Histoire du Monde : un ramadan forcé

Farès Bouchouata sera bientôt libéré. Il vient de passer deux ans en prison. Son crime : avoir mangé et fumé, à l'ombre d'un arbre, pendant le ramadan. On est en Algérie, dans une ville de province. C'est le cas le plus extrême parce qu'il est quand même rare que cela conduise en prison. La sentence a provoqué la stupeur de nombreux algériens. La loi garantit pourtant la liberté de culte et le non-respect du jeûne n'est pas défini comme un délit. Mais des juges considèrent qu'il s'agit d'une offense au prophète ou aux préceptes de l'islam, ce qui est punissable.

Ne pas manger, ne pas boire en public. Même quand il fait chaud, et que le travail est dur. Une dizaine d'ouvriers, en Kabylie, ont été arrêtés pour avoir bu de l'eau sur un chantier privé. Ils attendent d'être jugés. Le ramadan, c'est le mois où les musulmans sont censés développer une relation plus étroite avec dieu. Sur Twitter, un activiste libyen plaisante : "Le ramadan c'est quand tu développes une relation plus étroite avec ton climatiseur et ton lit".

43° dans le Golfe. Le plus pénible, c'est pour les ouvriers pakistanais et indonésiens qui s'activent sur les chantiers. L'Arabie Saoudite a mis en garde ses résidents expatriés : Riyadh expulsera les étrangers qui ne respectent pas les pratiques du ramadan, quelle que soit leur religion. Le ministère de l'intérieur ne plaisante pas. Il appelle les employeurs à sensibiliser les 8 millions de travailleurs étrangers.

Dans beaucoup de pays, les restaurants et cafés restent fermés la journée. Reste aux non-jeûneurs la possibilité de se réfugier dans des hôtels internationaux, s'ils en ont les moyens. Certains snacks et fast-foods permettent d'emporter les plats.

Avant, en Tunisie, chacun faisait ce qu'il voulait. Mais depuis l'arrivée des islamistes au pouvoir les choses ont changé. Les gargottes du centre de Tunis restent fermées. La police a fait des descentes dans plusieurs quartiers. De petits restos accueillent encore discrètement les clients. Les gens attablés se font copieusement insulter par les passants, c'est nouveau, constate le site Kapitalis. Des salafistes ont menacé de s'en prendre aux non-jeûneurs. Les établissements touristiques restent épargnés, mais ils sont censés refuser les clients tunisiens.

Au Maroc aussi, le climat a évolué. Manger en public serait plus risqué qu'il y a dix ans, disent les internautes. L'article 222 du code pénal est clair : "tout individu notoirement connu pour son appartenance à l'islam qui rompt ostensiblement le jeûne en public est passible d'un à six mois de prison". Depuis 2009, un mouvement de non-jeûneurs se fait entendre sur les réseaux sociaux. Ils avaient provoqué beaucoup de réactions - majoritairement hostiles - en lançant l'idée de pique-niques du ramadan. Aujourd'hui, ils sont plus discrets. Les débats sont toujours intenses entre internautes marocains. Mais, au fond, se demande l'un d'eux, quel est encore le sens du jeûne si il est observé par obligation et que ce n'est plus une démarche volontaire de privation ?

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