Histoire du Monde : une pucelle très convoitée

Jeanne d'Arc
Jeanne d'Arc - © google

Ce matin cette séquence histoire du monde porte bien son nom, puisque nous allons revenir sur l'histoire de Jeanne D'arc... Les politiques français tentent de s'approprier son image dans la course à l'Élysée... Didier Delafontaine.

C'était lundi: la France entière semblait, comble de l'ironie, déchirée à propos de son icône, Jean D'Arc. Récupérée depuis des lustres par l'extrême droite, voilà que le président Sarkozy s'en est emparé, se recueillant sur les lieux présumés de sa naissance, dans le petit village de Domrémy, en Lorraine. Une belle bâtisse en pierre de taille, qui laisse à présumer que, toute bergère qu'elle fut selon la légende, l'héroïne n'était point née dans une masure misérable. La suite, on la connaît: la pucelle entendit des voix, réussit à convaincre le sieur de Vaucouleurs de lui céder un cheval. Et voilà notre bonne Jeanne, illettrée, transformée comme par magie en capitaine de guerre, armurée de pied en cap, maniant l'espadon comme une homme, brillant par la stratégie davantage qu'un maréchal de France. Jeanne arrivant à Chinon, reconnaissant, miracle encore, le futur roi Charles parmi la foule de courtisans, lui promettant de le mener en la cathédrale de Reims pour y être oint du Saint Chreme. Jeanne encore, conduisant les plus grands capitaines de son temps, les du Guesclin, les Giles de Rai (ah oui, le fameux Barbe Bleue) jusqu'à "bouter les anglais hors du Royaume de France, enfin presque. Orléans, puis la capture, par des Bourguinons, le procès, par des Français au profit des Anglais. Et enfin, comme l'écrit le poète François Villon, Jeanne la bonne Lorraine qu'Anglais brulèrent à Rouen. Que cette héroïne ait existé, nul n'en doute: les hommes du moyen-âge avaient certes l'imagination fertile, mais les minutes de leurs procès étaient, justement, minutieux. Nul doute qu'une jeune fille de 17-18 ans connut cette destinée. D'autant plus extraordinaire qu'elle la vécut dans un monde de mâles, où femmes et drôlesses étaient confinées au rouet et au brouet. Mais que l'héroïne de France soit accaparée par des factions politiques modernes, hors de tout contexte de l'époque, témoigne d'une méconnaissance crasse de l'histoire, confine à la manipulation. Laissons la pucelle d'Orléans sur son piédestal. Et cherchons plutôt les neiges d'antan.    
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