Histoire du Monde : proposition de reconnaissance des tribunaux populaires en Afrique du Sud

La justice en Afrique
La justice en Afrique - © RTBF

Tensions entre modernité et tradition, en Afrique du Sud. Un projet de loi visant à donner un statut légal aux tribunaux traditionnels suscite un vif débat et l'inquiétude des défenseurs des libertés civiles. Robin Cornet.

Les anciens se sont réunis et, après avoir entendu Nomvulo Ludonga, ils l'ont jugée coupable. Pour sa faute, cette institutrice d'un village de la province du Cap Oriental a été condamnée à donner au tribunal deux bouteilles de brandy, deux casiers de bière, 50 litres d'alcool de maïs et un mouton. C'est le New York Times qui raconte son histoire. Elle illustre bien le débat en cours sur ces instances tribales.

Un projet a été déposé au parlement. Il vise à donner à ces tribunaux traditionnels force de loi. En d'autre terme, les citoyens pourraient être obligés de comparaitre devant ces juridictions locales. Le texte a, en fait, peu de chances d'être adopté. Mais il alimente les discussions sur une réalité de la vie en milieu rural.

Souvent citée en exemple pour sa constitution, garantissant de façon très complète les libertés et les droits individuels, l'Afrique du Sud est une démocratie moderne. Mais en son sein, subsistent de petits royaumes traditionnels. Depuis toujours, des monarques, des chefs tribaux, arbitrent les conflits au sein de leur communauté. Cela permet parfois de trouver rapidement des consensus et de résoudre des différents locaux en dehors des institutions qui sont souvent éloignées, surtout dans les campagnes loin de tous tribunaux. Mais le droit coutumier est rarement écrit et la loi n'est parfois que le reflet de la vision, plus ou moins conservatrice, du chef.

Nomvulo Ludonga est entrée en conflit avec le roi de sa communauté il y a plusieurs années, lorsqu'elle a lancé des initiatives pour lutter contre la propagation du Sida et contre les violences domestiques. Son militantisme féministe s'est heurté aux traditions. Le roi est en réalité son beau-frère. Il y a quatre ans, quand son mari est mort, les relations avec la famille royale se sont encore détériorées.

Un jour, Nomvulo Ludonga a été cambriolée et elle a appelé la police. C'est cela qui lui a été reproché: d'en avoir référé à la police plutôt qu'au chef de clan. Priée de s'expliquer devant le tribunal rural, elle a refusé de comparaître. Une double offense au Roi. Finalement, elle a présenté des excuses. Mais elle n'a pas échappé à une amende. Nomvulo Ludonga n'avait pas les moyens d'acheter toutes ces bouteilles. Elle a refusé de payer. Mais elle est devenue une paria dans sa communauté. Quand une tempête a endommagé sa maison, personne n'est venu l'aider. Alors elle s'est résolue à emprunter 250 euros pour acheter les boissons réclamées.

La proposition de reconnaissance des tribunaux populaire est perçue comme une tentative de l'ANC au pouvoir de gagner le soutien des tribus. Le président Zuma, fier d'être zoulou et polygame, fait partie des traditionalistes. Entre eux et les libéraux, promoteurs d'une société occidentalisée, la faille semble se creuser.

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