Histoire du monde: les "sorcières" du Ghana

Sorcellerie
Sorcellerie - © Google

L’histoire du monde nous emmène au Ghana ce matin, où des milliers de femmes vivent en exil dans des camps après avoir été accusées de sorcellerie.

Samata Abdulai a gardé des souvenirs heureux de sa vie dans le village Bulli. Elle s’occupait surtout de ses petits-fils, des jumeaux, quand sa fille travaillait aux champs. Longtemps elle a tenu un petit commerce de vêtements de seconde main. Mais à 82 ans, sa vie a basculé. L’un de ses frères est un jour arrivé, très inquiet. Les villageois s’étaient mis à accuser la vieille dame d’avoir jeté un sort à sa nièce, une petite fille tout juste décédée.

" Je savais que j’étais innocente. Mais j’avais peur. Je sais bien que lorsque les gens commencent à vous traiter de sorcière, votre vie est en danger. Je n’ai même pas rassemblé mes affaires. J’ai tout de suite quitté le village ", raconte-t-elle à la BBC qui a diffusé un reportage stupéfiant sur le sujet. Il nous plonge dans au cœur du camp de Kukuo. C’est l’un des six camps où les femmes accusées de sorcellerie viennent trouver refuge. Ils accueillent chacun jusqu’à un millier de femmes, entassées dans des huttes spartiates, sans électricités ni eau courante. Les femmes survivent en travaillant dans les fermes ou en collectant du bois de chauffage. Ces camps sont une particularité du Ghana, mais le réflexe de la chasse aux sorcières au lendemain d’un drame, est bien ancré dans plusieurs pays d’Afrique.

Selon une ONG, 70% des résidentes du camp de Kukuo ont été accusées de sorcellerie et bannies de leurs communautés après la mort de leur mari. Troublant. On dit que les veuves sont souvent accusées par la famille du défunt qui cherche à faire main basse sur les biens du couple. Les comportements excentriques, les troubles psychiatriques, sont également perçus comme des signes de possession par un esprit maléfique. Il faut dire que les maladies, comme la démence ou même la dépression ne sont pas bien comprises dans ces sociétés traditionnelles.

Ces dernières années, le Ghana s’est bâti une réputation de pays dynamique, démocratique et plutôt progressiste. Un tableau entaché par l’existence de ces camps pour pseudo-sorcières. Le gouvernement veut en finir, fermer les camps. Mais les ONG s’inquiètent car renvoyer les femmes dans leurs villages leur ferait courir de grands risques.

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