Hugo Claus, géant des Flandres

Hugo Claus, un géant des Flandres
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Hugo Claus, un géant des Flandres - © Herman Selleslags - Bozar

Hugo Claus nous a quittés il y a tout juste dix ans, le 19 mars 2008. Né à Bruges en 1929, il est considéré comme l'un des romanciers belges les plus talentueux de son époque.

Son livre 'Le Chagrin des Belges' ('Het Verdriet van België' - 1982), inspiré de sa propre vie, a été un succès international. Hugo Claus était aussi un poète reconnu et un dramaturge célèbre. Sa première pièce, 'La Fiancée du matin' ('Een bruid in de morgen', 1955), a été créée en français par le comédien Jean-Louis Trintignant.

Connu aussi comme réalisateur, avec en particulier son film 'Le Lion des Flandres' sorti en 1985, il était également artiste-peintre à ses heures. Un véritable touche-à-tout ! Il a été à plusieurs reprises pressenti pour le Prix Nobel.

Hugo Claus se définissait lui-même comme un 'flamingant francophile'. Il était surtout le critique du traditionalisme et du provincialisme de la société flamande, tout en portant à l'universel l'évocation de la médiocrité. Si son style puisait autant son inspiration dans les grands mythes et les classiques littéraires, il ne reculait pas pour autant devant le burlesque, la trivialité, voire l'obscénité.

Atteint de la maladie d'Alzheimer, Hugo Claus a choisi la date de sa mort et a demandé, comme la loi belge l'y autorisait, à subir une euthanasie le 19 mars 2008. 

Par Ouï-dire dresse son portrait à travers un florilège d'archives, où on retrouve sa voix et son style inimitables.

1e partie

A l'occasion de la sortie dans les salles de son film De Leeuw van Vlaanderen, Michèle Cédric recevait Hugo Claus en 1985. Il était le réalisateur, dialoguiste et scénariste de ce film autour du plus grand des romans populaires flamands, écrit par Henry Conscience.

De Leeuw van Vlaanderen évoque la révolte de la Flandre occidentale contre la domination française, violente et injuste. "Je ne pense pas que ce film puisse ranimer l’antagonisme entre Flamands et wallons. (...) Le poète ne doit pas s’occuper de cela de toute façon", disait-il.

A l'époque, il regrettait la situation difficile du cinéma en Belgique. "Il n'est pas facile de rameuter les foules avec des moyens si dérisoires, et de faire un cinéma de qualité."

Il reparlait de son passé sans amertume, de son enfance, de son parcours. 

A 14 ans, il quitte ses parents pour effectuer divers petits métiers, dont celui de gigolo. À Paris, Antonin Artaud devient pour lui un second père. Hugo Claus veut être peintre, il participe à la révolution avant-gardiste de l'art d'après-guerre et fait partie du mouvement Cobra (1948-1951).

"Le peintre doit avoir du talent, savoir manier les formes, les couleurs. Mais un peintre pourrait être bête, ça se pourrait que Rembrandt soit un imbécile. Mais l'écrivain ne peut pas l'être et je crois que c'est pour cela que j'ai choisi la littérature, parce que j'étais exigeant envers moi-même."

Après un séjour en Italie où il apprend à connaître le milieu cinématographique, il retourne en Flandre et commence une carrière de romancier, poète, auteur dramatique, cinéaste et peintre. Il touche à tous les genres parce qu'il n’aime pas la monotonie, qu'il veut de l’aventure. Le succès est rapidement au rendez-vous. 

"Il y a des petits nains borgnes difformes en moi, qui de temps en temps sortent. L'un fait des poèmes hermétiques illisibles, l'autre fait des romans de Marie-Claire, l'autre fait un film comme celui-là, un autre voudrait faire des petits pastels célébrant la femme. C'est une multitude de petits êtres en moi. Et c'est le seul moyen de survivre, il faut s'amuser un peu, il faut vivre dangereusement, plutôt que de réécrire la même chose ou de regarder mon âme tourmentée."

À la fin des années 1960, Hugo Claus joue un rôle important dans le mouvement contestataire qui veut réformer la politique sociale et culturelle en Flandre.

Ecoutez-le...

VIDEO - Extrait du Lion des Flandres

2e partie

Hugo Claus dans un entretien avec Gérard Valet, évoque son livre Le Chagrin des Belges, paru en 1983. 

Extraits...

"Le Chagrin des Belges, c'est un livre qui est d'un abord plus facile que certains autres livres que j'ai écrits. Et qui, je crois, doit intéresser les Wallons ou les Bruxellois, parce qu'il s'agit de gens tout proches et dont la civilisation a détaché sur la leur. On n'est pas wallon ou bruxellois sans qu'il y ait une contamination par l'ennemi ou par le voisin. Sans qu'on connaisse le Flamand, il y a des rappels, il y a des renvois."

A la question, qu'est-ce qu'un Flamand ?, Hugo Claus répond qu'il ne sait pas. "Et puis d'ailleurs, je ne m'intéresse pas tellement à cette question. Je ne me sens pas flamand quand je vous parle, quand je me promène dans ma ville de Gand. Je ne suis pas un Flamand professionnel. Je me sens flamand quand je suis à Amsterdam ou à Paris. A Paris, je me sens lourdaud, expressionniste flamand, Permeke entouré de petits marquis. A Amsterdam, parmi ces gens tellement sérieux et qui sont la conscience du monde, je me sens frivole, très léger. Donc ce côté flamand n'apparaît que par contraste. (... ) Je n'arrive pas à cerner cela de façon rationnelle. Il me faut des poèmes, des films, des peintures, pour arriver à savoir ce qu'est un homme ou ce qu'est le monde."

"L'absurde fait partie du réel, mais il y a un attrait plus grand à essayer de capter l'absurde. Le sens de l'absurde doit être très très clair. L'absurdité est d'ailleurs une force vitale comme la médiocrité. Ça n'a rien à voir avec l'intelligence ou la raison qui sont plutôt de l'ordre culturel. Il faut, en tant qu'écrivain ou en tant qu'homme, s'intéresser beaucoup à l'absurde."

"J'ai du mal à comprendre entièrement les gens qui se plaignent de leur solitude. Ils sont nés seuls, ils vont forniquer un peu et ils vont mourir seuls. C'est l'évidence et se plaindre de cela me paraît trop romantique. Mais les amis, c'est capital pour vérifier ce qu'on est. C'est, je crois, après une certaine idée de l'amour, la chose la plus importante."

 

Hugo Claus évoque ensuite, en compagnie de Philippe Dewolf, la poésie et ses fulgurances. 

On écoute enfin le récit de ses funérailles théâtrales à l'Opéra d'Anvers, lu par Denis Lavant, un texte que l’on doit à Jean-Luc Outers dans son  livre Le dernier jour.
 

Ecoutez cette seconde partie le mardi 20 mars à 22.00 dans Par Ouï-dire

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Le Chagrin des Belges (Julliard/Points)

Louis Seynaeve, élève dans un pensionnat de religieuses, puis dans un collège de jésuites, est un enfant précoce qui cache ses blessures intimes sous une carapace d'indifférence. Avec une lucidité inquiétante, il regarde les adultes se débattre autour de lui: en ces temps troublés (1939-1947), la ville de Walle, à deux pas de la frontière française, est le théâtre d'un écartèlement. Les Flamands sont pris en tenaille entre leur fidélité à la Belgique et la fraternité pangermanique offerte par l'Allemagne nazie. Confusion, insatisfaction et sentiment de duperie tisseront les années d'enfance et d'adolescence de Louis. A travers une incroyable galerie de portraits, Le Chagrin des Belges révèle tout l'exotisme d'un pays si proche, d'un "plat pays" extraordinaire qui est celui de Breughel, d'Ensor et de Ghelderode.

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Hugo Claus, con amore...

Une exposition à voir jusqu'au 27 mai

Bozar consacre à Hugo Claus une exposition où ses multiples disciplines sont représentées : écrivain, cinéaste, peintre... 

Un portrait à part, composé d’images d’archives, de photos et d’extraits de textes soigneusement sélectionnés, ainsi que d’œuvres d’art d’Appel, Raveel et Ensor, entre autres, mais aussi d’artistes contemporains comme Borremans, De Cordier, Dillemans et Vanriet. 

 


 

 

 

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