Homosexualité au sein de l'Eglise : Frédéric Martel a mené l'enquête

Enquête au Vatican
Enquête au Vatican - © Pixabay

'La folle gaieté du Vatican', voilà les mots qu’utilise le sociologue Frédéric Martel pour décrire ce qu’il a observé après plus de quatre années d’enquête. L’homosexualité est une majorité cachée dans les plus hautes sphères de l’Eglise. Pourquoi cette homophobie publique alors que l’homosexualité est tolérée, voire encouragée en privé ? Le pape François est-il moins homophobe que ces prédécesseurs ?

Frédéric Martel a creusé la question homosexuelle au sein de l'Eglise. Il signe 'Sodoma' (Robert Laffont).

"Que l'Eglise ait à ce point nié l'homosexualité et lutté contre le préservatif, est insensé, c'est une tragédie doublée pour partie d'un crime. 35 millions de personnes sont mortes du sida. Je ne dis pas que c'est l'Eglise qui est responsable de ça, bien sûr. Mais le fait d'avoir interdit le préservatif au coeur d'une épidémie qui allait coûter la vie à 35 millions de personnes est un scandale. L'Eglise portera longtemps la croix sur cette faute. Parce que c'est une faute. Certes, il y avait une doctrine, mais entre choisir de protéger la vie ou de laisser la mort se répandre, l'Eglise aurait dû choisir tout de suite. Le Pape François a réglé ce problème en disant que l'important, c'est de protéger les individus et d'éviter qu'ils se contaminent."

Frédéric Martel révèle que le Vatican est l'une des plus grandes communautés sexuelles au monde. Il a enquêté pendant 4 ans, à partir de sources très sérieuses et multiples. Il est remonté dans le temps, dans les pontificats précédents, a voyagé à travers le monde, dans une trentaine de pays, dans lesquels il a retrouvé à chaque fois le même système.

Lobby ou sociologie ?

Pour lui, il s'agit d'une sociologie, le fait que l'Eglise recrute essentiellement des homosexuels, parce que soit ils ont un problème avec leur sexualité, soit ils n'assument pas leur homosexualité, soit aussi parce que, pour une famille bourgeoisie, provinciale, un homosexuel est un problème et que s'il devient prêtre, ça résout le problème. C'est une sociologie et pas un lobby.

En réalité, une majorité de prêtres et de prélats au Vatican sont homosexuels. Un lobby, ce serait des individus isolés qui seraient organisés entre eux, avec comme même objectif un combat, éventuellement celui de défendre l'homosexualité.

Mais ici, c'est l'inverse. Les individus sont très nombreux et sont aussi très isolés. Ils ont des protecteurs, des protégés et leur objectif est de cacher leur homosexualité aux autres, et d'être encore plus homophobes pour ne pas qu'on découvre qu'ils sont homosexuels et que la cause gay puisse avancer, explique Frédéric Martel.


Une foi sincère

Ces hommes d'Eglise sont réellement catholiques et dominés par leur foi. "Mais dans les causes explicatives de leur vocation, il y a aussi cet élément homosexuel qui peut être plus ou moins déterminant selon les cas."

Certains ne savaient pas du tout au départ qu'ils étaient homosexuels. D'autres ont une homosexualité admise mais pour des raisons de discrétion, deviennent prêtres. D'autres encore veulent vivre entre hommes, sont misogynes et choisissent le sacerdoce.


Une hypocrisie instituée

Le célibat n'existerait pas dans l'Eglise. Les mots frustration, sublimation reviennent constamment dans la bouche des prêtres et des cardinaux qui se sont confiés en off à Frédéric Martel. Cela mène à de la schizophrénie, à de l'hypocrisie, dénoncées par le Pape François lorsqu'il évoque "les cardinaux rigides qui mènent une double vie".

Il y a une dichotomie abyssale entre le discours public et la vie privée : "La règle semble être que plus un cardinal est homophobe, plus il a de chances d'être homosexuel."

S'il y avait un moyen d'identifier les homosexuels et de les sortir de l'Eglise, il n'y aurait plus d'Eglise.

On est en effet sur des taux qui dépassent la majorité, explique l'auteur de 'Sodoma'. Parfois on atteint 70 à 80%. Il est hypocrite de nier ce fait.

Empêcher certains candidats d'avoir accès au séminaire au motif d'homosexualité est une discrimination, punie par la loi. "C'est là où l'Eglise est tout à fait piégée, complètement dans le mensonge, le déni. C'est une preuve manifeste de schizophrénie."


La culture du mensonge

Les abus homosexuels au sein de l'Eglise ont pour source une homosexualité non assumée, sublimée, réprimée, de frustrés, qui concerne 1 à 3% des prêtres.

Par ailleurs, le cléricalisme entretient cette culture du secret, du mensonge. Le silence au sein de l'Eglise, qui a protégé les abuseurs par désir de protéger l'Eglise, a mené à ces centaines de milliers d'abus. 

Enfin, il y a des situations de chantage, de cover-up, de la part d'évêques et de cardinaux qui sont eux-mêmes homosexuels et qui, parce qu'ils ont tellement peur que ce soit révélé, vont protéger les prêtres et les déplacer d'une paroisse à une autre.


Un pape au discours ambigu

Pour Frédéric Martel, le Pape François est en réalité victime d'une cabale, notamment par ces cardinaux d'extrême-droite, très homophobes, qui sont justement "ces rigides qui mènent une double vie" qu'il dénonce. Il est accusé de cover-up, avec des amalgames nauséabonds, alors qu'il est l'héritier de situations qu'il n'a pas créées puisque nées lors de pontificats précédents.

Il y a des ambiguïtés par rapport à ce qu'il dit en public et à ce qu'il dit en privé. Il semble parfois pro-gay, parfois anti-gay. Il est tolérant en ce qui concerne les personnes, qu'il respecte, mais hostile en ce qui concerne les batailles politiques, comme le mariage gay ou la théorie du genre.
 

Dans ce monde contraint, il y a quand même de l'affection, de l'amour.
Les prêtres auraient-ils anticipé les nouveaux modes de vie LGBT ?
Ecoutez ici la réponse de
 Frédéric Martel
dans la séquence intégrale de Et Dieu dans tout ça ? 

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