Iceman ou l'homme congelé du Minnesota : une énigme pour la science

Episode 5

Iceman ou l'homme congelé du Minnesota : une énigme pour la science

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L’histoire de l’homme congelé du Minnesota est sans aucun doute l’énigme cryptozoologique (la cryptozoologie est la discipline qui étudie les animaux cachés encore inconnus de la science) la plus incroyable mais aussi la plus frustrante de tous les temps…

Que s’est-il passé ? A la fin de l’année 1968, Bernard Heuvelmans, zoologiste belge atypique et génial, séjourne aux Etats-Unis, dans le New Jersey chez son collègue et ami Ivan Sanderson. Une jeune herpétologue, Terry Cullen les appelle pour leur signaler qu’il vient de voir une curiosité extraordinaire dans une foire à bétail du Midwest.

Il explique à Heuvelmans et Sanderson, qu’un forain, Frank Hansen, exhibe dans une sorte de sarcophage réfrigéré, un homme-sauvage encastré dans un bloc de glace. Le forain présente cet étrange spécimen comme étant un " homme préhistorique, conservé dans la glace depuis des siècles ". Ce qui est totalement impossible et pourtant, Cullen, fort de ses compétences scientifiques est convaincu qu’il s’agit du cadavre d’un animal réel et non d’une contrefaçon. Trop de détails semblent vrais…

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Bernard Heuvelmans lui, n’est pas convaincu. Il est persuadé qu’il s’agit tout au plus d’un singe, rare peut-être, mais un singe quand même. Mais il se laisse convaincre par son ami Ivan Sanderson d’aller examiner cette créature. Les deux compères vont alors entreprendre un long voyage (plusieurs milliers de kilomètres) pour aller rendre une petite visite à ce forain. Le 17 décembre 1968, ils pénètrent enfin dans la roulotte de Hansen et peuvent examiner le spécimen de l’homme congelé. Voici dans le détail, comment Heuvelmans décrit ce qu’il a observé.

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" Le spécimen était étendu dans un énorme cercueil réfrigéré, mesurant intérieurement 2 mètres 50 de long et 90 centimètres de large. Celui-ci était éclairé intérieurement par des néons disposés latéralement. Et un verre épais faisait office de couvercle, ce qui permettait de l’examiner. Le spécimen est néanmoins bien visible, et de nombreux détails peuvent être vus à travers une glace par endroits , aussi claire que du cristal. En certains points toutefois, il est nécessaire d’utiliser une torche électrique ou un spot pour arriver à distinguer de simples contours. "

 

Heuvelmans et Sanderson sont stupéfaits. Qu’est-ce que c’est ? Comment diable a-t-on pu fabriquer un tel spécimen ? Les deux scientifiques commencent alors un examen minutieux qui va durer des heures. Ils resteront plusieurs jours sur place pour étudier cet homme sauvage congelé.

 

" Le spécimen semble être dans un état de conservation remarquable : là où du sang est visible, il a gardé la coloration du liquide frais… Mais cet état de fraîcheur parfaite n’est qu’illusoire comme j’ai pu le constater. Du coin du cercueil proche du pied gauche, s’échappait l’odeur écœurante d’un cadavre en décomposition. Les joints à cet endroit n’étaient sans doute pas hermétiques. Le spécimen se présente à première vue comme un homme, un être humain adulte de sexe masculin de taille et de proportions à peu près normales : environ un mètre 80. Toutefois, il est excessivement et extraordinairement velu. Excepté la face, la paume des mains, la plante des pieds et les organes génitaux. Les poils sont brun foncé, longs de 7 à 10 centimètres. Sa peau est de la couleur cireuse caractéristique des cadavres d’hommes de race blanche caucasoïdes, non tannée par le soleil. "

 

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Photo composite réalisée pour montrer l’ensemble du corps ©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne
Gros plan sur le visage de l’homme congelé du Minnesota. On peut observer soin étrange nez retroussé ©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne
partie supérieure du corps du spécimen avec le bras gauche recourbé au-dessus de la tête ©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne

Les deux scientifiques vont très vite constater que cette créature n’est pas un homme préhistorique conservé dans la glace comme le dit l’enseigne du forain. En effet, ils observent des blessures sur le corps de cet homme-singe qui semblent montrer qu’il a été tué par une arme à feu.

 

" Le bras gauche est replié au-dessus de la tête avec la paume de la main en l’air. Le bras fait une courbe étrange, comme s’il s’agissait de celui d’une poupée de son, mais cette courbure est due au fait que l’avant-bras présente une fracture ouverte à mi-chemin entre le poignet et le coude. On distingue le cubitus brisé dans la plaie béante. La tête est renversée en arrière. La tête est la plus endommagée. D’après monsieur Hansen qui a pu observer l’arrière avant que le bloc de glace ne soit déposé dans le sarcophage, toute la partie occipitale du crâne serait défoncée et de la matière cérébrale en sortirait. On distingue d’ailleurs dans la glace, d’importantes trainées ou poches de sang. L’orbite droite est vide et sanglante. Le globe oculaire gauche est sorti de son orbite. L’éclatement de l’occiput et le fait que les globes oculaires ont déserté les orbites, l’un ayant même disparu, suggèrent que l’être a été abattu de face, par plusieurs balles d’une arme à feu de gros calibre. La balle l’aurait atteint au cubitus alors qu’il tentait sans doute de se protéger avec son avant-bras. Une seconde balle lui aurait alors pénétré dans l’œil droit, détruisant celui-ci, faisant jaillir l’autre de son orbite et produisant un large cratère à l’arrière du crâne ce qui a dû provoquer sa mort immédiate. "

 

Après avoir examiné ce cadavre sous toutes les coutures pendant trois jours, Heuvelmans et Sanderson sont convaincus de son authenticité. Pour eux, ce n’est ni un mannequin, ni un assemblage macabre de morceaux de différents animaux. Il s’agit bien d’un être d’une pièce, totalement inconnu de la zoologie.

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© Musee de zoologie Lausanne
© Musee de zoologie Lausanne

Fort de ses observations, Heuvelmans va écrire une note scientifique dans laquelle il donne un nom à son spécimen " L’homo pongoïde ". Cette note sera publiée par le professeur Capart de l’Institut des sciences naturelles de Bruxelles. Heuvelmans est persuadé que son homme pongoïde est une sorte d’homme de Néandertal relique, qui aurait survécu jusqu’à nos jours dans différentes parties reculées de la planète… On imagine aisément l’effet de cette déclaration dans la communauté zoologique et paléontologique à l’époque.

De nombreuses institutions scientifiques prestigieuses (par exemple la Smithsonian Institution aux Etats-Unis) vont vouloir examiner ce cadavre incroyable. Mais Frank Hansen, va toujours refuser catégoriquement. La question qui se pose maintenant c’est : comment Hansen a-t-il pu acquérir ce spécimen, qui s’il est authentique, aurait une valeur inestimable ? Il va d’abord prétendre l’avoir acheté en Chine. Puis il va se contredire de plus en plus. Il ira même jusqu’à dire qu’il n’était pas le vrai propriétaire de l’homme congelé du Minnesota. Il aurait appartenu en réalité à un mystérieux milliardaire… explications confuses et peu crédibles.

Bernard Heuvelmans, était lui persuadé que l’homme pongoïde venait du Vietnam. Il aurait été abattu là-bas. Hansen, ancien vétéran de la guerre de Corée et du Vietnam, l’aurait fait revenir et introduit aux Etats-Unis par des filières illégales.

Coup de théâtre : le FBI va commencer à s’intéresser à cette affaire ! S’il s’agit d’un homme et qu’il a été abattu, il y a donc eu meurtre. Et s’il s’agit d’une espèce exotique introduite illégalement sur le territoire des américain , il fallait enquêter. Face aux agents du bureau fédéral d’investigation, Fank Hansen prend peur et disparait dans la nature avec sa roulotte et son cadavre mystérieux…

En 1969, Hansen refait surface et recommence à exposer dans les foires son spécimen. Mais cette fois, il prétend avoir remplacé le spécimen original par une contrefaçon, un mannequin. D’ailleurs de nouveaux zoologues qui l’examinent sont convaincus qu’il s’agit bien d’un mannequin. Des photos sont faites et effectivement on peut voir des différences, la bouche est plus ouverte par exemple. Heuvelmans qui analysera des photos de ce " deuxième homme congelé " est persuadé également qu’il ne s’agit pas du même cadavre qu’il a pu examiner pendant trois jours… Il y aurait donc eu un vrai cadavre et ensuite un faux…

 

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Gros plan du visage du deuxième spécimen exposé. Très certainement un mannequin cette fois… ©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne
Gros plan du visage du deuxième spécimen exposé. Très certainement un mannequin cette fois… ©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne

Hélas, tous ces rebondissements alambiqués vont avoir pour conséquence que l’ensemble de la communauté scientifique va se désintéresser de cette affaire. La plupart des zoologistes et des anthropologues estimèrent finalement que Heuvelmans avait été trompé dès le début.

Y a-t-il eu un vrai " Minnesota iceman " ? On ne le saura jamais. En revanche, depuis 2011, il est certain qu’il y a eu un " faux iceman ". Rick West, un chroniqueur du monde forain américain, a relaté dans un livre, avec des photos comment ce mannequin d’homme sauvage avait été fabriqué. Le mannequin, a été vendu sur Ebay, c’est le Museum of Weird d’Austin au Texas qui en fait l’acquisition.

Jusqu’à la fin de sa vie, Bernard Heuvelmans soutiendra mordicus qu’il a été confronté à un véritable spécimen. Il ne reste aujourd’hui que les nombreuses photos qu’il a pu faire à l’époque. Elles font partie de la collection Heuvelmans, qui a été récupérée par le musée de zoologie de Lausanne. Aujourdh’ui encore, elles intriguent le directeur de ce musée, Michel Sartori.

Galerie photo

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©  Musee de Zoologie - Lausanne - Agence Martienne

" Elles sont très troublantes ces photos ! Elles montrent malgré tout sous une couche de glace un être qui est velu, qui a des mains avec un pouce très long, un nez retroussé… Quand on voit ça on se dit qu’on a vraiment affaire à un homme préhistorique et pas un homo sapiens. Et cet être est plus proche de l’homme que du singe, par exemple les pouces de ses pieds ne sont pas opposables. Il n’a aucune caractéristique des grands singes. Et puis les grands singes, on les connait tous. C’est quelque chose d’autre. Ce n’est pas si simple que ça… Il y a deux séries de photos que nous possédons au musée. La première série a été réalisée en 1968 par Bernard Heuvelmans dans la roulotte de monsieur Hansen. Je dirais que ces photos nous poussent à nous interroger. La deuxième série de photos a été réalisée quand Hansen est revenu faire des exhibitions dans les foires après avoir disparu pendant quelques mois. Et là les photos sont différentes : pour moi c’est relativement clair qu’il s’agit d’un mannequin. D’ailleurs ce mannequin a été retrouvé et vendu il y a quelques années. Alors ? Est-ce que le premier et le deuxième homme du Minnesota étaient ce même mannequin ? Ou bien y a-t-il eu au début un vrai spécimen ? Hansen est décédé maintenant, donc on n’aura jamais le fin de mot de l’histoire. Mais je le répète, les photos prises par Heuvelmans… C’est troublant ! "

 

Quand on vous disait que l’histoire de l’homme congelé du Minnesota était l’énigme zoologique la plus incroyable et la plus frustrante de tous les temps…