Histoire : Le chien, ce loup gris qui a choisi d'accompagner l'humain

Histoires de chiens
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Selon les époques et les sociétés, le chien a été plus ou moins valorisé ou méprisé. Compagnon officiel de l’être humain, il mérite toute notre considération. Parcourons son histoire avec Laurent Testot, journaliste, auteur de Homo Canis, une histoire des chiens et de l’humanité, aux éditions Payot.

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La date d’apparition du chien est discutée encore aujourd’hui : "On l’estime à environ 18 000 ans, probablement vers la Chine, et peut-être avec des domestications antérieures en Europe occidentale, en Asie centrale, il y a au maximum 35 000 ans", précise Laurent Testot.

En Sibérie, en Europe puis en Amérique, l’Homo Sapiens met au point de nouvelles techniques pour chasser les grands animaux. Elles auront un impact significatif sur les écosystèmes, en réduisant par exemple les disponibilités alimentaires des ancêtres du chien, c’est-à-dire les loups gris. On assistera au recul de certaines populations de loups, tandis que d’autres se mettront à fréquenter les campements humains, menant à des domestications par symbiose, explique Laurent Testot.

Le chien, c’est ce loup gris qui a choisi d’accompagner l’humain, de se laisser modeler par lui, et qui a connu un formidable succès adaptatif. Parce qu’aujourd’hui il reste relativement peu de loups sur cette planète, entre 200 000 et 400 000, alors qu’on compte entre un demi milliard et un milliard de chiens.


Comment les chiens ont-ils traversé les temps ?

Selon les époques et les sociétés, le chien a été valorisé ou a été méprisé. Quelques exemples :

  • Au Mexique, au temps de la civilisation aztèque, les chiens sont élevés pour leur chair. Ce sont des chiens nus et castrés, qu’on mange dans des occasions spécifiques, notamment lors des repas de funérailles. On enterre souvent les gens avec des chiens ou des statuettes de chien. C’est un animal psychopompe, qui conduit l’âme du défunt dans l’autre monde.
     
  • Au Japon, il est un symbole fort, parce que le Japon s’est converti massivement au bouddhisme à partir du 13e siècle et a proscrit le meurtre des animaux. On admet que le chien a une âme, voire qu’il peut se transformer en être humain. Il est parfois placé au-dessus des humains, voire des nobles. Plus tard, il devient l’emblème du Japon à travers certaines races nationales. L’Akita Inu est devenu l’incarnation de l’âme japonaise.
     
  • Dans l’Antiquité, l’usage de chiens de combat est attesté à Babylone et en Egypte. Il y a 5000 ans, ils sont déjà utilisés comme sentinelles pour prévenir des embuscades. On commence à contrôler la sexualité des chiens pour en renforcer certaines caractéristiques. Les deux premiers types à émerger sont des dogues, pour leur puissance, afin d’en faire des auxiliaires de combat, ou des lévriers, pour leur vitesse, afin d’en faire des auxiliaires de chasse. De là se développera, à l’époque moderne, la fabrique des races, pour affiner cette sélection.
    A l’époque romaine, on voit apparaître des variétés, des classements, qui définissent les chiens en fonction de leurs capacités à accomplir les tâches : garde, combat, course, répression des émeutes…
     
  • Les Espagnols étaient arrivés dans le Nouveau Monde avec des chiens de combat extrêmement puissants, qui pesaient plus de 100 kilos, protégés d’une armure, pour lutter contre les Aztèques et les autres peuples amérindiens. Ce sont ces mêmes chiens, appelés dogues de Cuba, qui ont été utilisés dans les plantations esclavagistes d’Amérique pour faire régner l’ordre. Ils étaient dressés à détester les Noirs et à les agresser à la moindre désobéissance, à les déchiqueter jusqu’au meurtre.
     
  • Dans nos pays, au 19e siècle, la diffusion des armes à feu sonne la fin des dogues de combat car on peut trop facilement les abattre de loin. On modifie l’usage qu’on fait de ces animaux. Les chiens errants sont toujours choisis comme mascottes et apportent un peu d’humanité aux soldats découragés. D’autres sont utilisés comme tueurs de rats, comme lanceurs d’alarme, comme messagers.
     
  • Lors de la Première Guerre Mondiale, le sergent Stubby est l’un de ces 100 000 chiens enrôlés dans les tranchées. Ce chien errant accompagne les boys américains sur le sol français. Il sera décoré par plusieurs présidents américains pour ses multiples bons services.
     
  • Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis vont avoir recours à des chiens pour détecter l’ennemi ou encore pour les parachuter comme auxiliaires de combat ; les Allemands, pour garder les dépôts de munition et les camps d’extermination ; les Soviétiques s’en servent comme des bombes vivantes et les dressent à se jeter sous les chars pour les faire exploser.
     
  • En novembre 1957, Laïka est le premier être vivant mis en orbite autour de la terre.


Le chien, bien de consommation symbolique

Le remake en film du dessin animé Les 101 Dalmatiens a marqué une charnière dans la vente de chiens comme biens de consommation. Il a provoqué une vague d’achats, une véritable mode.

Le chien est associé régulièrement à l’image du pouvoir. Les 'grands' aiment se faire photographier en compagnie de leur compagnon à 4 pattes. C’est un élément de communication, comme pour le couple présidentiel français, qui a fait passer un message clair en adoptant, à la SPA, un croisé et non un pur race.

Le chien, compagnon officiel de l’être humain, est toujours un objet, précise Laurent Testot, mais les législations nationales lui reconnaissent aujourd’hui des droits, comme celui de ne pas souffrir inutilement ou d’être protégé pour ses besoins primaires. C’est une lutte en cours qui se heurte à certaines traditions, comme celle de la chasse, où le chien est encore fortement considéré comme un objet.

C’est le premier animal domestiqué, et donc le plus modelé par l’homme, avec une variété immense de formes et de types : vous trouverez toujours un chien qui vous renvoie une image positive de vous.

Le chien est devenu un bien de consommation symbolique, mais il faut se rappeler que c’est un animal qui souffre et que, dans son regard, il y a une immense compassion, une immense tendresse et que pour cela, il mérite notre considération.

Basset, pitbull,… Laurent Testot relate mille anecdotes dans Un Jour dans l’Histoire, écoutez ici

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