts.ch/info/culture/musiques/8749825-les-50-ans-de-carriere-de-bernard-lavilliers.html

Nicoletta comprend tout de suite le climat de la chanson. Climat sombre pour l'histoire d'une dépression avec, en toile de fond, des références au cinéma américain noir et des images d'angoisses qui, elles aussi, renvoient au cinéma. Quand il dit : "J'vois en panoramique urgente et désirable. Une blonde décapitée dans sa décapotable", il fait référence à l'actrice américaine Jayne Manfield morte dans un accident de voiture - accident de la route mythique pour avoir longtemps colporté la rumeur selon laquelle la bimbo serait morte décapitée. Histoire d'une dépression ou mauvais trip aussi... Il parle de "paranoïa", de "bad trip", de "fumée noire" - pouvant être la fumée qui s'échappe de la voiture accidentée ou la fumée d'un joint composé avec de la très forte qui produit ce genre d'images angoissantes : "Une vamp vorace tue au fond d'un couloir."

On se demande dans quel état Bernard Lavillers se trouve quand il écrit ce texte, qui ferait passer "Avec le temps" de Léo Ferré pour un tube de La Compagnie Créole. Dans une interview donné à Télérama, il dit à propos de l'écriture d' "Idées noires" : "J'étais en pleine rupture. Affective et professionnelle. Avec d'autres angois­ses et soucis aussi... " On peut dire qu’ "Idées Noires" est une chanson autobiographique. En 1983, son histoire d'amour avec Lisa Lyon se termine. Lisa Lyon est une personnalité très célèbre. Elle est championne du monde de body-building - qui utilise son corps et sa muscultature comme une oeuvre d'art - elle sera d'ailleurs modèle pour le photographe Robert Mapplethorpe (compagnon de route de Patti Smith). S'il n'y avait pas eu Lisa Lyon, il n'y aurait pas eu d' "Idées noires"…

Écoutez l'intégralité de la chanson "Idées noires" :

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK